Leur activité réduite à peau de chagrin, les kinésithérapeutes se mobilisent
- Publié le 31-03-2020 à 18h20
- Mis à jour le 31-03-2020 à 19h03
Plusieurs milliers de kinésithérapeutes se sont inscrits comme prestataires de soins de réserve pour pallier d'éventuels manques tant dans les hôpitaux que les maisons de repos.
Ils sont désormais limités à ne traiter que les cas urgents et absolument nécessaires. Deux cabinets sur trois côté flamand, un sur deux côté francophone seraient fermés. Les kinésithérapeutes se retrouvent dès lors avec du temps et… des compétences que nombre d'entre eux souhaitent mobiliser dans la lutte contre le Covid-19, pour soutenir le personnel soignant de première ligne.
Axxon, l'Association représentative des kinésithérapeutes belges, a pris l'initiative de recenser les volontaires. Ils sont précisément 4674 à l'heure actuelle à s'être inscrits sur les listes de « réserve de prestataires de soins » mises en place tant par les hôpitaux du pays que par la Croix-Rouge et les maisons de repos. « Ils pourraient intervenir au niveau du centre de triage pour le premier screening ; de la mobilisation et la manutention des patients ; dans la prise en charge de la kiné respiratoire », liste de manière non-exhaustive Fabienne Van Dooren, directrice générale de l'aile francophone d'Axxon.
Quentin Michaux, kiné aux hôpitaux Iris Sud (HIS) à Bruxelles, imagine être davantage utile dans les unités de triage. « Nous avons un certain sens clinique, les compétences et la formation pour nous charger du dispatching ou réaliser des frottis », anticipe-t-il. Quelle que puisse être son affectation, il estime que la « solidarité est primordiale ». « Il est logique de mettre ses compétences au service de l'ensemble de la communauté », commente à cet égard Marc Leflot, praticien dans le Hainaut.
Se rendre utile là où la situation l'exige
Outre les activités thérapeutiques et de triage, « les kinés pourraient être appelés à des tâches administratives ou logistiques, en ce compris notamment la distribution des repas, souligne Fabienne Van Dooren. Ils sont prêts à aller là où les besoins se feront ressentir. »
Pour l'instant, « la situation est tenable, les équipes tiennent le coup », témoigne Sabine Nardella, référente kinésithérapeutes sur le site d'Ixelles des HIS. Là, ils sont cinq kinés pour les unités Covid et celles des soins intensifs. Ils travaillent au sein d'équipes pluridisciplinaires en binôme avec un infirmier et assument un rôle thérapeutique : ils maintiennent l'activité musculaire des patients ; les mobilisent en position ventrale (ce qui nécessite des mobilisations toutes les quatre à cinq heures) ; désencombrent les voies respiratoires ; surveillent le niveau d'oxygénation.
Mais certains membres de première ligne sont malades et la fatigue en guette d'autres. « On pourrait, en fonction de l'état des troupes et de la durée de cette crise sanitaire, devoir faire appel aux kinésithérapeutes bénévoles », soutient Sabine Nardella. « Un kiné ne peut se substituer à un médecin ou à un infirmier, mais il peut aider là où il a des compétences, notamment en kiné respiratoire », insiste-t-elle. Ils pourraient par exemple diriger les patients ou encore assurer le contact avec les familles des personnes hospitalisées alors que « les équipes manquent de temps pour cela ». « Les kinés sont outillés pour transmettre des informations médicales. Sabine Nardella évoque en outre une autre piste : « Ils pourraient aussi prendre soin du personnel soignant fatigué physiquement, par de la mobilisation, des exercices de stretching, des massages, des techniques relaxantes… »
Jusqu'à présent, ni Marc ni Quentin n'ont encore été déployés, mais ils se tiennent à disposition des hôpitaux. « C'est probablement une bonne nouvelle ! », conclut le second. Cela signifie effectivement que les structures hospitalières et de soins résistent encore avec leur propre personnel soignant.
