Allemagne : la famille démocrate fragilisée par de nouveaux soupçons de conflit d'intérêts
Allemagne Campagne de vaccination, corruption, les temps sont difficiles.
- Publié le 22-03-2021 à 21h39

Avec la pandémie de Covid-19, l'étoile de Jens Spahn s'est mise à briller très vite, très fort. Depuis quelques semaines toutefois, le très actif ministre allemand de la Santé voit son rayonnement faiblir, en raison de la lenteur de la campagne de vaccination et de la stratégie de tests. Dernier événement en date, le jeune ministre chrétien-démocrate pourrait être au cœur d'un possible conflit d'intérêts, d'après le magazine Der Spiegel. En avril 2020, son ministère a en effet acheté 570 000 masques FFP2 via le groupe Burda, pour lequel travaille son époux, Daniel Funke. Ce dernier dirige le bureau berlinois de ce groupe spécialisé dans l'édition et sans lien direct avec le monde médical. En réaction à ces informations, la direction de Burda a assuré ce week-end que Daniel Funke "n'était ni informé ni impliqué dans la transaction à l'époque". Le ministère de la Santé rappelle, lui, que cet achat de masques, "hautement nécessaires en ce début de crise" sanitaire, s'est fait selon une procédure standardisée, au prix du marché et sans aucun versement d'argent à des intermédiaires.
Manque de discrétion
Si aucun conflit d'intérêts n'est prouvé, cette information tombe au plus mal pour Jens Spahn dont la cote de popularité est en chute libre. Deuxième personnalité la plus appréciée des Allemands, en décembre, derrière Angela Merkel, il avait glissé au sixième rang début mars. Quant à sa vie privée, elle soulève aussi la polémique. En octobre, il aurait participé à un dîner avec une douzaine d'invités avant d'être testé positif au Covid-19. Quant à sa villa berlinoise, acquise avec son époux, il a tenté ces dernières semaines d'en cacher le coût. Un montant - plus de quatre millions d'euros - finalement révélé ce week-end. "Spahn est au cœur du cyclone, constate Tilman Mayer de l'Université de Bonn. Il veut donner l'impression de tout maîtriser dans la lutte contre la pandémie. Or, ce n'est pas le cas et ses erreurs offrent un boulevard à l'opposition. La question de sa villa est aussi un problème, car en Allemagne, on attend des hommes politiques de la modestie dans leur train de vie. Il semble avoir enfreint la règle", constate ce politologue.
Toute une famille politique affaiblie
La faiblesse du ministre de la Santé s'inscrit dans un contexte difficile pour la famille chrétienne démocrate (CDU/CSU), malmenée depuis un mois par plusieurs affaires de corruption. Six députés nationaux et régionaux sont soupçonnés d'avoir reçu des pots-de-vin, de plusieurs centaines de milliers d'euros, soit dans la vente de masques aux autorités, soit dans des deals avec des réseaux azerbaïdjanais et nord-macédoniens.
Face à cette crise, le parti chrétien-social bavarois (CSU) a présenté ce week-end un plan en dix points, destiné à ramener la "confiance et l'intégrité" en son sein. Les candidats à un poste électoral devront signer une charte de bonne conduite et être transparents en matière de revenus reçus en plus de ceux liés aux mandats politiques. Les tenants d'un poste de direction au sein de la CSU se verront aussi interdire toute activité professionnelle extérieure. Actuellement, les élus fédéraux doivent informer le Parlement de tous revenus annexes supérieurs à 10 000 € par an. À ce jour, les projets de réformes présentés pour durcir cette règle et limiter le lobbying ont systématiquement été retoqués par les conservateurs. La crise actuelle devrait changer la donne. Conservateurs et sociaux-démocrates travaillent, entre autres, à la mise en place d'un registre des lobbyistes au sein du Bundestag.
Pour la CDU et la CSU, ces affaires sentent le soufre, à six mois des législatives fédérales, et ont déjà pesé lourd dans les élections régionales du 14 mars. Au niveau national aussi, elles plombent l'ambiance. La formation d'Angela Merkel était créditée de 27 % d'intentions de vote dimanche, soit quatre points de moins en une semaine et neuf de moins en deux mois. L'annonce hier soir de la probable prolongation des mesures de confinement jusqu'au 18 avril, alors même que la population espérait des allègements, ne devrait rien y changer. Du moins, à court terme.