La renaissance de Cian Uijtdebroeks: "J'avais le sentiment de ne pas avoir d'autre option"
Très heureux chez Movistar avec qui il découvrira le Tour cet été, Cian Uijtdebroeks explique son départ, avant la fin de son contrat, de chez Visma | Lease a Bike.
- Publié le 06-02-2026 à 13h15
Après tous les ennuis physiques qu'il a connus au cours des deux dernières années, Cian Uijtdebroeks vit désormais un bonheur quotidien. Et depuis peu, il est encore plus heureux, puisqu'il est en couple avec Magdeleine Vallieres. Son nom ne vous dit peut-être rien, mais la cycliste canadienne de 24 ans est championne du monde en titre ! "Je suis très bien avec elle, mais nos emplois du temps respectifs ne nous facilitent pas la vie, dit-il. Elle a passé un mois en Australie. Donc, on s'est vus une journée avant que je parte, à mon tour, pour quatre semaines. Après le Tour de Valence, j'irai, en effet, directement en stage d'altitude." Avec Movistar, l'équipe qu'il a rejointe cet hiver.
Quelles sont vos premières impressions depuis vos débuts pour la formation espagnole ?
J'ai souvent entendu que Movistar n'était pas une équipe très professionnelle. C'est totalement faux. On nous accorde juste une certaine liberté. On te fait confiance pour gérer ton alimentation mais, si tu le désires, un diététicien établit pour toi un régime strict à suivre. Et c'est mon cas.
Pourquoi avez-vous quitté Visma | Lease a Bike avant la fin de votre contrat ?
Ils ont une vision bien précise de ce qu'ils veulent pour toi et c'est non négociable. Je devais alterner les sorties calmes et les efforts courts et très explosifs. J'avais demandé à pouvoir faire des blocs plus longs parce que je sais que ça me convient. Mais ça n'entrait pas dans leurs plans. Chez Movistar, on me prend plus en considération. Le ressenti du coureur y est très important.
De toute évidence, vous avez besoin de cette liberté d'action…
Absolument. C'est très compliqué pour moi de suivre à la lettre un plan qu'on m'impose sans avoir mon mot à dire. Je veux participer aux décisions concernant mon entraînement, les dates des stages, etc.
Ne saviez-vous pas au moment de rejoindre Visma | Lease a Bike il y a deux ans que vous auriez si peu de liberté ?
Je ne m'attendais pas à ce que ce soit aussi extrême. Avec Merijn Zeeman, ce n'était pas aussi strict. Mais lorsqu'il a quitté l'équipe, c'est devenu encore plus discipliné. Pour certains coureurs, c'est une bonne chose. Mais pas pour moi. Je me suis rendu compte que j'avais besoin de plus de flexibilité, tout en créant moi-même un cadre de travail très professionnel. Et puis, je veux avoir ma chance et ne pas devoir me soucier de savoir si je vais pouvoir être le leader dans une course donnée.
Visma | Lease a Bike ne répondait, donc, pas à toutes vos attentes ?
Dans le domaine du contre-la-montre, par exemple. Travailler ma position sur la machine, ça me manquait. L'année dernière, après Tirreno-Adriatico en mars, je ne suis plus monté sur mon vélo de chrono. Ce n'est pas acceptable pour un coureur de grand tour. L'équipe estimait que ce n'était pas nécessaire, car je ne participerais pas à un grand tour. Or, le contre-la-montre est quelque chose qui demande un travail quotidien. Remco Evenepoel en est le parfait exemple. Avec son équipe, il a travaillé jour après jour pour trouver la combinaison idéale entre position, équipement, etc. Chez Movistar, nous avons désormais Ivan Velasco, un expert dans ce secteur.
Je ne croyais plus au projet que l'équipe avait pour moi."
Aviez-vous le sentiment que l'on ne croyait plus en vous chez Visma | Lease a Bike ?
Peut-être un peu moins à la fin, oui. Merijn Zeeman avait une grande confiance en moi. Mais quand il est parti, il s'est passé beaucoup de choses, notamment cette sensation d'engourdissement dans les jambes. Bon, nous avons pu démontrer que c'était dû à un problème physique et après avoir changé de position sur le vélo – pour revenir à celle que j'avais chez Bora-Hansgrohe –, les problèmes ont disparu. Seulement, je ne croyais plus au projet que l'équipe avait pour moi. Il ne comprenait plus de grand tour. Mais tout comme on ne peut pas devenir un meilleur coureur contre la montre sans faire de contre-la-montre, on ne peut pas devenir un meilleur coureur de grand tour sans faire de grands tours.
À 22 ans, vous avez déjà cassé votre contrat à deux reprises. Ne vous êtes-vous jamais dit : "Les gens vont penser que je suis un emmerdeur" ?
Je sais que ça peut donner une image négative de moi, mais, l'an dernier, j'avais le sentiment de ne pas avoir d'autre option. L'équipe et moi n'étions plus du tout sur la même longueur d'onde. Visma n'avait rien à gagner avec un coureur qui ne croyait plus en sa façon de travailler. Nous avons rapidement convenu qu'il valait mieux que je parte.
Au Tour, je viserai une place dans le top 10."
Cet été, vous découvrirez le Tour. Avec quelles ambitions ?
Je voulais rouler le Giro avec lequel j'ai encore un compte à régler (NdlR : en 2024, il occupait la 5e place lorsqu'il dut abandonner à cause du coronavirus). Mais les dirigeants de l'équipe m'ont dit : 'Si tu veux un jour monter sur le podium du Tour, tu dois y prendre tes marques avant. Et on ne veut pas attendre.' J'ai donc immédiatement accepté. Je viserai une place finale dans le top 10, même si on rêve toujours de mieux.