Les ministres bruxellois en affaires courantes entrent en résistance contre la réforme du chômage du fédéral
La Cocom active une procédure de conflit d'intérêts contre la limitation des allocations de chômage dans le temps, demandant notamment de reporter de six mois l'entrée en vigueur de la réforme.


- Publié le 06-06-2025 à 09h57
- Mis à jour le 07-06-2025 à 09h22

Le Collège réuni de la Commission communautaire commune (Cocom) a activé, jeudi, une procédure de conflit d'intérêts sur la réforme fédérale du régime de chômage.
Cette procédure suspend temporairement l'adoption de la réforme pour une période de 60 jours, "dans le but d'engager une concertation interinstitutionnelle sur ses impacts réels et ses modalités de mise en œuvre", indique le cabinet du ministre bruxellois de l'Emploi, Bernard Clerfayt (Défi).
Cette procédure de conflit d'intérêts vise notamment à reporter de six mois l'entrée en vigueur de la réforme, selon un communiqué.
La principale inquiétude exprimée par la Cocom porte sur les conséquences directes de la réforme pour les CPAS bruxellois, sans qu'aucune garantie n'ait été apportée concernant les modalités du transfert de charges vers les CPAS ou que la coordination avec les acteurs régionaux pour accompagner les chercheurs d'emploi concernés n'ait été assurée.
"Alors que le gouvernement fédéral vise près de 2 milliards d'euros d'économies, aucun financement structurel n'est prévu pour les pouvoirs locaux qui devront prendre en charge les publics exclus du chômage. […] Cette réforme risque d'entraîner une hausse de 28 % de la charge des CPAS bruxellois", alerte le cabinet Clerfayt.
Alain Maron (Écolo), ministre bruxellois de l'Environnement, pointe quant à lui un "mépris des concertations pourtant annoncées, un impact délétère pour les services sociaux et les CPAS".
La Cocom règle et gère les matières communautaires en Région Bruxelles-Capitale. Son collège réunit les ministres bruxellois – Rudi Vervoort (PS), Bernard Clerfayt (Défi), Alain Maron (Écolo), Elke Van den Brandt (Groen) et Sven Gatz (Open CLD) – mais pas les secrétaires d'État. La secrétaire d'État Ans Persoons (Vooruit), dont le parti est représenté au niveau fédéral, n'y siège donc pas. "Mais il faut noter que Vooruit n'a pas empêché la manœuvre et n'a pas fait pression pour l'empêcher", pointe une source au sein de la majorité bruxelloise.
La position étonnante de l'Open VLD
"Cela sape également bien le discours de l'Open VLD, qui nous explique qu'avoir la N-VA au gouvernement bruxellois serait une garantie pour redresser Bruxelles, mais qui intente des conflits d'intérêts sur les réformes fédérales️", constate un socialiste.
C'est incompréhensible dans le chef de l'Open VLD. Ce parti milite depuis 20 ans pour limiter le chômage dans le temps. Je vais être franc, je pensais que c'était Vooruit autour de la table... Mais non, c'était l'Open VLD. On se croirait dans le Métavers (NdlR: monde virtuel parallèle). Ceux qui n'ont pas été capables de gouverner Bruxelles bloquent ceux qui veulent réformer la Belgique."
Un point sur lequel, pour une fois, PS et MR sont d'accord. "C'est incompréhensible dans le chef de l'Open VLD. Ce parti milite depuis 20 ans pour limiter le chômage dans le temps. Je vais être franc, je pensais que c'était Vooruit autour de la table… Mais non, c'était l'Open VLD. On se croirait dans le Métavers (NdlR : monde virtuel parallèle)", a lancé Georges-Louis Bouchez, président du MR. Ceux qui n'ont pas été capables de gouverner Bruxelles bloquent ceux qui veulent réformer la Belgique."
"Ce n'est pas la position du groupe fédéral. Il faut limiter le chômage. Mais c'est votre gouvernement qui ordonne sur ordre de Vooruit de lier cela à un accord sur l'impôt sur les plus-values. Nous n'en sommes donc pas encore là, comme nous l'avons encore vu ces derniers jours. Mieux vaut donc faire vite. Les socialistes ont déjà réussi à faire suffisamment d'ajustements à gauche avec de nombreuses exceptions et érosions", a réagi Alexia Bertrand, cheffe de groupe Open VLD à la Chambre.
La manœuvre s'inscrit également bien dans la dynamique que souhaite imprimer Ahmed Laaouej à un gouvernement bruxellois de gauche (PS/Écolo/Groen/Vooruit/Team Ahidar) qu'il tente de mettre en place et qui s'inscrirait en opposition aux réformes de l'Arizona.
Par cette procédure, les ministres bruxellois en affaires courantes entrent donc en quelque sorte en résistance contre la réforme du chômage du gouvernement Arizona, au niveau fédéral.
"Donc l'exécutif sortant est incapable de s'accorder sur la moindre économie pour amortir le précipice budgétaire à Bruxelles, mais bien pour mettre des bâtons dans les roues de ceux qui ont le courage de faire les réformes indispensables du marché de l'emploi au Fédéral", a réagi le chef de file des Engagés à Bruxelles, Christophe De Beukelaer.
Benjamin Dalle, député bruxellois et chef de file du CD&V dans la capitale, assure quant à lui que "le Gouvernement bruxellois (le Collège de la Cocom) n'est pas compétent pour invoquer un conflit d'intérêts à l'encontre d'un projet de loi soumis à la Chambre".