Quel bilan pour nos gouvernements ? Les gros dossiers arrivent sur la table de la Fédération Wallonie-Bruxelles
La Libre se penche sur le bilan des différents gouvernements.

- Publié le 01-08-2021 à 20h41
- Mis à jour le 02-08-2021 à 06h40

Où le gouvernement Jeholet en est-il de son catalogue de promesses détaillées dans la déclaration de politique communautaire, après deux ans de travail ? En résumé, on dira "nulle part" pour certains dossiers et "on y travaille encore" pour d'autres.
Dans la première pile, on classe sans hésiter les débats attendus sur l'alternance et l'enseignement qualifiant, sur le choix de la première langue moderne à l'école (obligatoirement le néerlandais ou l'allemand, ou pas ?) et sur l'orientation, ainsi que la gouvernance culturelle et la mise en œuvre de la réforme Milac (accueil de la petite enfance).
Dans la seconde, on rangera la réforme du décret Inscription et celles du décret Paysage, de la formation initiale des enseignants et du calendrier scolaire, le processus d'évaluation du code de l'Aide à la jeunesse, notamment. Certes, beaucoup d'énergie et de moyens ont été consacrés à faire face à la pandémie. Des budgets ont été dégagés pour des PC, des périodes de soutien, des travaux… À bon escient ? On verra plus tard. Cela étant, la crise n'est pas responsable de tout.
L'omniprésence du ministre-Président
Au-delà d'un focus dossier par dossier, quelques grandes tendances apparaissent. De régionaliste convaincu, le ministre-Président Pierre-Yves Jeholet (MR) s'est transformé en défenseur énergique des matières de la Fédération. Il en fut le premier relais dans les Comités de concertation et autres coupoles de crise précédentes. Mais pas seulement. On l'a aussi vu intervenir sur le terrain de ses partenaires : pour l'école avec la ministre Désir (PS), pour l'enseignement supérieur avec la ministre Glatigny (MR), pour la culture avec la ministre Linard (Écolo) et sur les bâtiments scolaires et le budget avec le ministre Daerden (PS).
On peut se demander de quoi l'omniprésence du ministre-Président est le signe. S'il faut veiller à mettre de l'huile en permanence, n'est-ce pas que la machine est (un peu) grippée ? Dès le départ, on pouvait se demander comment PS et MR travailleraient ensemble alors que leurs positions sont parfois diamétralement opposées. La recherche permanente de compromis est parfois compliquée et souvent lente.
Dans un contexte où personne ne peut engranger d'éclatantes victoires en solo, chacun y met sa petite patte. Un "petit" budget par ci pour la remédiation pendant les vacances. Un autre par là pour les écocrèches ou la caravane des Assises de la jeunesse. En attendant que les gros dossiers avancent…
Et parfois le blocage est total. La réforme de la formation initiale des enseignants s'enlise. Son report devait permettre d'analyser son impact budgétaire. Finalement, la copie votée et négociée au millimètre pendant des années a été remise sur la table. Des discussions de fond ont repris, mais l'analyse de ce que coûterait l'adaptation des traitements des enseignants à leur formation plus longue n'a même pas commencé. C'est tout le problème d'un dossier dépendant de plusieurs têtes. Glatigny est coincée tant que Désir et Daerden ne sortent pas la calculette. Et cette réforme est indispensable à la mise en œuvre du Pacte d'excellence.
Discrimination et erreurs de communication
Autre très gros raté : les dossiers de discrimination vis-à-vis du réseau libre, concernant la rénovation des bâtiments scolaires et le subventionnement des écoles supérieures des arts. La Cour constitutionnelle a tranché : il faudra rééquilibrer. Dans la situation budgétaire déjà infernale, la tâche s'annonce rude. Dans ce feuilleton à suspense, Frédéric Daerden intervient comme représentant d'un PS dogmatique, là où Caroline Désir représente le PS ouvert à tous, toujours dans la concertation la plus large. Les rôles sont bien répartis.
Mais tout n'est pas toujours aussi clair. On pointe quelques erreurs de communication. On laisse le secteur de l'enfance bouillonner, manifester, faire grève. Et trop de monde s'inquiète de la réforme du calendrier scolaire alors que ce très vieux dossier faisait consensus. On s'y est forcément mal pris pour provoquer une telle levée de boucliers. Dommage.