La Conférence des évêques demande une enquête sur l'abbé Pierre
Elle saisit la justice pour aller "jusqu'au bout de la vérité".

- Publié le 17-01-2025 à 20h08

Cette semaine a vu rebondir une nouvelle fois en France l'affaire "Abbé Pierre", du nom du prêtre très médiatique, mort en janvier 2007 et cofondateur (notamment) du mouvement solidaire Emmaüs. Après de premières révélations en juillet 2024 concernant des agressions sexuelles commises par Henry Grouès (son vrai nom) durant une période courant des années 60 aux années 2000, le cabinet spécialisé Egaé qui traite ce dossier avait publié un deuxième rapport en septembre, puis un troisième ce lundi 13 janvier, portant à 33 le nombre de témoignages visant le prêtre.
En début de semaine, l'Église de France a réagi par communiqué, écrivant que "l'accumulation des faits désormais connus […] horrifie". "Réaliser qu'il a utilisé son aura médiatique et l'œuvre sociale qu'il avait édifiée […] pour abuser sexuellement de femmes, d'enfants, et de personnes en situation de précarité, est effroyable. À tous, la Conférence des évêques exprime sa proximité."
Des moyens d'investigation
Ce vendredi, elle a décidé d'aller plus loin. Le président de la Conférence des évêques de France (CEF) Eric de Moulins-Beaufort a en effet annoncé sur les ondes de RMC qu'il avait "saisi la justice" mardi pour lui demander d'ouvrir une enquête sur l'abbé Pierre.
Dans un communiqué, la CEF a précisé vendredi que ce signalement a été fait "pour non-dénonciation de viols et agressions sexuelles sur personnes vulnérables et mineurs" afin que le parquet "apprécie l'opportunité d'ouvrir une enquête" pour déterminer comment les faits "ont pu ne pas être signalés à la justice pendant toutes ces années", ajoute le communiqué.
Il s'agit aussi d'enquêter sur "d'éventuelles autres victimes ou éventuels complices", a précisé Mgr de Moulins-Beaufort, en soulignant que le parquet "a des moyens d'investigation qu'une commission d'enquête historique comme celle qu'a réunie Emmaüs […] n'a pas".
Rappelant qu'il avait déjà demandé en septembre l'ouverture des archives de l'Église sur l'abbé Pierre, Mgr de Moulins-Beaufort a expliqué qu'il fallait aller "jusqu'au bout de la vérité".
Alors que beaucoup de rumeurs sur la vie sexuelle de l'Abbé Pierre courraient de son vivant, une des questions qui taraudent désormais l'Église, la sphère médiatique qui suivait l'Abbé, ainsi que le monde associatif né dans son sillage, est en effet de comprendre pourquoi personne – devant cette icône – n'a osé évoquer tout haut ce que beaucoup craignaient.