L'Ukraine annonce la création d'armes d'un nouveau genre
Kiev, comme Moscou, tente de stimuler sa production d'armement . Depuis plusieurs semaines deux camps multiplient d'ailleurs les effets d'annonce. Réelles innovations ou effet de manche ?
- Publié le 09-09-2024 à 06h39
- Mis à jour le 09-09-2024 à 09h09

Le vaste remaniement ministériel annoncé mercredi dernier par le Président Volodymyr Zelensky a coûté leur place à deux figures extrêmement populaires en Ukraine et à l'étranger : le ministre des affaires étrangères Dmytro Kouleba et le ministre des industries stratégiques Alexander Kamyshin, chargé – entre autres – de la production d'armements. "Ma tâche était claire" a déclaré ce dernier à l'heure d'annoncer sa démission. "Relancer les activités du ministère en fonction des réalités du temps de guerre. En 2023 la production a triplé et en septembre 2024 elle a encore doublé".
Malgré ce bilan honorable, l'Ukraine reste à la traîne d'un ennemi dont la production militaire est largement soutenue par une économie de guerre. Plus que jamais sous pression dans le Donbass, Kiev tente par tous les moyens de rattraper ce retard pour ne pas dépendre exclusivement de l'aide occidentale, et a publiquement annoncé fin août deux innovations militaires "majeures" : un missile balistique "maison" et un "drone fusée" de longue portée.
Deux ans et demi de développements
Le 25 août, Volodymyr Zelensky dévoilait en personne sur Facebook un "drone missile longue distance" développé en Ukraine et baptisé Palianytsia, du nom d'un pain traditionnel ukrainien réputé imprononçable pour les Russes. "Nous avons utilisé notre nouvelle arme hier avec succès pour la première fois […] Elle mélange missile et drone et peut être utilisée pour attaquer des champs d'aviation russes" a indiqué le chef d'État sans donner de détails chiffrés sur la portée dudit drone ni l'endroit où il avait été utilisé, mais en précisant que la production de l'arme serait bientôt accélérée. Selon des vidéos publiées sur les réseaux sociaux, l'engin propulsé par un turboréacteur ressemble visuellement à un missile sur lequel une paire d'ailes aurait été accrochée.
"On ne sait pas grand-chose sur ce Palianytsia, mais c'est la suite logique de deux ans et demi de développement de drones en Ukraine" commente Léo Péria, chercheur en armement et industrie de défense à l'Institut Français des Relations Internationales (IFRI). "Aujourd'hui, il est de plus en plus difficile d'établir des distinctions claires entre missile, roquette, drone, drone suicide, munition rôdeuse, ou autres… Les lignes se brouillent. L'Ukraine mise sur l'innovation depuis le début. Pour eux, c'est même la clé de leur survie jusqu'ici, car ça leur permet de maintenir une efficacité proportionnellement supérieure à celle du matériel russe, bien plus important en nombre, surtout au niveau des petits objets comme les drones. On ne parle pas des tanks ou autres, qui nécessitent un réseau industriel bien supérieur que la Russie possède mais pas l'Ukraine".
De là à frapper la Russie…
Le mardi 27 août, rebelote, le président ukrainien reprend la parole, cette fois pour annoncer "le premier missile balistique ukrainien testé avec succès". "Je félicite notre industrie de la défense pour cela" s'est enthousiasmé M. Zelensky lors d'une conférence de presse, tout en refusant ici aussi de "donner plus de détails" sur cette "nouvelle classe d'arme". Théoriquement ce missile balistique est doté d'une portée plus longue et est donc enclin à frapper des cibles situées en Russie. Face aux limites géographiques imposées aux armes de longue portée livrées à Kiev par ses alliés occidentaux, cette innovation a tout son sens. Reste à voir si elle est crédible.
"Il y a une vraie compétence en Ukraine qui abritait une part non négligeable de l'industrie de la défense soviétique et a une tradition d'ingénieurs" estime Léo Péria. "Avant même le début de la guerre les Ukrainiens avaient développé un missile antinavire baptisé "Neptune" sur fonds propres et technologies propres, qui s'est avéré décisif en mer Noire." Mais pour qu'une arme soit décisive" poursuit-il elle doit être utilisée en quantité suffisante. C'est par exemple le cas pour les drones, avec lesquels ils ont complètement saturé les Russes à Koursk notamment".
Pour les missiles balistiques, la tâche est nettement plus complexe. "Difficile de dire si les Ukrainiens ont de bonnes capacités de production" reconnaît Léo Péria. "D'autant qu'il y a une pénurie mondiale de moteurs de fusées. S'ils arrivent à en produire cinq ou dix par mois, ça leur fournira un système performant qui viendra compléter leur panoplie d'autres systèmes, notamment les drones de très longue portée qu'ils utilisent déjà depuis plus d'un an, mais qui ont le défaut d'être lents et donc assez faciles à intercepter". Face à un tel adversaire, l'Ukraine a besoin de tout, en quantité, et sur le long terme. De passage en Allemagne ce vendredi pour y rencontrer les alliés du pays, Volodymyr Zelensky a donc une fois insisté pour que ceux-ci lèvent les restrictions géographiques imposées à l'armement livré.
Depuis quelques jours, certaines unités ukrainiennes utiliseraient par ailleurs ce qu'elles ont baptisé des "drones dragon", crachant littéralement des flammes sur les haies ou bosquets utilisés pour dissimuler des armes. Bricolés à la main, ces drones FPV (First Person View) classiques ont été modifiés pour répandre de la thermite, soit un mélange d'aluminium métallique et d'oxyde d'un autre métal. Effet garanti sur le plan pyrotechnique et visuel.
