Geen commentaar: plus de Flandre avec moins d'argent, la VRT prise en étau
Le personnel de la VRT est groggy. Et peine à se relever. Les syndicats ne parlent pas encore de grève - ils estiment que l'on ne doit pas priver les citoyens d'informations en ces moments difficiles. Mais ils ont annoncé que le personnel manifestera le 5 décembre à la place des Martyrs, sous les fenêtres du ministre-Président flamand Jan Jambon (N-VA).

- Publié le 11-11-2019 à 08h20
- Mis à jour le 14-11-2019 à 22h22

Le personnel de la VRT est groggy. Et peine à se relever. Les syndicats ne parlent pas encore de grève - ils estiment que l'on ne doit pas priver les citoyens d'informations en ces moments difficiles. Mais ils ont annoncé que le personnel manifestera le 5 décembre à la place des Martyrs, sous les fenêtres du ministre-Président flamand Jan Jambon (N-VA).
Il faut dire que les partenaires de la nouvelle majorité flamande - N-VA/CD&V/Open VLD - ont eu la main lourde. Alors qu'en septembre, le patron de l'opérateur public réclamait une hausse de la dotation de 21 millions d'euros, le nouveau gouvernement lui impose, à l'inverse, une nouvelle cure d'amaigrissement.
L'enveloppe de la VRT sera rabotée de 12 millions d'euros - sur un budget total de 270 millions. Et l'enveloppe ne sera pas indexée. La coalition affirme que c'est la recette appliquée à toutes les institutions flamandes. Mais la direction de l'entreprise a calculé que si l'on tient compte de la dérive barémique liée à l'ancienneté, c'est en fait une économie de 44 millions d'ici 2024 que la VRT devra faire. L'équivalent de 250 travailleurs en moins, hurlent les syndicats.
Ne pas faire d'ombre au privé
Et l'opérateur public ne pourra pas compenser le manque-à-gagner en allongeant les écrans publicitaires. La majorité flamande lui impose "davantage de prudence sur le marché publicitaire qu'aujourd'hui". Elle estime que l'argent de la pub doit d'abord financer les opérateurs privés et que la VRT ne peut pas leur ôter le pain de la bouche - elle se contentera donc des miettes.
Dans la même veine, l'opérateur public devra limiter l'activité de son site internet à la présentation de son offre audiovisuelle et, pour le reste, se contenter de publier de courts textes pour éviter de faire de l'ombre aux sites de la presse écrite.
La VRT n'aura donc pas le choix : elle va devoir "devenir une institution médiatique moderne, amincie et puissante offrant un contenu de qualité" - ce sont les termes de l'accord de gouvernement.
Le néerlandais standard
Et quand le trio N-VA/Open VLD/CD&V parle de "contenu de qualité", il parle - entre autres - de contenu qui consolide l'identité flamande. "La VRT se concentre plus que jamais sur son caractère public et sur le renforcement de l'identité flamande", lui ordonne le gouvernement. Ce qui passe notamment par une attention toute particulière apportée à la qualité de la langue qu'elle véhicule sur les plateaux de télévision. Car il y aurait du laisser-aller. Marius Meremans, le monsieur Médias de la N-VA s'est en tout cas plaint, au journal De Morgen, que "Philippe Gilbert parle un meilleur néerlandais que certains commentateurs de la chaîne publique". La VRT est sommée d'employer exclusivement le néerlandais standard. Pour les nationalistes, l'homogénéité linguistique est le ciment de l'identité flamande et lui confère une certaine noblesse. Les patois régionaux et la tussentaal - de plus en plus en vogue dans les conversations quotidiennes - doivent donc disparaître des écrans.
Le Flamand, trop cher
Mais, déjà, la VRT, se demande sérieusement comment elle pourra mieux servir qu'aujourd'hui la cause flamande - et son désormais célèbre canon - avec une enveloppe rabotée. Il y a là comme une injonction paradoxale.
Jeudi, le patron de la VRT Paul Lembrechts a expliqué que pour faire face à la diminution des moyens, il faudrait réduire l'acquisition de contenus audiovisuels créés en Flandre et privilégier l'achat de séries étrangères, beaucoup moins coûteuses. Les maisons de production flamandes, nombreuses et régulièrement primées, pourraient ainsi être privées de 10 millions d'euros par an. Elles ne sont pourtant pas les dernières à forger l'identité flamande. Quel paradoxe.