Bourevestnik, le missile russe "invincible" à propulsion nucléaire est-il vraiment un "Tchernobyl volant" ?
Kiev, comme Moscou, tente de stimuler sa production d'armement . Depuis plusieurs semaines deux camps multiplient d'ailleurs les effets d'annonce. Réelles innovations ou effet de manche ?
- Publié le 09-09-2024 à 06h39

Malgré le franchissement par l'Ukraine d'une frontière russe longtemps présentée comme "inviolable" par le Kremlin, l'ambiance semble détendue à Moscou… En apparence du moins. Jeudi, Vladimir Poutine est apparu tout sourire (ou presque) à la télévision officielle pour vanter les mérites des troupes russes dans le Donbass, et présenter l'offensive ennemie sur Koursk comme un dommage collatéral temporaire. Largement supérieur à son adversaire sur le plan quantitatif, le Kremlin mise sur l'essoufflement de l'aide occidentale apportée à Kiev et le développement d'innovations "made in Moscow". L'industrie militaire serait d'ailleurs sur le point de finaliser le développement d'un nouveau type de missile déclaré "invincible" : le Bourevestnik 9M370.
Distance illimitée
Lundi dernier, l'agence Reuters annonçait effectivement que deux chercheurs américains avaient identifié le site de déploiement d'un nouveau missile de croisière à propulsion nucléaire, le fameux Bourevestnik. Quelques heures plus tard, l'un des deux chercheurs – Decker Eveleth – confirmait personnellement l'information dans la revue américaine Foreign Policy. "La Russie est en train de construire ce qui semble être le premier site de déploiement de son missile de croisière expérimental à propulsion nucléaire" écrit-il dans la revue spécialisée. "L'infrastructure est pratiquement terminée, ce qui laisse penser que ce nouveau missile pourrait bientôt être opérationnel".
Decker Eveleth et son confrère ont localisé les lieux à moins de 500 km de Moscou en utilisant des images satellites. On y retrouverait neuf rampes de lancement, des capacités de stockage de missiles et des bunkers de stockage d'ogives nucléaires. "Il y a une "hype" significative autour de ce missile" poursuit l'auteur. "Certains officiels américains l'ont baptisé "Tchernobyl volant" en raison des possibles émissions de radiation du réacteur nucléaire qu'il utilise pour sa propulsion et lui donnerait, en théorie, la capacité de parcourir des distances pratiquement illimitées".
Si elle était confirmée, cette innovation pourrait avoir des effets désastreux. "Les efforts russes pour développer ce missile ne sont pas récents" commente Paul Schwartz, Senior associate au Centre for Strategic and International Studies (CSIS) basé à Washington. "Poutine l'avait déjà annoncé en 2018, avant l'invasion en Ukraine donc, lors d'une présentation devant la Douma. En théorie, Bourevestnik peut effectivement parcourir de grandes distances. Mais en réalité, ses niveaux d'opérabilité sont faibles. Les missiles balistiques suivent une trajectoire déterminée et donc prévisible, ils sont plus simples à intercepter".
Un risque pour l'UE et l'Otan ?
Selon Decker Eveleth, les craintes concernant de possibles frappes sur des pays de L'UE ou l'Otan sont peu fondées. "C'est techniquement infaisable" écrit-il. "Faire voler un missile sur une longue distance a un coût significatif et implique de recourir à des signaux satellitaires qui peuvent aisément être brouillés. Il est possible d'opérer sans recourir aux signaux satellites via un système de navigation interne […] mais les erreurs techniques inévitables que cela entraînerait sur une longue distance généreraient un risque très sérieux de déviation et donc, de manquer la cible".
Dans les premiers mois de l'invasion à grande échelle, un autre missile russe était déjà présenté comme "invincible" : le Kinjal. Le missile balistique hypersonique de Moscou s'est effectivement avéré rapide… et vulnérable. Selon le ministère britannique de la Défense, "un grand nombre d'entre eux ont probablement manqué leur cible". Les systèmes ukrainiens de défense aérienne en ont intercepté beaucoup d'autres, notamment dix Kinjal d'un coup en janvier dernier, selon le commandant en chef de l'armée en poste à l'époque, Valery Zaloujny. Paul Schwartz va dans le même sens, "le Kinjal n'a pas vraiment eu d'impact sur le conflit" estime-t-il. Notamment parce que la charge explosive qu'il peut transporter est trop faible pour générer des dommages majeurs. Il faut en tirer beaucoup avec une certaine constance sur une cible désignée".
