Enfin un déblocage en vue à Bruxelles : David Leisterh invite 6 partis, dont l'Open VLD, "à négocier un budget"
Le président du MR bruxellois fixe un préalable aux discussions : "Ce budget devra répondre aux impératifs de réaliser une diminution de déficit d'un milliard d'euros d'ici 2029." Une réunion doit avoir lieu prochainement, sans la N-VA. L'Open VLD a déjà accepté l'invitation.

- Publié le 19-09-2025 à 10h27
- Mis à jour le 19-09-2025 à 15h44

L'étincelle, dans ces négociations bruxelloises, va-t-elle finalement jaillir du chaos ?
Ce vendredi matin, le président du MR bruxellois, s'est fendu d'un communiqué de presse, envoyé à La Libre, annonçant une possible piste de déblocage dans la crise bruxelloise. Pour la première fois depuis les élections de juin 2024, 6 partis, qui représentent 53 députés bruxellois, vont se réunir pour entamer de vraies négociations budgétaires.
"Compte tenu de la situation budgétaire dramatique de la région bruxelloise et du blocage politique persistant, le MR invite les trois premiers partis démocratiques francophones (MR, PS, Les Engagés) ainsi que les trois partis néerlandophones du gouvernement sortant en affaires courantes (Groen, VLD, Vooruit) afin de négocier un budget pluriannuel pour la Région capitale", indique David Leisterh. "Cette invitation est faite dans l'attente de l'établissement d'une majorité néerlandophone."
La N-VA n'est pas conviée, pas plus que le CD&V.
Dans ce communiqué, le libéral pointe des objectifs budgétaires chiffrés, comme préalable aux négociations : il s'agira de diminuer le déficit annuel drastiquement d'ici à la fin de la législature, pour le faire grosso modo passer de 1,5 milliard d'euros à 500 millions.
Une réunion lundi
"Ce budget devra répondre, non par choix idéologique mais bien par nécessité économique, aux impératifs de réaliser une diminution de déficit d'un milliard d'euros d'ici 2029 au travers de mesures d'économies structurelles sur les dépenses courantes et les dépenses d'investissement, et en veillant à optimiser les recettes fiscales sans impôt nouveau sur les ménages et le tissu économique bruxellois", ajoute David Leisterh. "Aucun commentaire supplémentaire ne sera fait afin de préserver les chances de succès."
Une réunion devrait avoir lieu dès ce lundi, en vue de discuter directement du fond.
"Enfin ! Les négociations vont pouvoir commencer", a réagi Yvan Verougstraete, président des Engagés, qui a joué un rôle important dans cette séquence.
Frédéric De Gucht accepte de venir à table
Sur le fond et la forme, l'absence du CD & V, et surtout les assurances que de sérieux efforts budgétaires seront réalisés par le prochain gouvernement, semblent avoir permis convaincre Frédéric De Gucht et l'Open VLD d'enfin entamer les négociations.
"Nous allons à la table, à l'initiative du MR et de David Leisterh", a fait savoir Frédéric De Gucht dans un tweet, soulignant la prise en compte de ses "exigences de rigueur budgétaire". Il précise toutefois qu'il ne participera pas "à un gouvernement minoritaire côté néerlandophone".
La Fédération bruxelloise du PS a également validé l'entrée en négociation, après un bureau.
Pendant plusieurs mois, pour rappel, le président de l'Open VLD à Bruxelles avait refusé d'embarquer dans un gouvernement bruxellois sans la N-VA, ou du moins sans soutien du fédéral. "Mais le fait d'avoir pour la première fois un montant clair, et assez important, qui permette de faire baisser le déficit, pour qu'on puisse voir vraiment une différence sous cette législature, cela fait une différence pour l'Open VLD", observe une source Open VLD.
Pour le MR, la présence de l'Open VLD- le parti frère- est décisive, en ce qu'elle renforce la présence de partis en faveur d'une rigueur budgétaire autour de la table.
Six partis, mais pas le CD & V ni de majorité néerlandophone
Les négociations budgétaires débuteront donc à six partis, sans le CD & V ni la N-VA. Cette donne créé du remous, côté flamand. Car cette coalition dispose d'une majorité absolue, côté francophone également, mais pas côté néerlandophone. Il manque donc un siège (celui du CD & V) pour obtenir une majorité pleine et entière, en mesure de former un gouvernement de plein exercice.
Le CD&V n'apprécie pas.
"Si nous ne pouvons pas participer aux négociations dès le début, on ne doit pas venir nous demander notre soutien plus tard", a prévenu Benjamin Dalle, chef de file du CD & V à Bruxelles. "C'est bien l'Open VLD qui a demandé à ce que nous soyons absents des négociations. Ils avaient dit avoir besoin de l'appui du Fédéral pour réformer Bruxelles. Or, le ministre du Budget et de la Justice sont de notre parti, le CD&V... De plus, le milliard d'économie demandé à l'horizon 2029 copie-colle les demandes d'Yvan Verougstraete dans sa note. Pourquoi accepter maintenant ce qu'ils le refusaient alors?"
"Le PS est en train de remporter la guerre d'usure. Pour la première fois, les négociations sur un budget, et donc sur un gouvernement, débutent sans majorité flamande. Renoncer à la double majorité, c'est trahir Bruxelles elle-même."
La N-VA a également dénoncé le deal. "Le PS est en train de remporter la guerre d'usure. Pour la première fois, les négociations sur un budget, et donc sur un gouvernement, débutent sans majorité flamande (...) Renoncer à la double majorité, c'est trahir Bruxelles elle-même", a commenté Cieltje Van Achter (N-VA), ministre flamande en charge des Affaires bruxelloise.
Le MR et les Engagés estiment toutefois que, si les négociations budgétaires avancent bien, il sera possible de trouver le siège néerlandophone manquant pour former un gouvernement bruxellois. Car c'est bien l'objectif de la proposition du candidat ministre-Président.
Après le chaos, un rebond
Après avoir semé le chaos dans les discussions bruxelloises ce mardi, avec une interview croisée avec Frédéric De Gucht (Open VLD), David Leisterh a bien rebondi, mettant sur la table une piste de solution, après 15 mois de blocage.
La situation s'est en fait décantée lors d'une réunion mercredi après-midi, lors de laquelle David Leisterh a rencontré le PS et Les Engagés. Le libéral s'est expliqué des propos de Frédéric De Gucht sur le gouvernement fédéral (NdlR : Frédéric De Gucht avait ouvert la porte à un gouvernement bruxellois sans la N-VA mais "seulement s'il y a un accord écrit et signé par le gouvernement fédéral), et sur son refus de négocier un budget sans l'Open VLD.
La réunion a été difficile. Le PS et les Engagés ont demandé au MR de clarifier la situation. Loin de claquer la porte, David Leisterh a fini par discuter d'une nouvelle piste de sortie, rencontrant également Frédéric De Gucht par la suite. Les partis se sont entendus sur certaines conditions permettant d'entrer en négociations budgétaires (économie d'un milliard d'euros).
Le coup de téléphone de Bouchez à De Wever
Alors que l'accord est intervenu mercredi, il a fallu attendre près de 48 heures, jusqu'à ce vendredi matin, pour qu'il soit "officialisé".
Georges-Louis Bouchez a tenu à annoncer lui-même à Bart De Wever que son parti ne serait pas partie prenante des négociations bruxelloises. Le président du MR a ensuite été happé par l'actualité (profanation de la tombe de Jean Gol et manifestation contre la commémoration de sa mort à Liège), ce qui a retardé le processus et provoqué l'impatience des autres partis qui attendaient une annonce depuis mercredi soir…
Des négociations difficiles s'annoncent
Il faudra désormais négocier. Cela ne sera pas une formalité. "Les négociations vont commencer avec une sorte d'épée de Damoclès au-dessus de la tête de David Leisterh. Et c'est Frédéric De Gucht qui la tient, sur la question de la minorité néerlandophone", note une source néerlandophone. "Ensuite, si on arrive à faire un budget, il faudra encore le mettre en oeuvre, et faire un gouvernement. Car il ne faut pas attendre du gouvernement en place, de Rudi Vervoort et d'Alain Maron, qu'ils appliquent un tel budget…"
"C'est une vraie avancée. Mais en excluant le CD & V, c'est comme si les libéraux avaient choisi la face nord pour escalader l'Everest. Ce sera plus compliqué qu'avec eux", ajoute une source francopone.
Le chemin est encore long avant qu'un gouvernement soit mis en place.
Mais l'espoir est de retour. Dans cette crise bruxelloise, c'est déjà beaucoup…