"L'accord entre le MR et les Engagés fait de la Fédération Wallonie-Bruxelles un appendice de la Région wallonne. Le fait bruxellois est nié"
Pour Fabian Maingain (Défi), député bruxellois et à la Fédération Wallonie-Bruxelles, le manque de dynamique dans les négociations bruxelloises pourrait affaiblir Bruxelles, qui se ferait "imposer des orientations stratégiques par d'autres accords de gouvernement".

- Publié le 19-07-2024 à 06h52

L'accord de gouvernement, annoncé jeudi dernier en Wallonie et en Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB) a surpris de par la rapidité avec laquelle il a été conclu. Au Parlement wallon, ce mercredi, l'opposition, PS en tête, a néanmoins dénoncé les faiblesses supposées de la déclaration de politique régionale wallonne (DPR).
L'opposition devrait, dès ce vendredi à l'occasion de la première séance plénière, se livrer au même exercice au Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, à propos de la déclaration de politique communautaire (DPC). Chez Défi, le texte a été analysé avec des lunettes bruxelloises par Fabian Maingain qui, à l'instar de son père Olivier, défend la communauté française en tant que lien institutionnel entre les francophones de Wallonie et de Bruxelles.
Qu'est-ce qui vous a marqué dans cette DPC ?
De manière générale, avec l'installation du gouvernement wallon et la déclaration de politique communautaire, on nous a dit qu'on ne voulait pas de poètes, qu'on voulait des ingénieurs. Mais on a surtout vu un gouvernement d'amateurs. Je ne vais pas revenir sur l'amateurisme institutionnel qui a présidé à la constitution du gouvernement et à la répartition des compétences (Ndlr : les gouvernements doivent être mixtes, or, dans un premier temps, seules des femmes avait été annoncées au gouvernement la FWB). Force est de constater, aussi, que ce gouvernement ne traduit pas le choc de gouvernance et de simplification annoncé par la DPC. On a six ministres à la Fédération Wallonie-Bruxelles, on en avait cinq sous la précédente législature…
Ceci dit, en incluant le gouvernement wallon, il y en a moins au total.
Je ne suis même pas sûr, parce qu'il y avait huit ministres wallons sous la précédente mandature, il y en a toujours huit cette fois-ci (Ndlr : certains ministres ont toutefois des doubles casquettes et les deux gouvernements comptent ensemble 13 postes ministériels, occupés par dix personnes). Nous sommes également loin des annonces des Engagés sur la disparition des cabinets ministériels. Mais la grande oubliée, c'est Bruxelles. Le plus problématique dans cet accord MR-Engagés est qu'il fait de la FWB l'appendice de la Région wallonne. Le fait bruxellois est complètement nié. Certes, il y a deux Bruxelloises au sein du gouvernement. Sans revenir sur les qualités de Valérie Glatigny (MR) et Elisabeth Degryse (Les Engagés), il n'y a cependant aujourd'hui aucun lien structurel et institutionnel entre le gouvernement de la FWB et celui de la Région bruxelloise.
"L'impuissance de David Leisterh à créer une dynamique bruxelloise et à peser au sein du MR affaiblit la place de Bruxelles dans le fédéralisme belge et dans les négociations pour la formation des autres gouvernements."
Certes, mais le gouvernement bruxellois n'est pas encore formé…
Il est quand même inscrit dans les astres que David Leisterh sera le ministre Président bruxellois. Pourquoi ne pas l'avoir déjà mis, à l'instar d'Adrien Dolimont (ministre Président wallon), au sein du gouvernement de la FWB, en attendant sa nomination à Bruxelles ? Par contre, ce qui est vrai, c'est que l'impuissance de David Leisterh à créer une dynamique bruxelloise, à peser dans les rapports internes du MR, affaiblit la place de Bruxelles dans le fédéralisme belge et dans les négociations pour la formation des autres gouvernements. Le MR s'est montré très critique, parfois à juste titre, sur l'incapacité de Rudi Vervoort (PS, actuel ministre Président bruxellois) à peser dans les relations interfédérales pour défendre Bruxelles et ses intérêts. Mais aujourd'hui, l'absence de dynamique bruxelloise fait que Bruxelles est en train de rater le train des négociations en Région wallonne, qui préemptent un certain nombre de choses pour Bruxelles, en Fédération, et peut-être demain au Fédéral. Il y a une vraie inquiétude à voir Bruxelles se faire imposer des orientations stratégiques par d'autres accords de gouvernement, comme c'est le cas à la Fédération.
Vous pointez David Leisterh, mais ne faut-il pas incriminer le blocage du PS ?
Je ne dis pas que David Leisterh est responsable du blocage, mais il n'arrive pas à faire peser Bruxelles dans les négociations.
Sur quels points Bruxelles est-elle défavorisée, dans la DPC ?
Sur la question, par exemple, de l'ouverture du débat sur la régionalisation de certains aspects du patrimoine. Il y a aussi la décision sur la fusion des réseaux (de l'enseignement officiel). Or, à Bruxelles, les pouvoirs organisateurs communaux sont très présents et pèsent extrêmement lourd. On peut se demander à quelle sauce Bruxelles va être mangée dans l'application de cette DPC.
Il est question aussi de régionaliser les infrastructures sportives, des matières actuellement communautaires. Cela va poser problème ?
Oui, car les infrastructures sportives bruxelloises, souvent, ne sont pas mono culturelles ou mono linguistiques. C'est un autre exemple de non prise en considération d'une spécificité bruxelloise.
Sur le fond de la DPC, il y a aussi des choses qui vous semblent positives ?
Il y a des réformes intéressantes, notamment avec des projets qui étaient portés par Défi. La sortie de l'enveloppe fermée dans l'enseignement supérieur, la mise en place d'un bilan de compétence à l'entrée dans les études supérieures, … Il y a aussi, sur le fond, des aspects plus critiquables dans cette DPC, comme la réforme des statuts des profs, qui n'est pas forcément la réponse appropriée. Un grand flou règne au sujet de l'interdiction des signes convictionnels pour les fonctionnaires, sur lequel rien n'est dit. Mais quoi qu'il en soit, la majorité risque de se heurter à la réalité des capacités budgétaires de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Je parlais d'un gouvernement d'amateurs, et effectivement, sur ce point, on ne sent pas fort le côté ingénieur. Une trajectoire budgétaire (de retour à l'équilibre) a été annoncée sur 10 ans. Mais aujourd'hui, les mesures d'économies dévoilées, que ce soit sur les cabinets ministériels ou le blocage de la dotation de la RTBF, ne concernent que quelques dizaines de millions sur des dépenses de 13,2 milliards d'euros pour la Fédération Wallonie-Bruxelles. Sans des tableaux budgétaires adéquats, les promesses risquent de rester vaines.