L'orthodoxie et le culte islamique, une piste d'avenir pour les églises fermées de Bruxelles ?
Les cultes protestants, orthodoxes et islamiques sont ouverts à reprendre certains lieux.

- Publié le 24-06-2024 à 06h34
- Mis à jour le 24-06-2024 à 08h57

Saint-François D'Assise à Schaerbeek, Saint-Paul à Uccle, Notre-Dame-du-Sacré-Coeur à Anderlecht… À côté des églises catholiques confiées au culte protestant, ce n'est pas un hasard si dix églises catholiques ont été confiées, louées ou partagées (en fonction des modalités) au culte orthodoxe ces dernières années. Cela s'explique avant tout par la croissance du nombre de fidèles orthodoxes que différents mouvements migratoires ont amenés dans notre pays. "De nombreux orthodoxes sont arrivés en Belgique depuis la Syrie, le Liban ou l'Ukraine ces dernières années, constate Serge Model, docteur en sciences politiques et spécialiste de l'Église orthodoxe. Or, une église orthodoxe est un lieu de culte, mais également un lieu de sociabilité, prisée par les nouveaux arrivants. Les Polonais, les Roumains, les Syriens, les Serbes… ont donc constitué leurs paroisses, et c'est désormais le cas pour les Ukrainiens."
La spécificité de l'orthodoxie, qui n'est pas centralisée autour d'une seule autorité, mais autour de différents patriarcats ou Églises autocéphales (Constantinople, Moscou, Bucarest…), explique aussi la multiplication des lieux de culte : chaque patriarcat ou Église autocéphale souhaite pouvoir accueillir ses fidèles dans un lieu qui lui est propre.
De plus, ajoute Serge Model, "contrairement aux protestants ou aux musulmans qui s'appuient moins sur des objets liturgiques et peuvent plus facilement tenir leurs célébrations dans une salle, les orthodoxes sont soucieux de se retrouver dans un lieu consacré, dont la forme rappelle plus ou moins leurs lieux de culte d'origines". C'est le cas des églises catholiques qu'ils aménageront avec une iconostase (cloison décorée d'icônes qui sépare la nef du sanctuaire), par exemple. Il suffit de pousser les portes de la cathédrale des Saints Archanges – avenue de Stalingrad à Bruxelles-ville – ou de l'Église orthodoxe serbe Saint-Sava – rue des Étangs Noirs à Molenbeek – pour découvrir des traces du catholicisme sur lequel s'est greffé le culte orthodoxe. Ce n'est donc pas compliqué de passer d'un culte à l'autre – certaines églises sont même partagées [c'est le cas de l'église du Divin Sauveur à Schaerbeek]. D'autres pourraient donc suivre cette "conversion" à l'avenir, pronostique Serge Model.
Le culte islamique n'est pas fermé au fait de reprendre des églises
Pour l'heure, il n'est pas dans les intentions de l'Église de confier un lieu de culte catholique aux fidèles musulmans. Les raisons invoquées sont patrimoniales : si le bâtiment est classé avec son mobilier, que faire, par exemple, des vitraux ou des statues qui ne pourraient trouver leur place dans une mosquée ? Elles sont aussi symboliques : voir une église transformée en mosquée serait sans doute très difficile à vivre pour certains chrétiens.
"Nous n'avons aucun problème avec le fait que l'Église catholique préfère confier ses églises à d'autres confessions chrétiennes, réagit Michaël Privot, administrateur du Conseil Musulman de Belgique, l'actuel organe représentatif du culte islamique auprès de l'État. Cependant, le culte islamique s'est déjà dit ouvert au fait de pouvoir récupérer des églises à Bruxelles. La communauté turque avait par exemple marqué son intérêt pour l'église Sainte-Marie à Schaerbeek. Théologiquement, une telle réaffectation ne poserait pas de problème majeur pour les musulmans. Aujourd'hui, la chapelle de l'Université Saint-Louis, chrétienne d'origine, est devenue un lieu de prière interconvictionnel et, tout au long de l'histoire, on a vu des lieux passer d'un culte à l'autre. L'orientation, par exemple, n'a jamais été un absolu. La grande mosquée de Fès n'est pas tout à fait orientée vers la Mecque."
"D'un point de vue patrimonial, je pense que l'on pourrait également trouver des solutions. Si l'église n'est pas classée, le mobilier pourrait être déplacé, comme c'est le cas dans les lieux désacralisés. Si l'édifice est classé, on pourrait certainement imaginer placer des tentures devant les vitraux lors des moments de prière par exemple. Le seul point qui pourrait freiner les communautés islamiques en vue de la reprise d'une église serait le coût de l'entretien du bâtiment."