"Vous préparez la plus grande cure d'austérité qu'ait connue la Fédération Wallonie-Bruxelles"
L'opposition PS-PTB-Écolo s'inquiète des coupes budgétaires que préparerait la nouvelle majorité MR-Engagés.

- Publié le 19-07-2024 à 18h27
- Mis à jour le 22-07-2024 à 18h03

"De nombreux flous", selon le député Martin Casier (PS). "Beaucoup de promesses non détaillées, non chiffrées", pour Bénédicte Linard (Écolo). L'opposition (PS, Écolo, PTB, Défi) a vivement dénoncé, vendredi, au Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, les imprécisions de l'accord de gouvernement de la nouvelle majorité MR-Engagés.
"Cet accord ouvre plus de questions que de réponses", a insisté M. Casier, chef de file des socialistes à la "Fédé". "Avec le MR, l'avenir s'éclaire, sauf sur le budget", a ironisé Alice Bernard, pour le PTB, paraphrasant le slogan de la campagne électorale des libéraux.
Le Parti socialiste a sorti sa calculette, comme il l'avait fait en Région wallonne : sur la base des engagements du gouvernement francophone, un milliard d'euros devront être économisés sur base annuelle d'ici 2029, auxquels il faudra ajouter "au moins 400 millions d'euros" de dépenses nouvelles. Un effort d'1,4 milliard donc, soit 10 % du budget de la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB ou Communauté française), le même ratio qu'en Région wallonne.
La maîtrise du déficit public, une priorité
"Vous essayez de faire entrer un rond dans un carré", a dénoncé Martin Casier. Selon lui, les rationalisations de structures annoncées par le gouvernement ne permettront pas de générer des économies suffisantes. Dès lors, estime-t-il, "soit vous mentez, soit vous préparez la plus grande cure d'austérité qu'ait connue la Fédération Wallonie-Bruxelles".
"Je pense que vous savez très bien ce que vous allez faire, mais vous n'osez pas le dire", a appuyé Alice Bernard (PTB). Et Mme Linard d'attaquer : "Vous ne lèverez le brouillard sur vos intentions budgétaires qu'après les élections communales d'octobre. Cela laisse présager le pire."
Il est inévitable que des économies structurelles soient faites dans l'enseignement après des années d'investissements.
Dans sa réponse, la ministre-Présidente Elisabeth Degryse (Les Engagés) a affirmé que la maîtrise du déficit public serait "la première priorité" de son gouvernement. Parce que sans cela, "ce sera l'austérité que vous annoncez". "Le chiffre du déficit est le vôtre, celui que vous avez voté, a-t-elle lancé au PS, qui a été membre de tous les gouvernements communautaires, sauf deux grosses années entre 1985 et 1988. J'ai ce souvenir d'étudiante : quand je rentrais à mon kot, je devais ranger le bazar laissé par les autres…"
L'avenir du statut d'enseignant
Mme Degryse a confirmé que la Région wallonne se monterait solidaire de la FWB et a promis "une gestion plus moderne, plus efficace, plus raisonnée des moyens publics".
"Il est inévitable que des économies structurelles soient faites dans l'enseignement après des années d'investissements", a-t-elle ensuite annoncé, faisant bondir l'opposition de gauche. Selon elle, toutefois, ces économies ne sont pas une surprise car elles étaient prévues dans le Pacte d'excellence (la réforme de l'enseignement obligatoire), mais "Mme Désir (la ministre PS de l'Éducation dans le précédent gouvernement, NdlR) n'a pas eu le courage de les faire".

Comme on pouvait s'y attendre, l'opposition a aussi dénoncé la suppression annoncée du statut d'enseignant pour le remplacer par des contrats à durée indéterminée (CDI), comme dans le privé, pour les nouveaux profs. Pour le PS, le PTB et Écolo, cela ne résoudra en rien la pénurie d'enseignants et pourrait même l'aggraver.
La confiance accordée au gouvernement
Pêle-mêle, les trois partis se sont encore inquiétés de la suppression de toute une série de gratuités dans l'enseignement ; d'un refinancement de l'enseignement libre sur le dos de l'officiel ; de l'augmentation des coûts à charge des étudiants du supérieur ; d'économies dans la culture ; du peu de place accordée aux droits de femmes, réduits à quelques lignes dans le chapitre "familles" de l'accord de gouvernement ; de l'absence d'un chapitre dédié à la transition écologique…
"Je veux croire que vous renoncerez à la mauvaise foi et au procès d'intention" à l'avenir, a répliqué Elisabeth Degryse, demandant à l'opposition de laisser le temps à son gouvernement de se mettre en place et de commencer le travail. "Vous aurez cinq ans pour nous juger sur nos actes."
En fin de séance, le Parlement a accordé sa confiance au gouvernement par un vote majorité contre opposition (50 voix contre 39).