Fin de mandat difficile pour Angela Merkel, obligée de batailler pour s'imposer
Fin de mandat et fin de "règne" difficiles pour la chancelière. Angela Merkel a de plus en plus de mal à imposer ses arguments. Les régions sont seules responsables dans la gestion de la pandémie.
- Publié le 24-03-2021 à 11h04
- Mis à jour le 24-03-2021 à 11h05

Une réunion qui n'en finit pas, une pause de quatre heures pour tenter de trouver un compromis et une conférence de presse au milieu de la nuit, il y avait des airs de sommets européens lundi à la chancellerie fédérale. À la différence qu'Angela Merkel n'était pas en ligne avec ses collègues des 26 autres États membres mais avec les 16 ministres-Présidents des régions allemandes. Jamais une rencontre entre autorités fédérales et régionales, sur le thème de la pandémie, n'avait duré aussi longtemps. Preuve, s'il en fallait, de l'ampleur des désaccords qui régnaient sur la nécessité de prolonger et de renforcer le confinement existant.
L'Allemagne sous cloche pour Pâques
Finalement, vers 2 h 30 du matin, c'est une Angela Merkel aux traits tirés qui a annoncé un compromis. Face à la troisième vague de Covid-19, il n'y aura pas d'allégement de confinement avant le 18 avril. Au contraire, là où les taux d'incidence dépassent les 100 nouveaux cas pour 100 000 habitants sur une semaine, des mesures renforcées sont prises. Pour Pâques, les offices religieux en présentiel sont déconseillés. Les Allemands sont appelés à "rester à la maison" du 1er au 5 avril, cinq jours devenus exceptionnellement fériés.
Pour parvenir à cet accord, Angela Merkel, professionnelle de la négociation, aura dû batailler particulièrement dur face à 16 ministres-Présidents défendant les intérêts de leur région. Les moins touchées par la pandémie, notamment dans le nord, souhaitaient autoriser le tourisme pour Pâques. Les autres ont freiné des quatre fers, à l'image de la Bavière. Au milieu, Angela Merkel en bonne scientifique de formation, a tenté de faire comprendre à tous l'importance de resserrer les vis face à une troisième vague d'une ampleur potentiellement plus forte que la deuxième. Finalement, après des négociations marathon, elle a, en partie, réussi à s'imposer.
La difficulté à trouver un compromis ce lundi s'explique par l'énorme pression populaire qui pèse sur les épaules des dirigeants régionaux mais aussi par une baisse d'influence politique de la chancelière. Sur le papier, dans ce genre de réunion avec les Bundesländer, Angela Merkel n'est qu'une simple arbitre. Dans cet État fédéral, les régions sont seules responsables des mesures à prendre en matière de restrictions dans les écoles, magasins, et dans la restauration. Elles ne sont ni tenues d'accorder leurs violons entre elles ni obligées d'appliquer les compromis trouvés sous l'arbitrage de la chancelière.
Il y a un an, au début de la pandémie, la voix d'Angela Merkel, la scientifique, avait joué un très grand rôle dans ces réunions mais après un an de restrictions, cette influence a perdu en intensité. La ligne dure de la chancelière est peu populaire. Sans compter qu'il lui est difficile de convaincre alors que la politique de son gouvernement en matière de vaccination et de tests est critiquée.
Un ring pour ses dauphins
À cela s'ajoute, en arrière-plan, le combat auquel se livrent le ministre-Président de Bavière, Markus Söder, et celui de Rhénanie du Nord Westphalie, Armin Laschet, pour sa succession à la chancellerie. Angela Merkel a en effet annoncé ne plus être candidate aux législatives de septembre. Or les deux dirigeants régionaux se servent de ces réunions régulières entre régions et l'État fédéral pour affirmer leurs différences et se démarquer, sans tenir compte de la chancelière. Angela Merkel, elle, laisse faire. Plus gênant, elle reste silencieuse sur les affaires de corruption, en lien avec la vente de masques, qui éclaboussent sa famille politique. "Son silence est assez incompréhensible", commente Tilman Mayer, de l'université de Bonn. "Elle semble se désintéresser de son parti. Après elle, le déluge, en quelque sorte", résume-t-il.
Une chose est sûre, en tout cas. Au moment de quitter la chancellerie cet automne, Angela Merkel sera jugée sur sa gestion de la pandémie. D'ici là, elle doit assurer son influence et livrer des résultats.