Quel bilan pour nos gouvernements ? L'exécutif flamand traîne quelques casseroles
La Libre se penche sur le bilan des différents gouvernements.

- Publié le 01-08-2021 à 20h50
- Mis à jour le 02-08-2021 à 09h52

Le 2 octobre prochain, cela fera deux ans que le gouvernement flamand (N-VA, CD&V et Open VLD) aura prêté serment. La Flandre surfe encore toujours sur le succès de la vaccination. Rapide, efficace et durable. Le ministre-Président flamand, Jan Jambon, a tenu parole sur ce point : une première injection a été donnée à tous les adultes avant le 11 juillet, jour où la Flandre commémore la bataille des Éperons d'or. Toutefois, en ce grand jour, le Brasschaatois aurait bien voulu que l'on retienne que le plan de relance flamand (180 projets) était sur les rails.
Rebondir, le maître-mot. À la rentrée, le gouvernement Jambon espère pouvoir déclencher "la quatrième révolution industrielle" et rattraper le retard économique dû à la pandémie. On pourrait comparer cette "révolution" à la Flanders Technology , la grand-messe économique et mondaine mise sur les rails par Gaston Geens (CD&V) dans les années quatre-vingt après la crise économique.
Pour Jambon, elle se transforma en une baudruche bien vite dégonflée car, quelques semaines avant le départ en vacances d'été, les signaux ont subitement viré au rouge. En cause, le scandale de la pollution aux PFOS, dont l'ampleur a été révélée lors des travaux d'infrastructure de l'Oosterweel, rive gauche à Anvers. Le scandale sanitaire a jeté l'opprobre sur l'ensemble du monde politique flamand, accentuant une méfiance déjà installée.
Vents contraires
Le gouvernement flamand avait connu des débuts cahoteux dès le mois d'octobre 2019. Des débuts ponctués par des conflits répétitifs avec le secteur culturel, l'affaire Chovanec (du nom de ce ressortissant slovaque décédé à la suite d'une intervention de la police à l'aéroport de Charleroi lorsque Jan Jambon était ministre fédéral de l'Intérieur), la controverse liée aux panneaux solaires dotés d'un dispositif incluant un compteur à l'envers, le stop au béton dans les régions rurales, les émissions d'azote constituant le principal défi après le Covid. La cerise sur le gâteau fut l'affaire Sihame El Kaouakibi, la députée libérale tombée de son socle suite aux soupçons de détournement de millions de subventions publiques.
Pendant ce temps, l'ombre du gouvernement fédéral n'a jamais cessé de planer au-dessus du gouvernement flamand. Jamais les relations entre deux présidents de parti Bart de Wever (N-VA) et Egbert Lachaert (Open VLD) n'ont été aussi tendues.
L'horizon reste bouché
Aujourd'hui, le gouvernement flamand traîne toujours ces casseroles et la situation n'a pas l'air de s'éclaircir. En fait, la figure de proue du gouvernement flamand n'a jamais eu le vent en poupe. En effet, Jan Jambon peine à maintenir le navire en équilibre sur des eaux de plus en plus tumultueuses. L'opposition se régale en tirant à boulets rouges sur "Sterke Jan", visiblement pas si fort que cela. En dehors de son propre parti, il s'appuie notamment sur la loyauté de Hilde Crevits (CD&V) et de Bart Somers (Open VLD) pour essayer de faire bouger les lignes. Plus populaire que le ministre-Président, le ministre en charge de l'Enseignement Ben Weyts (N-VA), lui, collectionne les vivats. Il passe pour celui qui a réussi à ne pas fermer les écoles pendant la pandémie…
En Flandre, la gestion au début de la crise du Covid était franchement mauvaise. On pointe régulièrement du doigt la gestion catastrophique du ministre en charge de la Santé et du Bien-être Wouter Beke (CD&V). Pareil pour le dispositif de testing, jugé très peu efficace et beaucoup trop lent au début. Certains (même au sein de son propre parti) réclamaient la démission de Beke mais le bourgmestre en titre de Leopoldsburg a pu se maintenir grâce au soutien de Bart De Wever et de Jan Jambon.
Wouter Beke a réussi à tirer son épingle du jeu par la suite en collectionnant les trophées : une campagne de vaccination bien organisée, un montant de 1,7 milliard d'euros investi pour venir en aide aux personnes âgées, et subvenir aux besoins dans le secteur de la santé mentale, un accord social pour le personnel des soins de santé.
Bombe chimique
Dans les coulisses de l'hémicycle flamand, on entendait dire que les toxicologues ont, avec la crise des PFOS, pris la place des virologues. La ministre chargé de l'Énergie Zuhal Demir (N-VA) a lancé un pavé dans la mare en suggérant l'installation d'une commission parlementaire sur la pollution aux PFOS à Zwijndrecht. Mais le mal est plus profond qu'il n'y paraît. À l'heure actuelle, chacun fourbit ses armes en perspective des auditions.
Cette attitude de repli sur soi est loin d'être constructive et risque d'entraver le travail gouvernemental pendant des mois encore. Pour les nationalistes, cette situation est particulièrement inconfortable. D'une part, il fallait recadrer la ministre limbourgeoise Zuhal Demir très applaudie y compris sur les bancs de l'opposition. On a le sentiment que la fonction publique en Flandre n'a jamais reconnu la primauté du politique.
Pour faire oublier les crises du Covid et des PFOS, Jan Jambon veut libérer 4,3 milliards pour son plan de relance. Le déficit budgétaire grimpe à 5 milliards d'euros, le Covid est passé par là, évidemment. Le ministre des Finances Matthias Diependaele (N-VA) a l'ambition de réduire de moitié ce déficit structurel, ce qui demandera des efforts pendant encore au moins trois ans.