Pourquoi le modèle des coopératives séduit les agriculteurs

- Publié le 22-04-2019 à 14h39
- Mis à jour le 12-06-2019 à 09h23

Les coopératives visent à soutenir une agriculture de proximité et durable.Dans le secteur agricole, le statut de coopérative a son petit succès. C'est ce modèle qui a été choisi pour la création d'une nouvelle sucrerie en Belgique, située à Seneffe. À ce jour, la Coopérative de Betteraviers Transformateurs (CoBT) a levé près de 46 millions d'euros auprès de quelque 1 390 agriculteurs betteraviers et sympathisants. Mise de départ : minimum 11 000 euros. D'ici fin juin, le conseil d'administration devrait présenter lors d'une AG un état des lieux de la situation. D'ici là, une troisième, voire une quatrième souscription aura lieu pour boucler le financement nécessaire : 57 millions d'euros. Si cet objectif est atteint, la SRIW débloquera aussi 30 millions d'euros. Si les coopérateurs donnent leur feu vert, la sucrerie pourrait être opérationnelle pour la récolte de septembre 2022 avec une capacité de traitement de 1,4 à 1,6 million de tonnes par an. "L'objectif de cette coopérative est de permettre aux agriculteurs d'obtenir une meilleure rémunération de la culture betteravière, en leur permettant de s'approprier la marge de transformation de la betterave en sucre, là où cette marge est souvent mise en poche par les industriels lorsqu'ils sont propriétaires d'une sucrerie", explique Benoît Haag, coordinateur de la CoBT. En étant coopérateur, un agriculteur pourrait, nous dit-on, "avec un prix du sucre raisonnable", dégager un gain supplémentaire de 5 à 10 euros par tonne de betteraves, soit entre 500 et 700 euros l'hectare. À condition que… l'usine tourne normalement et que les récoltes soient bonnes.
Mais l'intérêt du monde agricole pour le modèle coopératif ne date pas d'hier. La SCAM - Société Coopérative Agricole de la Meuse - a ainsi vu le jour en 1956. Basée à Seilles (Andenne), elle s'appuie sur 2 320 coopérateurs/agriculteurs (mise de départ : 300 euros) et s'est focalisée à l'origine sur la collecte et la commercialisation des récoltes de céréales avant de se diversifier dans la fourniture de semences, d'engrais et de produits de protection des plantes ou encore dans la fabrication et la commercialisation d'aliments pour animaux d'élevage. La coopérative emploie 169 personnes, est active au travers de 47 dépôts à travers toute la Wallonie, détient 50 % d'une usine de fabrication d'aliments et possède sa propre flotte de camions. En 2017-2018, la SCAM a réalisé un chiffre d'affaires de 148,7 millions d'euros (+8 %) pour un bénéfice consolidé de 0,6 million d'euros. Un dividende brut de 2 % a été distribué pour chacune des parts sociales.
Mais le modèle coopératif peut aussi se développer à une échelle plus locale. À l'image d'Agricovert (Gembloux), né au début de la décennie et dont la coopérative s'appuie sur une quarantaine de maraîchers et éleveurs locaux (fruits, légumes, lait, viande, pain…) bio ou en passe de le devenir, et plusieurs milliers de consommateurs. Mise de départ pour les coopérateurs fondateurs : 500 euros la part, 100 euros pour les autres. "En optant pour une coopérative, nous avons pu mettre en commun les ressources des producteurs et ainsi écouler leurs produits dans les magasins et les centres urbains comme Bruxelles et Namur, ce qui n'aurait pas été possible si chacun était resté dans son coin", explique Pia Monville, productrice et coordinatrice de la coopérative. Agricovert entend proposer au producteur et au consommateur un prix "juste et viable" pour une "agriculture de proximité et respectueuse de l'environnement". Avec une finalité sociale : la coopérative offre ainsi la possibilité à des personnes peu qualifiées de se réinsérer sur le marché du travail.
