Face au "chaos", Angela Merkel fait marche arrière et annule une mesure: "C'est un désastre pour elle et pour la politique allemande"
La chancelière assume et surprend en annulant une décision prise lundi dans la lutte contre la pandémie.
- Publié le 24-03-2021 à 19h33
- Mis à jour le 24-03-2021 à 19h34

C'est une volte-face inattendue. Dans la nuit de lundi à mardi, la chancelière allemande annonçait au bout de négociations marathon avec les 16 ministres-Présidents de régions, une série de mesures pour lutter contre la pandémie. Parmi elles, l'instauration de deux nouveaux jours fériés, les 1er et 2 avril, afin que les Allemands "restent chez eux" durant ce long pont de Pâques.
Or, ce mercredi, Angela Merkel a annoncé revenir sur cette décision. "Cette idée était une erreur", a-t-elle déclaré devant la presse, puis devant les députés du Bundestag. "Il y avait peut-être de bonnes raisons mais ce n'était pas applicable en si peu de temps", a constaté Angela Merkel. "Cette erreur est mon erreur", a-t-elle ajouté en "regrettant profondément l'insécurité supplémentaire" que cette décision entraînera. "Je demande pardon aux citoyens et citoyennes de ce pays", a-t-elle ajouté.
La mise en place de deux jours fériés supplémentaires avait en effet suscité la colère des milieux économiques. Sans parler du risque de voir affluer les Allemands dans les supermarchés la veille de ce pont, avec des effets inverses à ceux recherchés en matière de lutte contre la pandémie. Quant aux parlements régionaux, chargés de valider au pied levé ces deux nouveaux jours fériés, ils estimaient ne pas disposer du temps nécessaire.
Colère et incompréhension
Ce changement à 180 degrés a toutefois suscité l'incompréhension. "Cela montre que nous sommes complètement à côté de la plaque", aurait déclaré le ministre-Président de la Hesse, Volker Bouffier, cité par le journal Bild. "C'est un parfait chaos", estime la député d'extrême droite Alice Weidel. "Le gouvernement a échoué", juge de son côté l'écologiste Katrin Göring-Eckardt en prévoyant un "approfondissement de la crise de confiance" alors que la campagne de vaccination et la stratégie de tests sont à la peine.
La marche arrière de la chancelière et des régions relance par ailleurs un débat sur la légitimité de leurs réunions régulières pour lutter contre la pandémie. "Quand rendrez-vous le pouvoir de décision aux parlements", a demandé mercredi Marco Buschmann, du parti libéral FDP.
Vote de confiance du Bundestag ?
L'autorité de la chancelière, elle aussi, en prend un coup même si les partis ont accueilli "avec respect" ses excuses, "rares" en politique. "Cette marche arrière est un désastre pour la politique allemande et pour la chancelière, estime Lothar Probst, de l'Université de Brême. Cela va laisser une ombre sur la fin de son mandat, elle qui est connue pour ses qualités de gestionnaire de crise", juge ce politologue. La droite libérale et la gauche radicale appelaient hier à ce que la chancelière pose la question de confiance au Bundestag.
Angela Merkel semble toutefois avoir joué un coup habile en assumant l'entière responsabilité de ce changement de cap. "Elle le fait pour protéger les présidents de régions de sa famille politique avant les élections législatives de septembre, analyse Lothar Probst. Elle peut se le permettre car elle ne se présentera plus", rappelle-t-il. D'ici là, sa volte-face pourrait même être oubliée… si elle obtient des résultats dans la lutte contre la pandémie.