Les coupes drastiques dans le secteur culturel, une vengeance politique de la N-VA?
Le monde culturel flamand choqué et furieux par les mesures d'économies de Jan Jambon.

- Publié le 12-11-2019 à 13h49
- Mis à jour le 14-11-2019 à 22h22

Le monde culturel flamand choqué et furieux par les mesures d'économies de Jan Jambon.
Deux cartoons de Lectr dans De Standaard résument bien la stupéfaction et l'indignation de quasi tout le secteur culturel flamand à l'annonce du plan d'économies drastiques que le nouveau ministre de la Culture, Jan Jambon (N-VA), veut lui imposer.
Dans un premier dessin, on voit un enfant dans un musée qui demande à son père ce que veut dire « Primitifs flamands » et le père répond: « Ce sont ceux qui veulent économiser sur la culture ».
Dans un second dessin, il place toute la Flandre sous la même étiquette « Bokrijk », la Flandre devenant pour lui un jour un vaste parc culturel du passé, ayant mis fin à toute création originale.
L'information avait fuit ce week-end et a éberlué le monde culturel et même les partenaires de la N-VA dans le gouvernement. Les artistes craignaient certes des coupes depuis qu'ils avaient appris que Jan Jambon, ministre président flamand, était aussi en charge de la culture. Mais peu avaient anticipé un tel choc, de plus lancé sans concertation ni explications.
Rappelons les mesures qui contrastent avec les déclarations de Bénédicte Linard, ministre de la culture francophone, qui promet, elle, de préserver les budgets. En Flandre ce sera : -6 % et non indexation sur les coûts de fonctionnement des institutions (-3% pour quelques rares exceptions: Singel, AB, ..), soit 12 millions d'économies. Et -60 % pour les subsides (!) aux projets (l'équivalent du CAPT, le Conseil de l'aide aux projets théâtraux, côté francophone), plus spécialement destinés aux petites organisations ou artistes en devenir, ramenant le montant de ces aides de 8,5 à 3,5 millions annuels.
Par contre, sont exemptés des économies, voire sont augmentés, des lieux patrimoniaux comme le parc bruegelien de Bokrijk.
"La culture ne peut échapper aux efforts"
Le ministre N-VA du Budget, Matthias Diependaele s'est empressé de cautionner ce plan expliquant que « la culture ne peut échapper aux efforts. » Un argument qui refuse de voir la culture comme un investissement économique et social et que Jan Jambon alors vice Premier au National avait déjà appliqué jusqu'à l'absurde en mettant les musées fédéraux à la diète pendant quatre ans.
Les réseaux sociaux se sont enflammés dès le week-end. La culture en Flandre avait déjà dû subir 25 millions d'économies en dix ans. La part de la culture dans le budget flamand avait déjà fondu en vingt ans.
Artistes et directeurs de théâtre ont expliqué le danger d'assèchement de la culture et l'impossibilité d'économiser si vite alors que la saison prochaine des théâtres est déjà largement décidée et sous contrat.
Beaucoup pointent la contradiction de la N-VA qui parlait de « canon flamand », de « rayonnement international ». Mais Anne Teresa De Keersmaeker qui incarne bien le rayonnement actuel de la culture flamande dans le monde (elle n'a pas attendu la N-VA) est impactée comme les autres alors qu'elle recevait encore ce week-end le prestigieux prix Der Faust pour ses magnifiques Six concertos brandebourgeois.
Une carte blanche dans De Standaard signée par 13 grands noms de la culture pointe l'absurdité de se focaliser sur l'héritage ancien en même temps que de nier la création actuelle qui sera pourtant le patrimoine de demain. Anne Teresa De Keersmaeker elle-même a commencé par des aides aux projets. La brillante Lisbeth Gruwez émarge ainsi à ces subsides aux projets, ceux que Jambon veut tailler en pièces.
C'est comme de couper dans la recherche fondamentale, celle de l'avenir, au seul profit de la recherche appliquée.
Une vengeance contre le secteur ?
Ce n'est pas avec de telles mesures que la N-A va se réconcilier avec le secteur culturel. Cela ressemble d'ailleurs à une vengeance populiste contre un secteur souvent qualifié par la N-VA de trop à gauche et de trop contestataire. On sait que, poussé à l'extrême, cela a donné au Brésil de Bolsonaro, la suppression pure et simple du ministère de la Culture.
On verra ce qu'il en adviendra. Quand Bart De Wever est arrivé à la tête d'Anvers, il annonçait aussi que ses priorités seraient le folklore et le patrimoine et pas la création artistique. La réalité fut heureusement plus nuancée.
En sera-t-il ainsi ? La N-VA sait que ce n'est pas dans le monde culturel (artistes ou spectateurs) qu'il trouvera beaucoup d'électeurs. Elle préfère peut-être montrer à ses électeurs qu'elle ose sabrer dans ces soi-disant « élites ».