Malgré le coronavirus, Audi Brussels et Volvo Gent veulent redémarrer leur production à partir du 20 avril
Le moins que l'on puisse dire, c'est que la lettre envoyée lundi (à lire en fin d'article) par les patrons des deux usines automobiles encore présentes en Belgique, Audi Brussels et Volvo Gent, fait des vagues. Et pas seulement auprès des syndicats ou des milieux politiques, mais aussi du côté d'Agoria, fédération de l'industrie technologique, qui estime que la procédure suivie pour demander un traitement particulier de ces sites de production ne tient pas.
- Publié le 08-04-2020 à 18h57
- Mis à jour le 08-04-2020 à 22h47

Le moins que l'on puisse dire, c'est que la lettre envoyée lundi (à lire en fin d'article) par les patrons des deux usines automobiles encore présentes en Belgique, Audi Brussels et Volvo Gent, fait des vagues. Et pas seulement auprès des syndicats ou des milieux politiques, mais aussi du côté d'Agoria, fédération de l'industrie technologique, qui estime que la procédure suivie pour demander un traitement particulier de ces sites de production ne tient pas.
Ce document, que La Libre a pu se procurer, est cosigné par Stefan Fesser, directeur de l'usine Volvo Gent, et Volker Germann, directeur général d'Audi Brussels. La missive insiste d'abord sur le poids économique de cette industrie qui engendre 15 000 emplois directs en Belgique, et dont la production – 300 000 unités en 2018 – part, pour 90 %, à l'exportation. Qui plus est, Audi est le seul site de production de l'e-tron électrique au niveau mondial, et Volvo vient juste d'ouvrir une usine de batteries, le 5 mars dernier. Ces deux sites de productions ont été parmi les premiers à fermer pour préserver leur personnel.
Ce qui les empêche de redémarrer, ce sont clairement les règles de distanciation sociale : "Ce n'est pas toujours possible à divers endroits le long d'une ligne d'assemblage automobile", dit le document de deux pages. "Nous demandons que des règles alternatives équivalentes soient fixées lorsque la règle de distanciation sociale de 1,5 m ne peut être garantie."
En clair, pour pouvoir redémarrer, Audi Brussels et Volvo Gent demandent des règles "personnalisées et adaptées" au secteur automobile. "On veut reprendre la production le 20 avril, c'est un lundi", dit-on chez Audi. "On travaille pour produire le 20", dit-on chez Volvo.
"Faire les choses dans l'ordre"
Voilà qui n'a pas plu à la fédération Agoria, dont font partie les deux usines. "Il faut faire les choses dans l'ordre", explique Marc Lambotte, président. "Si on veut faire travailler des gens à une distance inférieure à 1,5 m, il faut garantir la même sécurité pour tous les travailleurs." "Nous allons faire une liste d'alternatives, avant de les faire valider par le gouvernement. Est-ce qu'elles garantissent le niveau de sécurité maximal ? Sont-elles applicables ? Sont-elles acceptables pour tout qui a quelque chose à dire, syndicats, virologues, nouveau groupe d'experts ?"
Marc Lambotte se dit par ailleurs choqué par le timing de la lettre – "le 6 avril, jour où on a battu un premier record de décès, c'est plutôt maladroit" -, et par le fait qu'elle a été adressée au "groupe des dix", "ce n'est pas le chemin habituel." Paul Magnette (PS) dit comprendre la position d'Agoria : "Ne commençons pas comme ça à partir dans tous les sens, nous dit-il, ça va être la cacophonie." Pour le président du Parti socialiste, "le redémarrage de l'activité économique ne doit pas se faire en ordre dispersé, à la demande des uns et des autres, ce doit être un plan d'ensemble. Et il faut donner la priorité absolue à la santé publique et des travailleurs. L'analyse au cas par cas viendra dans un deuxième temps."
Du côté syndical, si la FGTB cale net, la CSC concède qu'au sein des CPPT, on discute d'un "projet pour la reprise du travail". On souligne aussi que la reprise ne servirait à rien si l'on manque de pièces, or il en vient d'autres pays, Italie, Espagne…
Des masques et des gants…
"La reprise est planifiée, on utilise ce temps pour définir et prendre les mesures", dit-on chez Audi. Lesquelles ? "Un peu de patience…" On sait cependant qu'il est question de distribuer masques et gants, de mettre des balises sur les tables pour que les gens respectent les distances, d'adapter l'organisation des vestiaires et des cars transportant les travailleurs. Syndicats comme directions sont au moins d'accord sur une chose : "On attend les décisions du gouvernement." "Avec impatience", précise-t-on chez Volvo.
