David Leisterh, entraîné dans la campagne interne de l'Open VLD par Frédéric De Gucht, crispe les discussions bruxelloises avec le PS
Dans une interview croisée avec David Leisterh, Frédéric De Gucht a ouvert la porte à un gouvernement bruxellois sans la N-VA mais "seulement s'il y a un accord écrit et signé par le gouvernement fédéral". Des propos qui ont mis le feu aux discussions avec le PS et les Engagés…

- Publié le 17-09-2025 à 11h38
- Mis à jour le 17-09-2025 à 17h51

Les propos tenus ce mercredi par Frédéric De Gucht (Open VLD) et David Leisterh (MR), dans une interview accordée au Soir, ont fait bondir certains politiciens bruxellois ce matin, dans plusieurs partis. Les libéraux ont recalé la proposition du PS et des Engagés de négocier un budget à 6, sans l'Open VLD, tandis que Frédéric De Gucht a posé ses conditions pour négocier sans la N-VA: il réclame un feu vert... de Bart De Wever sur les politiques bruxelloises.
Pour David Leisterh, en effet, un budget ne peut être mis en place que si sa confection débouche sur un gouvernement bruxellois. "Un budget, c'est le bras armé d'un gouvernement, et là, on nous demande de réaliser un budget à six partis qui sera mis en œuvre par le gouvernement en place, de Rudi Vervoort, pendant que nous, MR, nous serons toujours sur les bancs de l'opposition ! Il ne faut pas pousser."
Ses propos ont été perçus par les socialistes comme un torpillage en règle des initiatives d'Ahmed Laaouej (PS) et d'Yvan Verougstraete (Les Engagés) d'avancer sur un budget, et de former en bout de course un exécutif.
Des réunions avec le PS au siège du MR
Certes, le bourgmestre de Watermael-Boisfort avait déjà tenu une ligne similaire dans La Libre.
Le contexte est toutefois différent, puisque le PS, le MR et les Engagés ont entamé ces derniers jours, en toute discrétion, des discussions visant à trouver un compromis susceptible d'être soutenu par une majorité simple (45 élus) au parlement bruxellois. Des réunions avaient eu lieu au siège du MR, avenue de la Toison d'Or, et même dans la commune de Watermael-Boisfort.
"Je ne rentre pas dans un gouvernement qui ne comporte pas l'engagement écrit du fédéral, comme de la Flandre et de la Wallonie, à soutenir les politiques qui seront projetées".
Dans la suite de l'interview de ce mercredi, Frédéric De Gucht a donc été jusqu'à ouvrir la porte d'un gouvernement bruxellois sans la N-VA, mais seulement si le gouvernement fédéral, et son Premier ministre nationaliste Bart De Wever, donnent leur feu vert à tout accord bruxellois. "Je ne rentre pas dans un gouvernement qui ne comporte pas l'engagement écrit du fédéral, comme de la Flandre et de la Wallonie, à soutenir les politiques qui seront projetées", a souligné Frédéric De Gucht.
Une proposition que David Leisterh n'a pas rejetée tout à fait. "Ici, la situation est tellement grave et urgente que demander en amont des gages renforcés à l'État fédéral n'est pas une mauvaise idée", a-t-il indiqué.
"Cela touche au naufrage"
"Cela touche au naufrage. L'homme qui voulait changer Bruxelles en 100 jours claque la porte du budget 2026. Et le candidat à la ministre-présidence trouve compréhensible de soumettre la formation du gouvernement fédéral à l'accord/ aval de Bart De Wever", assène John Pitseys (Ecolo), député bruxellois.
"Tout le monde est un peu halluciné par cette interview au sein du Parlement", pointe une source chez les Engagés.
"Voir la famille libérale historique se soumettre au nationalisme flamand est une tristesse profonde – et enfonce encore un peu plus Bruxelles dans le marasme", a tweeté François De Smet (Défi), député fédéral.
"On voit finalement à travers cette interview que David Leisterh a renoncé à défendre Bruxelles", a indiqué sur BX1 Khalil Aouasti (PS), proche d'Ahmed Laaouej.
"On n'imagine pas Charles Picqué tenir de tels propos…", glisse une autre source PS
"Je ne comprends pas comment David Leisterh a pu penser que c'était le bon moment pour faire une interview croisée où il laissait dérouler Frédéric De Gucht", pointe une autre source socialiste. "Il torpille l'initiative en cours et refuse de voir que confectionner un budget, c'était le chemin le plus court vers un gouvernement bruxellois. Ensuite, par-dessus le marché, il se confond dans les propos de De Gucht, ce qui est hallucinant pour un candidat ministre-Président bruxellois. On n'imagine pas Charles Picqué tenir de tels propos…"
Le contenu de cette interview croisée, glissent certains observateurs, sert les intérêts de Frédéric De Gucht dans sa campagne pour la présidence nationale de l'Open VLD, moins ceux de David Leisterh...
"On nous demande d'y aller sans la N-VA, sans l'Open VLDet avec l'ombre de Fouad Ahidar dans le dos. Tout ça a un prix".
Placer la barre haut
Contacté par La Libre, David Leisterh contredit formellement le narratif socialiste. Le président du MR bruxellois assure qu'il n'y a pas de volonté d'arrêter les discussions en cours avec le PS et les Engagés. Mais les discussions récentes avec les socialistes, en effet, ne semblent pas l'avoir rassuré sur la capacité de son parti de pouvoir suffisamment réduire le déficit et réformer Bruxelles. "On nous demande d'y aller sans la N-VA, sans l'Open VLD et avec l'ombre de Fouad Ahidar dans le dos (Fouad Ahidar a en effet assuré mardi soir être prêt à soutenir le gouvernement bruxellois depuis l'opposition). Tout ça a un prix", indique David Leisterh à La Libre.
Si dans les rangs du MR, les propos de Frédéric De Gucht sur "le feu vert de Bart De Wever" ont pu interpeller, David Leisterh a reçu le soutien de plusieurs députés, lors d'un réunion de groupe organisée ce mercredi.
"Il y a d'office des collaborations avec les autres niveaux de pouvoir dans la sécurité, l'emploi, l'énergie, c'est simplement cette position qui a été exprimée", appuie Aurelie Czekalski (MR), députée bruxelloise. Pas question de rétropédaler, donc. Circulez y a rien à voir.
Une réunion avec le PS ce mercredi
Reste à voir si cette séquence signera la fin des discussions entre le PS et le MR, ou si elle ne constituera qu'un épisode supplémentaire de cette interminable crise bruxelloise… La réponse ne tardera pas : une réunion doit avoir lieu ce mercredi après-midi, entre le MR, le PS et les Engagés. David Leisterh, à ce stade, entend bien s'y rendre. Des clarifications seront nécessaires, s'il veut poursuivre les discussions.