Roland Duchâtelet : "Pour garder le matricule et l'authenticité du Standard, il faudra peut-être passer quelques années dans des divisions plus basses"
L'ancien propriétaire du Standard de Liège analyse les possibilités dont dispose son ancien club, profondément endetté.

- Publié le 26-05-2024 à 08h21

Il a connu la gronde des supporters, les difficultés sportives et la valse des entraîneurs. Aucun dirigeant du Standard de Liège, depuis Roland Duchâtelet, propriétaire du Standard de Liège entre 2011 et 2015, n'a pourtant, et depuis longtemps, été si proche de ramener le titre dans la Cité ardente. C'était lors d'une saison 2013-2014 dont le dénouement suspect lui reste toujours en travers de la gorge. L'entrepreneur à succès a aujourd'hui tourné le dos au monde du football, après avoir revendu la galaxie de clubs qu'il possédait (Ujpest, Saint-Trond, Alcorcon, Charlton, et le Standard de Liège). À 77 ans, le Limbourgeois continue toutefois d'observer avec attention la situation de son ancien club.
Les autorités doivent-elles investir financièrement pour aider au sauvetage du Standard de Liège ?
La part du public dans le PIB de la Belgique est déjà trop importante selon moi. L'État ne doit surtout pas intervenir. L'État dépense déjà beaucoup trop.
Au Standard, il y a pourtant déjà eu une forme d'aide publique, via l'intervention de la Loterie nationale, le sponsoring de Voo, qui était largement lié au secteur public.
Quand j'ai repris le Standard, il restait encore un petit peu d'aide publique mais c'était fort peu. Et j'ai tout de suite demandé qu'on supprime cela. Sous ma présidence, le Standard payait par contre 8 millions d'euros d'impôts en tous genres par an, en cotisations sociales, en TVA etc.
Il est encore possible, selon vous, de sauver le Standard ?
Cela dépend de ce qu'on entend par là. Il y a deux possibilités. La première est qu'un investisseur reprenne le Standard. Le problème est qu'il y a beaucoup plus de dettes que d'actifs dans le club. Mais aussi, sans doute, beaucoup d'incertitude sur les engagements que la direction précédente a pris sur les actifs du Standard. Si le Standard est repris, avec ses dettes, il y a aussi un risque pour le repreneur que les dettes réelles soient bien plus importantes que ce qui apparaît au départ, en particulier vu le genre d'actionnaires du club (NdlR : 777 Partners).
Il existe une autre possibilité pour éviter ce risque : demander un redressement judiciaire, avec une protection contre les créanciers. Mais il faudra voir alors comment la Pro league réagirait. La procédure, en cas de faillite, serait que le club continue la compétition mais à un nouveau nettement moins élevé que la D1A. Il y a encore une dernière possibilité. Le Standard peut reprendre un autre club, comme par exemple le RFC Seraing, et continuer avec un autre matricule. Lommel a déjà fait cela, cela se passe régulièrement.
Donc le club aurait alors le choix entre changer de matricule et descendre en division beaucoup plus basse ?
Pour garder le matricule et l'authenticité, il faudra peut-être passer quelques années plus bas, avant de remonter. Mais ce n'est pas tellement grave : on peut espérer que le Standard soit chaque année champion dans sa division.
Le Standard pourrait donc s'en remettre ?
Le Standard est un club tellement emblématique, que oui, je le pense. Dans les deux cas que je vous ai cités, le Standard continuerait au moins à porter son nom. Le Standard ne va pas disparaître.
Vous vous attendiez à ce que le club évolue si mal quand vous l'avez revendu ?
Je ne m'attendais pas du tout à cela. Les années sous Bruno Venanzi, même si ce n'était pas aussi bon qu'avant, ce n'était pas la catastrophe.
Qui est responsable de la catastrophe ? 777 Partners ou la direction précédente qui a pris des décisions hasardeuses, notamment dans les transferts ?
Les Américains, les gens qui ont repris le Standard, sont les responsables de la situation actuelle. Ils n'avaient pas les moyens pour reprendre le club.
Cela dit, l'endettement du club est antérieur à leur arrivée…
Il est normal, en Belgique, qu'un club soit endetté. Quand j'ai repris le Standard, je savais dès le départ qu'il me fallait vendre des joueurs avec une plus-value de 10 millions d'euros, pour pouvoir équilibrer les comptes. Sinon, il y a 10 millions d'euros par an de perte. C'est un challenge financier.
Comment expliquer une telle perte structurelle de 10 millions d'euros par an ?
La plupart des clubs en Belgique ont ce problème. Ils proposent aux joueurs des salaires beaucoup plus élevés que ce qu'ils seraient en mesure de payer sans l'argent des transferts. Le championnat belge, comparée à la République tchèque, la Slovaquie, la Suisse ou l'Autriche, propose des salaires bien supérieurs. Car beaucoup de clubs essayent d'équilibrer leurs comptes avec la vente de joueurs. La conséquence, c'est qu'au niveau compétitivité, notre championnat est assez fort. Derrière les grands pays, il y a trois compétitions fortes en Europe : la Belgique, les Pays-Bas et le Portugal, qui a un système assez comparable au nôtre.
Le résultat, c'est que les clubs qui, comme le Standard, n'arrivent pas pendant plusieurs années à bien vendre leurs joueurs, sont en difficultés financières ?
Oui…
Le club n'aurait-il finalement pas été mieux géré si vous étiez resté ?
On ne refait pas l'histoire…