Après l'Euro, jusqu'où ira l'Espagne et sa nouvelle génération ? "Nous ne nous arrêterons pas"
La nouvelle Roja cherchera à imiter la génération des Iniesta, Torres et Ramos avec la Coupe du monde 2030 en point de mire.

- Publié le 16-07-2024 à 09h49

Le trophée Henri Delaunay à peine revenu au pays, le peuple espagnol se met à rêver encore plus grand, encore plus loin. Les joueurs aussi. "Nous ne nous arrêterons pas", prévient déjà Rodri, le meilleur joueur du tournoi. "On peut encore s'améliorer et faire mieux", se motive le sélectionneur Luis de la Fuente. "Il reste du temps mais viendra un jour le temps de penser à la Coupe du monde", lance Nico Williams, premier buteur de la finale.
Lorsque Luis Enrique a abordé l'Euro 2020, il évoquait lui aussi clairement l'idée de se préparer pour la Coupe du monde 2022 en considérant que son groupe n'était pas encore assez mature. L'Espagne a finalement atteint la demi-finale européenne mais s'est ensuite plantée au Qatar dès le huitième de finale face au Maroc. En réalité, la nouvelle génération n'était pas encore prête. Il lui manquait une dose de folie supplémentaire, symbolisée aujourd'hui par Lamine Yamal et Nico Williams ainsi qu'un nouveau leader capable d'instaurer un style plus direct : Luis de la Fuente.
On peut encore s'améliorer et faire mieux.
"Les générations précédentes nous ont tracé le chemin, observe Rodri (28 ans), qui a connu l'échec du Mondial et qui tient aujourd'hui le témoin pour unir l'ancienne et la nouvelle génération, aux côtés d'autres joueurs (Oyarzabal, Merino, Simon…) qui ont connu des titres chez les jeunes il y a quelques années. Nous étions déjà champions d'Europe U19 et U21, c'est quelque chose qui se cultive et se met en pratique. Quand l'entraîneur a parlé, les gens ne le croyaient pas mais il savait parfaitement ce qu'il faisait. Et, aujourd'hui, nous sommes champions d'Europe."

La nouvelle Furia Roja
La Roja n'était pourtant pas favorite, au contraire de l'Angleterre, la France ou l'Allemagne. Elle les a d'ailleurs tous battus, en plus de l'Italie, pour remporter l'Euro en dominant les quatre autres champions du monde européens. Un exploit inédit et sans doute fondateur. À l'instar de ce qu'a vécu la génération 2008-2012, rebaptisée Furia Roja, qui a tout écrasé sur son passage pendant quatre années.
On se souvient d'ailleurs que le titre espagnol à l'Euro 2008 était également inattendu. La grande Italie, championne du monde sortante, était ultra-favorite lors de son quart de finale avec les Ibériques. "La vérité est que par rapport aux Italiens, nous étions inférieurs, a admis récemment au journal Marca Iker Casillas, qui avait sorti le grand jeu lors des tirs au but (4-2) pour sortir la Squadra. Je suis convaincu que si nous n'avions pas réussi à passer ce tour, tout ce qui a suivi ne serait pas arrivé."
Le groupe de 2008 était comparable à celui d'aujourd'hui : un mélange de jeunesse et de joueurs au sommet de leur art. Sergio Busquets (19 ans), Gérard Piqué (20), Sergio Ramos (21), David Silva (21), Fernando Torres (23) et Iniesta (23) incarnaient la nouvelle génération talentueuse, tandis que Xabi Alonso (26), Iker Casillas (26) et Xavi (27) étaient déjà des leaders confirmés.
Il n'était donc pas utopique d'envisager une telle hégémonie. Comme celle dont rêve la Fédération espagnole qui a déjà prolongé Luis de la Fuente jusqu'en 2026 avant le tournoi mais qui devrait encore lui renouveler sa confiance dans les prochains jours avec un salaire triplé et une option pour rester en poste jusqu'à l'Euro 2028. Le sélectionneur est en tout cas sur la même longueur d'onde, avec le premier objectif pour le Mondial 2026 aux États-Unis, au Canada et au Mexique.
Je suis optimiste pour cette équipe dans deux ans.
"La Ligue des Nations nous a donné un coup de boost et cela s'est confirmé dans cet Euro. Je suis optimiste pour cette équipe dans deux ans", a-t-il confié au journal AS en sachant que tous ses cadres plus âgés seront encore dans le coup, excepté peut-être Dani Carvajal et Alvaro Morata qui seront respectivement âgés de 34 et 33 ans en juin 2026. Fabian Ruiz et Rodri n'auront que 30 ans, tandis que Robin Le Normand (qui aura 29 ans), Dani Olmo (28) et Marc Cucurella (27) seront encore plus jeunes.
En 2030, Yamal aura 22 ans
Le vrai objectif espagnol sera toutefois de conserver une équipe forte jusqu'à la Coupe du monde 2030, coorganisée avec le Portugal et le Maroc. Rodri aura, par exemple, 34 ans, l'âge de Busquets à la Coupe du monde au Qatar. Il pourrait ainsi faire partie des vétérans pour mener un groupe qui aura atteint sa pleine maturité. Il suffit de regarder l'âge que les talents de la nouvelle génération auront dans six ans.
Lamine Yamal n'aura que 22 ans lorsqu'il entamera le tournoi ; Nico Williams, Pedri, Fermin Lopez auront 27 ans. N'oublions pas non plus Gavi, blessé pour cet Euro mais qui incarne lui aussi l'avenir du football espagnol. Il aura 25 ans en 2030. Le même âge que d'autres grands espoirs comme Cristhian Mosquera et Dean Huijsen, défenseurs de Valence et de la Juventus. Ajoutons aussi les meilleurs éléments U21 et U19 : le Barcelonais Pau Cubarsi (il aura 23 ans), le milieu de l'Atletico Pablo Barrios (27), le milieu offensif de Villarreal Alex Baena (28), l'attaquant d'Alavès Samu Omorodion (26) ou l'ailier du Betis Assane Diao (24).

Maintenant, nous sommes une famille.
Avec tout ce beau monde (qui sera sans doute renforcé par d'autres jeunes prodiges encore inconnus aujourd'hui), il ne restera plus qu'à Luis de la Fuente ou son successeur de conserver l'esprit qui a animé son équipe durant ce tournoi. "Nous avons construit une famille", relève Rodri. "Nous avons montré que nous savons jouer mais aussi souffrir. Quand nous sommes arrivés, nous étions un groupe de joueurs. Maintenant, nous sommes une famille", pense aussi Cucurella.
C'est une quasi-certitude : la Roja sera encore forte pendant de nombreuses années. La vraie question est plutôt de savoir comment réagiront, se renouvelleront et se développeront toutes les autres grandes nations. Car de nouvelles normes ont été fixées ces dernières semaines par le nouveau champion d'Europe et il faudra que la France, l'Angleterre, l'Allemagne, l'Italie et les autres trouvent le moyen de rivaliser.