Adaptée au théâtre, "Frou-Frou", la nouvelle de Caroline Lamarche prend son envol. Une histoire d'amour émouvante et insolite…
L'ébouriffant et tendre Gaëtan Lejeune interprète la nouvelle de Caroline Lamarche, réécrite pour lui. Un seul en scène subjuguant et bourré d'humanité. Qui sauve qui ?
- Publié le 11-04-2024 à 15h42

Frou-Frou, comme le doux bruit d'un taffetas au cœur d'un salon mondain, comme celui des robes de gitanes sur l'estrade de la feria, comme celui, surtout, des plumes d'un oiseau qui vient s'ébrouer sans crier gare dans notre quotidien pour une histoire de soin, de lien et d'amour.
Frou-Frou, une vie sauvage, c'est aussi le titre d'une nouvelle de Caroline Lamarche (Liège, 1955), parue dans le recueil Nous sommes à la lisière (Gallimard, 2019), avec les animaux en fil rouge, qui lui valut le Goncourt de la nouvelle tant elle y observe avec finesse l'humanité de nos amies les bêtes et la sauvagerie de nos ennemis les hommes. Une sauvagerie parfois très discrète, presqu'anodine, mais redoutable comme on l'entendra tout au long de ce texte interprété magistralement par Gaëtan Lejeune ; qu'il s'agisse d'une gestion trop formatée du refuge ou de la cruauté du robot de la voisine. Trop heureuse de ne plus voir un brin d'herbe dépasser de sa pelouse, celle-ci ignore les hérissons déchiquetés par les lames de la tondeuse. Sûr, après avoir vu ou entendu cela, vous ne regarderez plus jamais un robot de la même façon. Sans oublier que trop maîtrisée, la nature n'offre plus à la cane les herbes folles au creux desquelles elle peut couver ses petits en toute tranquillité.
Un bénévole esseulé
Mais tout n'est pas sans espoir, loin de là, dans le verbe de Caroline Lamarche. D'autant que Gaëtan Lejeune – pour qui elle a réécrit le texte ! – lui donne chair et vibrations, lui ajoute une troisième dimension, se l'approprie, avec une tendresse bourrue, une physicalité subjuguante parfois, et nous la raconte comme s'il s'agissait d'un amour perdu.
Tantôt amoureux éconduit et fébrile, tantôt volatile dandinant et imprévisible, il joue tous les rôles, sous la direction délicate de Serge Demoulin, s'éclabousse et nous emporte dans son univers : une conciergerie en face du lac, ouverte aux marginaux, et le jardin où la cane Frou-Frou tente de se refaire une santé. Volera-t-elle à nouveau ? Tel est son plus grand désir. Quoi que…
Lorsqu'un petit être déboule dans votre vie, il parvient souvent à y prendre toute la place et à devenir peu à peu l'objet de chaque attention. On se souvient du P'tit bonheur chanté par Félix Leclerc.
Ce n'est pas au bord du fossé de la chanson mais au centre de revalidation pour oiseaux que Louis, bénévole esseulé au trop grand cœur, a recueilli sa belle, à l'œil vif mais fuyant, loin d'imaginer alors la complicité qui naîtrait en eux. Mais qui sauve qui ?, semble finalement interroger Caroline Lamarche dans une nouvelle autobiographique qui pointe avec une incroyable lucidité la fragilité de notre monde et le risque, plus pressent qu'on le croit, d'un ciel sans oiseaux. Le cœur et la raison, la fraîcheur et la profondeur, la générosité et l'engagement, tout y est. À voir, à lire, et à revoir.
Bruxelles, au Théâtre des Martyrs, jusqu'au 26 avril. Infos : www.theatre-martyrs.beou 02 223 32 08. Durée : 1h10.
