Comment les communes tentent de lutter, avec leurs propres outils, contre ce mal qui les ronge: la faillite des centres-villes

- Publié le 04-10-2018 à 08h33
- Mis à jour le 04-10-2018 à 09h40
On ne naît décidément pas tous égaux. Quand on saute la Meuse qui borde Andenne et que l'on avance vers le centre-ville, la rue du Commerce et ses enseignes variées semblent presque nous ouvrir leurs bras.
La vue n'est pas idyllique - Andenne, sans lui manquer de respect, reste une ville de troisième division - mais il y a une perspective commerçante, des places de parking et une certaine largeur qui donne de la luminosité à la voirie. À quarante kilomètres de là, lorsque l'on plonge vers le cœur médiéval de Gembloux, la perspective n'est pas du tout la même.
La Grand-Rue, certes occupée de magasins en son sommet, se tortille pour descendre vers la place de l'Orneau. Gembloux a sans doute un peu plus de charme qu'Andenne, mais sa topographie n'invite décidément pas à s'y promener des sacs de course plein les mains.
La géographie donnerait-elle le ton ? Alors que, pour la Wallonie, la vitalité du commerce des centres-villes se présente comme une grande difficulté, Andenne tire quelques marrons du feu plus aisément que Gembloux.

La concurrence des périphéries
"Dans notre centre-ville, nous comptons 11 % de cellules commerciales inoccupées. C'est mieux que la moyenne", se réjouit Françoise Léonard, échevine de l'Économie et du Commerce, et tête de liste MR pour les élections de ce 14 octobre. Et elle a raison. Si les chiffres varient en fonction des comptages, on peut retenir que le taux de cellules inoccupées avoisine les 13,5 % dans les villes de Wallonie.
"Notre chance, explique Geneviève Danthinne, chargée de projet pour l'ASBL PromAndenne, c'est que nous avions des chancres industriels tout proches du centre-ville et que l'on a pu les transformer en zones commerciales. On peut donc s'y garer, y faire des achats et les poursuivre en se rendant à pied dans le centre-ville. Nous ne souffrons donc pas de la concurrence de grands centres commerciaux situés à quelques kilomètres de la ville."
Et c'est une chance, une vraie. Car un des premiers facteurs qui explique la baisse du nombre de chalands au cœur des agglomérations est cette concurrence des zones commerciales qui fleurissent hors des centres et profitent du "tout à la voiture".
"De notre côté, regrette Alain Goda, premier échevin à Gembloux et tête de liste MR lui aussi, nous sommes une des communes les plus concurrentielles en matière d'offre alimentaire. Sauf une, toutes les grandes enseignes sont présentes sur la commune. Mais aucune dans le centre-ville. Or, avoir une offre alimentaire dans le centre est capital pour attirer du monde." Dieu sait pourtant si Gembloux, pour lutter contre une réalité qui lui échappe en partie, a redoublé d'imagination pour changer les choses.

L'union fait la force
"En début de législature, continue le responsable libéral, nous avons commandé une étude externe pour connaître, objectivement, l'état de désertification de notre centre-ville. Elle a porté sur l'état du bâti et sur le type de clientèle que nous attirions. Dans un second temps, nous avons construit une stratégie pour changer la situation sur le court terme, en organisant des événements ; sur le moyen terme, en travaillant sur les cellules commerciales existantes ; et, enfin, sur le long terme, avec des projets de rénovation urbaine."
"À propos des cellules commerciales, précise Thomas Larielle, conseiller de la ville en rénovation urbaine, nous avons lancé l'opération Creashop qui permet à des commerces de se lancer en bénéficiant d'un loyer réduit durant les 18 premiers mois. Mais comme nous ne recevons pas de fonds européens en la matière, c'est le propriétaire qui doit faire un effort."
Gembloux semble cumuler toutes les difficultés : ses cellules commerciales sont souvent petites ; la commune subit la concurrence de ses voisines ; un investisseur laisse à l'abandon trois surfaces d'envergure qui, vides, abîment l'image du bas de la ville ; elle connaît l'absence d'une marque alimentaire ou d'une enseigne connue qui attire du monde pour elle-même ; et elle observe une paupérisation du centre.
"Pour profiter de la présence d'étudiants, beaucoup de logements ont été subdivisés, ce qui a engendré une bulle immobilière avec un nombre trop important de kots. Ils ont été loués à des personnes qui avaient de faibles revenus et les jeunes familles ont quitté le centre qui, en plus, ne leur apportait pas les services nécessaires. Nous faisons le nécessaire pour inverser la tendance mais c'est difficile", explique encore Thomas Larielle. Au-delà de ces difficultés, de la concurrence du commerce en ligne et de l'absence de lisibilité sur ce que sera le commerce dans vingt ans, "le dynamisme repart doucement à la hausse depuis 2014", note Alain Goda, conscient des ornières qui restent encore à franchir.
Entre la libéralisation du marché, l'essor de l'e-commerce, les volontés des propriétaires, les subsides extérieurs ou la politique de la région qui est compétente pour les implantations commerciales de grande envergure, une commune n'a pas tous les leviers. L'exemple d'Andenne permet cependant d'en noter encore deux, parmi d'autres - telle que la mise en place d'une monnaie locale à laquelle s'est attelée la commune de Grez-Doiceau dans le Brabant wallon.
"Nous avons décidé de favoriser le retour d'habitations de qualité dans le centre, dans lequel nous rapatrions aussi les services publics, la bibliothèque et des musées. Notre objectif est de créer un centre diversifié entre services, habitat, grands magasins et magasins de niche qui représentent l'avenir face à l'e-commerce, explique Françoise Léonard. Mais ce dont ont besoin aussi les commerçants alors que leur métier se complexifie, c'est de visibilité. C'est pourquoi nous avons lancé Shop In Andenne qui contribue à leur promotion et leur permet de se mettre en réseau et d'organiser des activités communes. En trois ans, le climat entre les 80 commerces qui participent au projet a changé", veut croire Geneviève Danthinne, optimiste.