Reynders: "Après 2014, avec les mêmes partis"

Le vice-Premier ministre MR et ministre des Affaires étrangères suggère aux partis de l'actuelle majorité de poursuivre le travail entamé. Mais il fixe des priorités: appliquer la réforme de l'État et lancer un pacte de compétitivité qui passe par une baisse des charges sur le travail de manière à augmenter la compétitivité et relancer l'activité.

Entretien de Frédéric Chardon et Francis Van de Woestyne
Didier Reynders - MR
Didier Reynders - MR ©Christophe Bortels

Le vice-Premier ministre MR et ministre des Affaires étrangères suggère aux partis de l'actuelle majorité de poursuivre le travail entamé. Mais il fixe des priorités: appliquer la réforme de l'État et lancer un pacte de compétitivité qui passe par une baisse des charges sur le travail de manière à augmenter la compétitivité et relancer l'activité. Entretien.

On vous a senti séduit par les déclarations de Siegfried Bracke sur le fait que l'on pouvait faire un gouvernement socio-économique avec la N-VA en reportant les questions communautaires. 

Je n'ai pas été séduit. Mais s'il doit y avoir une évolution au nord du pays et si on devait nous dire : pendant 5 ans, on arrête les revendications communautaires et on met en œuvre la réforme de l'État et on se concentre sur le socio-économique, à ce moment-là on peut travailler. Cela dit, je n'ai pas grand doute sur la réalité du message de la N-VA…

Pour vous, la N-VA est-elle un allié potentiel comme le sont les autres partis ? 

Ce n'est pas à moi à me prononcer. Je constate juste que c'est un allié comme les autres pour le VLD, le SP.A et le CD&V en Flandre. Par ailleurs, si on devait négocier un jour avec la N-VA, je demande deux ou trois jours de formation avec Elio Di Rupo, Joëlle Milquet et Jean-Michel Javaux pour savoir exactement comment je dois faire… J'ai déjeuné une fois avec les représentants de la N-VA mais je n'ai pas passé ma vie pendant un an, matin midi et soir, à négocier avec eux comme trois formations politiques francophones… La question est de savoir ce que le PS, le CDH et Ecolo vont faire après les élections de 2014 ? Est-ce qu'ils vont encore aller trouver la N-VA comme en 2010 parce qu'ils la considèrent comme incontournable ? À l'époque, elle faisait 28 % dans les sondages. Aujourd'hui, on dit la N-VA en perte de vitesse mais elle est à 30 %… Quelle est la barre que se mettent le CDH, le PS et Ecolo pour ne pas préférer la N-VA aux libéraux ? Si on me dit clairement que l'objectif est de continuer ensemble au gouvernement fédéral, je suis partisan de continuer avec la coalition telle qu'elle existe pour le moment.

C'est votre premier choix ? 

Bien entendu. J'essaie d'y travailler le mieux possible. Mais, à nouveau, le MR n'a pas négocié avec la N-VA et il faut être sûr que l'ambition du PS, du CDH et d'Ecolo n'est pas de nous faire exactement ce qu'ils nous ont fait en 2010 en nous disant de rester dehors…

Vous demandez un engagement solennel des autres partis de la majorité actuelle en ce sens ? 

Non, il faut que les partis de l'actuelle majorité fassent deux choses. D'abord, terminer la réforme de l'État. Il y a quelques discussions actuellement et il y a encore beaucoup de travail pour les 5 prochaines années à venir pour la réaliser. Je voudrais que les partis flamands s'y attellent et je dois dire que, jusqu'à présent, c'est plutôt le cas. Il faudrait dire, tant du côté francophone que néerlandophone, qu'on est d'accord pour ne pas remettre une couche communautaire et pour exécuter la réforme de l'État telle qu'elle existe. Pas besoin de la N-VA pour cela. À côté de la réforme de l'État, il y a aussi le budget : on est aujourd'hui à la limite de ce que la gauche pouvait demander comme charges supplémentaires : la taxation des voitures de sociétés, etc. Si la N-VA est à ce niveau aujourd'hui, c'est plus en raison de cela qu'en raison de la réforme de l'État. On est à la limite. Donc si on pouvait éviter les erreurs comme celle d'un président de parti qui a proposé de supprimer les intérêts notionnels. Si on veut tuer l'économie d'un pays, faisons-le tout de suite. Je ne vois pas d'où vient cette stupidité…

Là, vous parlez bien de Benoît Lutgen, président du CDH, votre allié au fédéral… 

Il a dans sa commune à Bastogne, des entreprises de transformation de viande qui fournissent les entreprises de distribution belge. Sans intérêts notionnels, ces entreprises de distribution seront confrontées à une augmentation de leur fiscalité. C'est ce qu'il veut ? On peut faire croire aux gens tout ce qu'on veut. Mais c'est malsain. Ces déclarations ne sont que des balivernes qui auraient pour conséquence de massacrer des entreprises belges, des grosses mais aussi des petites. Je ne comprends pas pourquoi des gens se spécialisent, quand ils parlent de réforme fiscale, dans la recherche d'abord d'impôts nouveaux avant de baisser l'impôt. Car dans ce pays, on est déjà hypertaxé.

Que faut-il faire alors ? 

Mon parti propose une réforme de 5 milliards sur une législature : 1 milliard par an. C'est mesuré et planifié.

Comment financer cela ? 

Restons à l'équilibre mais continuons à faire des efforts pour baisser la charge fiscale pour relancer l'activité. Je pense qu'il faut aussi déplacer la charge. Voyons ce que l'on peut faire en taxation verte. Je n'ai jamais été opposé non plus à la taxation du capital, pourvu que cela soit raisonnable. On peut aussi mettre en œuvre un péage autoroutier. On laisse échapper des recettes qui viendraient uniquement du trafic de transit.

Les Régions ont essayé, mais en vain… 

Si les libéraux arrivent au pouvoir dans les Régions, en Wallonie, à Bruxelles, en Flandre, nous mettrons cela en place.

Mettre entre parenthèses le communautaire… Croyez-vous que cela soit possible ? 

C'est la Flandre qui nous le dira. J'attends le débat électoral pour savoir réellement ce que veulent les partis flamands. À ma connaissance aucun parti francophone ne réclame une 8e réforme de l'État.

Vous dites donc : repartons avec la même majorité. Avec le même Premier ministre ? 

Éventuellement. Personnellement, je n'ai jamais jeté d'exclusive sur un Premier ministre et certainement pas sur un francophone. S'il y a une autre possibilité, on verra bien.

Vous n'avez toujours pas choisi votre lieu d'atterrissage après 2014 ? 

Moi, je suis à Uccle. La greffe bruxelloise prend progressivement. Mes ambitions restent les mêmes : faire du MR la première formation à Bruxelles, peser sur l'avenir de la Région qui est aussi le lien du pays. Après on verra bien.

On ne sait toujours pas qui de vous ou de Vincent De Wolf sera le candidat ministre-président du MR… 

Il me semble que l'on voit assez clairement qui est en charge de la représentation des libéraux de Bruxelles. Je ne suis pas venu par hasard à la présidence de la régionale.

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