Edward Verté, entrepreneur belge à Wuhan: "Cette crise va affecter durablement le comportement des consommateurs"
L'enseigne belge Diamanti Per Tutti a ouvert il y a quelques mois une boutique à Wuhan, point de départ de la pandémie. Son patron, Edward Verté, a donc vécu au plus près cette crise sanitaire sans précédent. Et l'a forcé évidemment à réagir. Témoignage.

- Publié le 08-04-2020 à 08h08
- Mis à jour le 08-04-2020 à 19h31

L'enseigne belge Diamanti Per Tutti a ouvert il y a quelques mois une boutique à Wuhan, point de départ de la pandémie. Son patron, Edward Verté, a donc vécu au plus près cette crise sanitaire sans précédent. Et l'a forcé évidemment à réagir. Témoignage.
Edward Verté est bien placé pour évoquer les conséquences des mesures de confinement sur la marche des affaires. Cet entrepreneur belge est à la tête, avec son épouse et un associé, de la société Diamanti Per Tutti, l'enseigne de joaillerie qui propose à ses clients des accessoires et bijoux de mode assortis de petits diamants naturels. D'autant mieux que s'il vit les effets du "lockdown" sur son business aujourd'hui en Belgique, il l'a également vécu à Wuhan, l'épicentre de l'épidémie de coronavirus, où la société a une boutique depuis quelques mois maintenant.
Réouverture quelques heures par jour
Car si les accessoires de Diamanti Per Tutti sont écoulés un peu partout à travers le monde par des grossistes, ils le sont également au travers d'un réseau de 14 boutiques physiques, présentes en Europe, notamment à Anvers, mais aussi à Singapour (2), Hong Kong (5) et en Chine (4, dont 3 à Shanghai), le plus souvent au coeur de centres commerciaux. Chiffre d'affaires annuel: environ 4 millions d'euros pour un effectif de 55 personnes. "Nous avons ouvert notre boutique à Wuhan le 19 décembre. Elle se trouve dans un "department store" (NdlR: dans le centre commercial 'Commercial Plaza' dans le district de Jianghan) qui se trouve à 300 mètres du marché aux poissons et animaux d'où serait parti l'épidémie de coronavirus. Personnellement, j'ai entendu parler pour la première fois de ce virus le 7 ou 8 janvier. Mon associé était encore sur place le 18 janvier et trois jours après un lockdown total a été mis en place en l'espace de 24 heures. Plus personne ne pouvait quitter ou rentrer dans la ville ou même sortir de sa maison. L'armée était déployée", nous raconte-t-il.
Si la boutique de Wuhan a pu, à nouveau, réouvrir il y a quelques jours, c'est seulement pendant quelques heures par jour. "Au regard de ce que nous voyons dans nos points de vente à Shanghai mais aussi Wuhan, la grande leçon de cette crise, c'est qu'elle va affecter durablement le comportement des consommateurs. Ils reviennent petit à petit mais avec beaucoup de prudence. Et hésitent par exemple à se rendre dans les centres commerciaux et les endroits trop fréquentés ou trop confinés. Je m'inquiète donc sur la reprise qui va mettre beaucoup de temps à se concrétiser".

"Il faudra du temps"
Mais pour cet entrepreneur, la première priorité a été d'assurer la sécurité de son personnel, au début de la vague épidémique en Asie. "Nous avons assuré la distribution de gels de nettoyage et de plus de 2 000 masques à nos collègues basés à Singapour ou Hong Kong. Maintenant, ce sont eux qui nous demandent si nous n'avons pas besoin en Belgique de leurs masques... Vous savez, quand je suis en téléconférence avec mes collègues à Hong Kong, ils portent tous des masques même sur leur lieu de travail".
Pour Edward Verté, ce qui est vrai en Asie l'est également en Europe: il faudra du temps avant que les choses ne reviennent à une certaine normalité. "Vous savez dans nos boutiques, par exemple à Anvers, nous avons parfois 10 à 20 personnes en même temps. Cela m'étonnerait que cela soit encore le cas avant le mois d'octobre", dit-il. Et d'ajouter: "Mais il semble que l'on a trouvé en Belgique le point d'équilibre entre la protection de la santé des populations les plus vulnérables et la préservation des intérêts des générations les plus jeunes qui risquent de payer très cher les conséquences de cette crise".
Une expansion un peu ralentie
Pour l'enseigne Diamanti Per Tutti, les conséquences économiques de cette crise seront évidemment assez lourdes. "Notre chiffre d'affaires devrait néanmoins croître de 5 à 10% cette année car des ouvertures sont prévues. Mais initialement, nous espérions afficher une progression de 50%. Nous aurions dû cartonner cette année, d'autant que nous avions noué des partenariats pour vendre nos accessoires dans les avions des compagnies Singapore Airlines, Cathay Pacific et Emirates et avec la branche duty free du groupe français LVMH", se désole Edward Verté.
Une crise qui va également quelque peu freiner l'expansion de l'enseigne en Chine. Grâce à un partenariat noué avec une riche famille chinoise, active dans les vêtements et les chaussures et désireuse de se diversifier, un plan d'ouverture de 100 à 120 nouvelles boutiques de l'enseigne de joaillerie était prévu au cours des trois prochaines années. "Nous devrions en ouvrir 5 à 8 supplémentaires en Chine cette année, nettement moins que les 20 prévues avant la crise. L'objectif de 100 à 120 nouvelles boutiques prendra un peu de retard. Ce sera plutôt pour 2023 que 2022", ajoute-t-il.
"Cette crise m'a rendu plus résilient"
Cette pandémie hors du commun aura aussi forcé l'entrepreneur à repenser un peu son "business model" et son réseau de distribution en pensant davantage digital, notamment via la mise en place d'une boutique digitale sur T-mall, la plate-forme e-commerce d'Alibaba.
"Cette crise va finalement nous servir même si notre développement prendra un peu plus de temps que prévu. Même si la croissance reste importante, je serai sans doute un peu plus prudent après cette crise. En tant qu'entrepreneur, dans mes prises de décision, cette crise m'a marqué et m'a rendu sans doute plus résilient", conclu finalement l'entrepreneur belge.