"Le premier abord avec les parents de Kevin De Bruyne n'était pas facile"
Kevin De Bruyne jouera à Gand ce vendredi soir, sa ville d'origine. Le scout de La Gantoise qui l'a découvert nous raconte sa jeunesse.
- Publié le 09-10-2025 à 11h56
- Mis à jour le 09-10-2025 à 12h06

Ne cherchez pas le terrain d'enfance de Kevin De Bruyne. Il n'existe plus. À la place des deux anciens prés verts du KVV Drongen, il y a des chevaux. Et c'est tant mieux à en croire ceux qui ont connu le club de la périphérie de Gand à la fin des années 90.
"Le terrain A avait la réputation d'être totalement inondé à la moindre averse." Ce souvenir sort de la tête de Jan Van Troos. Les puristes se souviendront qu'il a joué à La Gantoise dans les années 80 et qu'il a même évolué en Coupe d'Europe. Il est désormais largement plus connu sous l'étiquette du "découvreur de Kevin De Bruyne". Coup de bol ? Oui et non.

Sur un champ de boue de P4
L'histoire ne démarre pas sur le fameux terrain A mais à l'école du fils de Van Troos. Kevin De Bruyne n'y use pas les bancs mais le réseau du responsable du scouting des jeunes de La Gantoise lui met un assist… digne de KDB himself.
"Nous avions un beau projet pour les jeunes. Le système de recrutement n'était pas encore très en place, mais j'étais à la tête d'une équipe de dix personnes qui scrutaient les clubs de la Flandre-Orientale et même d'un peu plus loin. Notre objectif était de ne laisser échapper aucun talent de la région."
Un jour de 1997, un père de l'école vient voir Van Troos avec un conseil : aller voir un joueur du KVV Drongen. "J'ai comme info qu'il évolue chez les tout-petits et qu'il est tout blond. Je n'ai pas ni nom ni information complémentaire", rigole-t-il.
Il aurait pu passer à côté ou déléguer cela à un membre de son équipe mais il décide d'y aller lui-même. La matinée a tout du cliché du football amateur. "Il pleuvait à torrent, se souvient le recruteur. Il jouait le samedi matin. Pas sur le terrain A mais sur le B. Il n'était pas aussi catastrophique mais pas loin. C'était un véritable champ de boue."
À six ans, il faisait déjà des passes à 20 mètres.
Le KVV Drongen était tout en bas de l'échelle footballistique. Avec la qualité d'infrastructure qui va avec la quatrième provinciale de l'époque. Le premier terrain de jeu de Kevin De Bruyne n'était pas taillé pour les qualités du meneur de jeu des Diables rouges.

"Et pourtant, il surnageait, explique Van Troos. J'ai vu ce fameux blondinet avec son maillot vert et blanc. J'ai fermé mon carnet après trois minutes." Il n'en a pas fallu davantage pour qu'il soit convaincu du talent du joueur. "Malgré la qualité du terrain et ses petites jambes, il balançait des passes de 20 mètres sans aucun problème. Il recevait et prenait tous les ballons. C'était son équipe, tout passait par lui. Il était à gauche, à droite, en attaque, en défense. Il dirigeait déjà le jeu. Sa vision du jeu semblait déjà plus avancée que celle des autres. Après, je ne pouvais pas imaginer qu'il aurait une telle carrière."

Le père De Bruyne refuse
Le regard de Van Troos se tourne vers le délégué de l'équipe. Avec une surprise au moment de lui serrer la main. "Je suis allé le voir pour lui demander qui étaient les parents de ce gamin. Il m'a répondu qu'il était son père. Ce fut ma première rencontre avec Herwig, le père de Kevin, devenu un ami depuis."
Papa De Bruyne a eu une réaction aux antipodes de ce à quoi le membre des Bufflalos s'attendait. Il ne voulait pas déraciner son gamin de tout juste six ans. "Le premier abord n'était pas facile car il m'a dit que son fils était heureux à Drongen, qu'il ne voulait pas s'éloigner du village où la famille habitait. Herwig et Anna avaient entendu trop d'histoires négatives de jeunes joueurs recrutés trop vite."
Van Troos et la famille ont trouvé un compromis. "Kevin venait s'entraîner à La Gantoise quand c'était possible pour ses parents et lui. Il adorait ça et revenait parfois à Drongen en disant que c'était mieux chez nous (rires). Il a ensuite fait quelques matchs. Il jouait le samedi avec son club et le dimanche avec nous."
Sale caractère

Il a fallu près de deux saisons pour que le rouquin le plus célèbre de notre football franchisse le pas vers les Buffalos. "On avait vite vu quand il venait ponctuellement qu'il était au-dessus du lot et ça s'est confirmé au fil des années. J'étais persuadé qu'il allait réussir parce qu'il était obsédé par le football. Il ne pensait qu'à ça. Souvent, la passion offre le petit pour cent en plus pour réussir."
Il détestait tellement la défaite qu'il ne voulait pas quitter le terrain s'il avait perdu.
Tout le monde n'était pas du même avis que Van Troos. Notamment à cause du comportement de KDB. "Il avait beaucoup de mal à gérer la défaite. Certains coachs avaient du mal avec son attitude. Parfois, il ne voulait pas quitter le terrain après une défaite."
De Bruyne a appris avec les années mais ce gros mental, parfois débordant, souvent exigeant, fait partie de lui. "Il devait tout gagner. Tout le monde devait être au même niveau d'implication que lui. Il n'aimait pas ça. Ses entraîneurs devaient parfois s'interposer pour lui faire comprendre qu'il devait faire la part des choses. Chaque génie a ses particularités."
Il voulait Genk et rien d'autre
Alors pourquoi De Bruyne n'a finalement pas fait ses débuts pros à La Gantoise plutôt qu'à Genk ? C'est un choix personnel lié à un coup de cœur. Il est tombé sous le charme du travail des Genkies lors d'une compétition internationale disputée à Gand. "Kevin avait fait une grosse prestation lors d'un tournoi U11. Les Genkois étaient bien organisés dans la formation des jeunes, ça jouait bien et dans la tête de Kevin, Genk était l'équipe du futur. Il voulait y aller et il était impossible de le faire changer d'avis."
Ce n'est pas faute d'avoir essayé. Van Troos, les parents De Bruyne et les responsables de la formation ont discuté avec le joueur pour qu'il pèse le pour et le contre mais il avait pris sa décision. Cela en a énervé certains chez les Buffalos où il a fini la saison en s'étant déjà engagé à Genk. Des coachs s'amusaient, selon des archives néerlandophones, à le provoquer en lui parlant avec l'accent limbourgeois. Certains l'ont poussé à bout. Van Troos veut nuancer. "Il n'y a pas eu de vrai conflit avec ses coachs, ni de problème avec Kevin. Cela a été un peu sorti de son contexte."
Pour le grand public, De Bruyne rime avec Genk et non avec Gand. Le Diable rouge n'a pourtant pas oublié sa ville d'origine et ceux qui l'ont accompagné quand il a commencé. Van Troos le voit encore quand c'est possible. Le match de vendredi est une belle occasion de fêter un premier retour au bercail.