À deux semaines des élections, une union sacrée du politique pour sauver le Standard ? "Quand on s'éloigne de Liège, la tonalité change…"
La Libre a interrogé les partis francophones pour connaître leurs intentions. Les conclusions sont simples : il n'y a pas de volonté partagée d'utiliser les finances publiques pour sauver le Standard.

- Publié le 26-05-2024 à 08h20
- Mis à jour le 26-05-2024 à 08h22

Le processus de vente du Standard de Liège a officiellement débuté. Le spectre de la faillite menace l'avenir de ce géant du football belge, créé en 1898 par plusieurs jeunes du Collèges Saint-Servais.
La question de la survie du Standard, fleuron sportif wallon, est discutée dans les milieux politiques. Avec cette question : à deux semaines des élections, les hommes et femmes politiques wallons de ce pays peuvent-ils se permettre de laisser le Standard de Liège mourir ?
À la mi-mai, dans la Libre, le cabinet de Willy Borsus (MR), le ministre wallon de l'Économie, indiquait ne pas exclure "d'éventuellement intervenir", en faveur du Standard.
Dans la foulée, Willy Demeyer (PS), bourgmestre de Liège, a lancé un appel à l'ensemble des parties concernées en vue de dégager une solution permettant de garantir l'avenir du club en première division, en privilégiant un ancrage local.
"Le traumatisme serait catastrophique"
À Liège, le thème pourrait devenir un sujet de campagne. "La question du Standard revient beaucoup sur le terrain. On nous demande : 'Quand est-ce que Lucien (D'Onofrio, ancien dirigeant emblématique du club) revient ?', nous glisse un socialiste liégeois. Le traumatisme d'un Standard en D3 amateur serait catastrophique pour la région, notamment d'un point de vue économique. Il faudrait vraiment qu'un politique qui pèse sorte du bois sur ce sujet. Ce serait très bien perçu à Liège. Le problème, c'est que quand on s'éloigne de Liège, la tonalité change."
La Libre a interrogé les partis francophones pour connaître leurs intentions.
Les conclusions sont simples : il n'y a guère de volonté partagée de ne pas investir d'argent public dans le foot.
Le PS est le seul parti à ne pas exclure d'investir de l'argent public dans le club, tout en restant prudent, estimant que "le sauvetage du club doit mobiliser l'ensemble des parties prenantes, publiques et privées. C'est le sens du message du bourgmestre de Liège".
"Le Standard représente une part importante de l'identité liégeoise et même wallonne, souligne le porte-parole de Paul Magnette, président du PS. Au-delà de l'équipe professionnelle, nous pensons à tous les clubs de supporters, aux employés et bénévoles du club, ainsi qu'à son importante école de jeunes."
Le MR comme les Engagés, Défi et Écolo sont en revanche catégoriques dans leur refus d'investir l'argent public dans le Standard.
"Le monde politique doit se mobiliser, pointe le porte-parole de François De Smet, président de Défi. Mais il doit le faire en restant à sa place : jouer les bons offices, prendre son téléphone et chercher des repreneurs, oui. Injecter de l'argent public, non."
"L'initiative doit venir des partenaires privés et des actionnaires, éventuellement avec la participation de représentants des supporters qui ne se reconnaissent plus dans leur club", ajoute la porte-parole de Maxime Prévot, président des Engagés selon qui le politique pourrait "jouer un rôle de facilitateur".
"Ce n'est pas le rôle du pouvoir public d'investir dans un club de foot, surtout pour une région aussi endettée que la Wallonie. Et puis, si on le fait pour le Standard, il faut le faire aussi pour les Francs Borains, tranche Georges-Louis Bouchez, président du MR, qui est aussi président des Francs Borains. L'Union Saint-Gilloise a disparu des tablettes durant des décennies et la Région bruxelloise a été en capacité de s'en remettre. Mais je n'ai pas de crainte : le Standard trouvera toujours des investisseurs."
La solution, on l'aura compris, ne sera pas apportée comme par magie par le politique. À 15 jours du scrutin, les partis se marquent à la culotte et veulent surtout éviter d'être associés aux difficultés du club.
D'autant que certains ont déjà trouvé leur coupable idéal. Au PS comme au MR, plusieurs pointent Jean-Michel Javaux (Écolo), président du conseil d'administration du Standard. Le bourgmestre d'Amay a présenté ce 15 mai sa démission "du CA et de toutes les structures (Immobilière, Business Center…) afin de provoquer un électrochoc".
Quand 777 est arrivée à la tête du Standard, Jean-Michel Javaux était à la table d'honneur. Je le sais car j'y étais invité. Pourtant aujourd'hui, il ne connaît plus personne... Moi j'ai le sentiment qu'il connaît en fait très bien les nouveaux propriétaires américains, puisqu'il me les as présentés."
"Quand 777 est arrivée à la tête du Standard, Jean-Michel Javaux était à la table d'honneur. Je le sais car j'y étais invité. Pourtant aujourd'hui, il ne connaît plus personne… Moi j'ai le sentiment qu'il connaît en fait très bien les nouveaux propriétaires américains, puisqu'il me les a présentés. Il fallait dénoncer les choses bien avant. L'attitude très politicienne de Jean-Michel Javaux n'est pas correcte. Il faut arrêter d'utiliser le football pour se mettre sur les belles photos mais quand c'est la m…, s'en aller", assène Georges-Louis Bouchez.
"Je n'ai pas quitté le bateau en pleine tempête, car je reste en poste pendant la transition, rétorque Jean-Michel Javaux, qui assure n'avoir rencontré physiquement qu'à deux reprises Josh Wander, de 777 Partners, alors président du Standard. L'avenir d'un club aussi emblématique et important mérite une union sacrée autour de lui et pas des petits coups politiciens."
Une nouvelle loi ?
Au-delà de la question brûlante de la survie de club se pose également celle de l'avenir. Faut-il légiférer afin d'éviter que pareil scénario ne se répète ?
Défi estime qu'" il revient aux pouvoirs publics d'encadrer la législation pour éviter les repreneurs peu reluisants." Le PS se dit en faveur d'une réflexion autour de la législation encadrant la procédure de reprise des clubs de sport. Écolo est sur la même ligne.
Mais là encore, il n'y a pas d'unanimité politique. "Les clubs de foot sont des entités juridiques économiques que le droit économique, social et le droit des sociétés régissent déjà", soulignent les Engagés.
Le MR y est encore plus franchement opposé. "La plupart des clubs de foot sont déjà des entreprises plus contrôlées que les autres, avec un contrôle mensuel par l'Union belge, souligne-t-on au MR. Le véritable problème est que beaucoup de clubs de foot ont des déficits colossaux car leurs bons résultats sont financés par l'endettement."