Remco Evenepoel : "Je m'estime à 85 % de mon potentiel"
Après sa victoire au Tour de Valence, Remco Evenepoel enchaîne un début de saison impressionnant.
- Publié le 09-02-2026 à 09h17

Ça sentait enfin bon la détente ce dimanche après-midi à Valence. Touchée par des violentes rafales de vent durant quelques jours, la cité levantine accueillait les rayons du soleil avec une telle satisfaction que toutes les terrasses installées le long du paseo maritime fourmillaient de gens trop heureux de pouvoir se délester du pull qu'ils n'avaient pas enlevé depuis le début de la semaine.
En fin d'après-midi, ils ont vu débouler avec curiosité les coureurs du Tour de Valence. Parmi eux, un maillot jaune plus éclatant que jamais, celui de Remco Evenepoel. Au terme de cette étape assez courte (94,7 km), le Brabançon s'est adjugé le classement final d'une épreuve dont il avait pris la 2e place quatre ans plus tôt. Pour la première fois depuis deux ans et le Tour d'Algarve 2024, il s'adjugeait la victoire dans une course à étapes.
Son attaque – "programmée depuis des semaines", selon ses dires – de la veille dans le Puig de la Llorença, la dernière des cinq difficultés sur un parcours qu'il connaît tellement bien qu'il aurait pu "le rouler à l'envers", lui a suffi pour écœurer la concurrence. Parti à treize bornes de l'arrivée à Teulada Moraira, il a franchi la ligne avec 24 secondes d'avance sur ses rivaux Joao Almeida et Antonio Tiberi qu'avait pu accompagner le déjà génial Giulio Pellizzari. Le trou était fait, puisqu'avec les bonifications, le double champion olympique de Paris comptait 31 secondes d'avance sur le Portugais, 34 sur son propre lieutenant, 36 sur l'Italien de Bahrain-Victorious et 50 sur l'Américain McNulty. De quoi aborder en toute sérénité le cinquième et dernier jour de course. "Quand je vois le boulot qu'accomplissent mes équipiers, je me dis que nous ne serons pas inquiétés ce dimanche si on ne fait pas n'importe quoi", avait-il dit dimanche au départ de Betéra.
La victoire finale à Valence, la 72e de sa carrière et la 5e (sans compter le chrono par équipes) en sept jours de course cette année, confirme que Remco Evenepoel détient la grande forme. "Tout ce qui se passe pour l'instant me donne des ailes", sourit-il en faisant référence au sponsor principal de sa formation.
Rejoindre Eddy Merckx au palmarès est un honneur."
Une préparation hivernale optimale
Même s'il n'a pas le prestige du Tour de Pologne (en 2020), de l'UAE Tour (2023) et, surtout, du Tour d'Espagne (2022), ses trois succès estampillés WorldTour, le Tour de Valence porte à treize les courses à étapes gagnées par le phénomène de Schepdaal, qui rejoint au palmarès Eddy Merckx, dernier vainqueur belge ici en 1969. "Gagner la course constituait un objectif mais rejoindre Eddy Merckx est un honneur."
Ces cinq jours rondement menés confirment aussi qu'il a passé un hiver impeccable. "J'ai pu travailler comme je le voulais, sans la moindre anicroche", dit-il. Il y a douze mois, il remontait seulement sur sa machine après avoir percuté de plein fouet la portière d'un véhicule de la poste en décembre. "Pouvoir effectuer une préparation hivernale confère une énorme tranquillité", continue-t-il.
De l'expertise dans tous les domaines
Et le fait de gagner immédiatement augmente la confiance, déjà énorme, qu'il a en lui. Sans oublier que cela valide le travail effectué dans un tout nouvel environnement après sept années passées au sein du Wolfpack. Son adaptation à une nouvelle approche s'est faite très rapidement. Il a même apprécié ce changement. "Ici, il y a des experts pour tout. Tu ne dois te concentrer que sur l'effort à produire sur le vélo. Le reste, ils gèrent. Et ce sont les meilleurs dans leurs domaines", se réjouit-il.
En outre, on le soigne comme une voiture de F1. "Chez Red Bull, ils sont à la fois très pros et très familiaux. Ils échangent beaucoup. Ça a été une grande surprise pour moi." Perfectionniste comme il l'est, Evenepoel a besoin de répondant en matière d'expertise pour croire en un projet. "Ici, c'est le cas. Par exemple, en chrono, on sait qu'il n'y a pas grand-chose à redire à ma position. En revanche, il y a des gains à aller chercher sur le matériel, le vélo… Les scientifiques y travaillent."
Il sprinte bien et descend très bien
Ce qui a frappé, aussi bien à Majorque qu'à Valence, ce sont les nouvelles capacités de descendeur d'Evenepoel. Il semble même en avoir fait un atout. "C'est du Remco tout craché. Il a l'orgueil du champion. Si tu critiques sa manière de piloter ou de descendre, il va redoubler d'effort dans ces domaines pour te prouver que tu as tort, précise Jean-François Lenvain, son préparateur mental depuis son plus jeune âge. Maintenant, ses adversaires le craignent en descente et il est devenu un sprinter correct."
Des exercices à très haute intensité
Plus complet, Evenepoel a aussi déjà entamé le grand chantier de l'année : réduire l'écart qui le sépare encore de Tadej Pogacar. "Les gars analysent mes datas et celles de Pogi, pour savoir comment rester dans sa roue les cinq minutes qui lui suffisent pour lâcher tout le monde." Ce travail bien spécifique a déjà pris cours dès ses premiers coups de pédale à l'entraînement. "Ça m'a surpris et j'ai souffert parce que je n'étais pas habitué à faire de la haute intensité dès les premières semaines d'entraînement", reconnaît celui qui a laissé son sort à Dan Lorang, un entraîneur luxembourgeois réputé dans le monde du triathlon. "C'est grâce à ces séances que j'ai pu maintenir une telle puissance pendant plusieurs minutes quand j'ai attaqué samedi", assura-t-il ce dimanche en fin d'après-midi.
Pas en forme trop tôt
Le but, avoué, de ses directeurs sportifs est qu'Evenepoel monte en puissance jusqu'au Tour de France. Le voir en forme aussi tôt peut donc surprendre. "Mais ne vous inquiétez pas : chez Red Bull-BORA-hansgrohe, il y a assez d'expertise pour savoir quand il faudra alléger le programme de Remco, lui demander de faire davantage de sorties de récupération", nous glisse-t-on au sein de l'équipe. "Je suis toujours en forme très tôt lorsque je passe un bon hiver. Je ne pense pas l'être trop tôt. En tout cas, je fais confiance au staff pour gérer tout ça."
Des équipiers de très haut niveau
Dernier facteur, et non des moindres : la qualité des équipiers du 3e du Tour 2024. "Honnêtement, on n'avait pas de coureur de ce niveau chez Soudal Quick-Step", a osé timidement un ancien membre du Wolfpack après la démonstration de Giulio Pellizzari, samedi. L'Italien de 22 ans aurait-il pu accompagner son leader lors de l'attaque décisive s'il n'avait pas dû marquer Joao Almeida à la culotte ? On ne le saura jamais, mais le potentiel collectif de l'armada austro-allemande en haute montagne est impressionnant. Si la pépite transalpine disputera le Giro – et sans doute pas le Tour – des coureurs comme Alexsandr Vlasov et Daniel Martinez constituent de sérieux atouts quand la route s'élève. Et que dire alors de Florian Lipowitz, troisième de la Grande Boucle l'été dernier ?
Si Evenepoel continue sur sa lancée au Tour des Émirats arabes unis (du 16 au 22 février), puis en Catalogne (du 23 au 29 mars), il aura tout du leader naturel pour la grand-messe de juillet. Reste à voir quelle sera l'entente entre lui et l'Allemand. "Le leadership se décidera à la pédale", assure un observateur averti.
En attendant, à Majorque puis à Valence, Evenepoel a mis tous ses équipiers d'accord : il est le plus fort. Plus fort qu'il ne l'a jamais été ? "C'est mon but, mais j'ai encore de la marge. Pour le moment, je m'estime à 85 % de mon potentiel." Et lorsque l'on sait que son équipe et lui n'ont jamais perdu le contrôle des débats durant cinq jours, c'est très prometteur.