Huy-Waremme: une certaine difficulté d'être
Pour exister entre Liège et Namur, l'arrondissement a besoin d'unité.
- Publié le 26-12-2014 à 13h44
- Mis à jour le 27-12-2014 à 09h38

De Lincent à Ferrières, au début de l'année 2014, vous entendiez un seul et même vent de fronde : c'était sus au SDER, le Schéma de développement régional concocté par le gouvernement wallon, coupable de placer l'arrondissement de Huy-Waremme en net recul.
"Nous sommes quoi, le tiers-monde ? Le quart-monde ? Je ne sais pas quoi dire", lançait ainsi le libéral hannutois Hervé Jamar. Mais dans les rangs de la majorité, cela grondait tout aussi ferme. "Du bricolage", pour le CDH hutois Joseph George, qui voyait sa ville zappée en tant que lieu touristique. Seul Ecolo ne déterrait pas la hache de guerre, par loyauté envers ses ministres.
Christophe, Hervé et les autres
Ce malaise en traduisait un autre, plus profond : quelque chose comme la difficulté d'être d'une sous-région coincée entre les "capitales" économique et politique de la Wallonie. Le présent et l'avenir financiers ne sont guère plus souriants : 31 communes dont la plupart comptent moins de 10.000 habitants et qui vont connaître, après d'autres chocs comme celui des pensions, l'impact douloureux des mesures fédérales sur les CPAS. De quoi rendre d'autant plus manifeste la nécessité de structures supracommunales, avec la mutualisation des moyens qu'elles permettent, en complémentarité avec l'action provinciale…
Sur quelles têtes politiques peut-on compter ici ? Au PS, premier parti, légèrement renforcé après les élections du 25 mai - pas loin d'un tiers des voix -, Christophe Collignon doit ronger son frein quant à la réalisation de ses ambitions maïorales à Huy et ministérielles à Namur, mais c'est lui qui mène le groupe socialiste au Parlement wallon et son leadership de facto parmi les rouges huto-waremmiens est incontesté. Le président en titre de la fédération, le bourgmestre d'Engis Serge Manzato, n'est pas vraiment un foudre de guerre, et le ministre fédéral Christophe Lacroix est un repêché des urnes. Le fils de Robert et échevin à Huy se trouve assurément en première ligne pour goûter, un jour futur, aux délices du pouvoir exécutif. Il est aussi, comme président de Meuse-Condroz-Hesbaye et de la Conférence des élus de Huy-Waremme, l'homme clé de la supracommunalité locale.
Au MR, la retraite politique même partielle du député provincial Georges Pire devrait accroître sensiblement le poids d'Hervé Jamar. Redevenu membre du gouvernement fédéral, récompensé ainsi pour son ralliement au clan Michel (groupe Renaissance) quand celui-ci partit à l'offensive contre Didier Reynders, celui qui préside la fédération libérale a récolté en mai le meilleur score de la circonscription pour la Région (15.221 voix).
Stars en déclin
Le CDH repose - ou reposait ? - sur l'ex-député fédéral Joseph George, envoyé sur le front électoral à la tête de la liste régionale en dépit de sa compétence et de sa crédibilité acquises à la Chambre. Victime, comme Anne Delvaux à Liège, du stratego erratique de son président de parti Benoît Lutgen, il n'a plus pour s'éclater aujourd'hui que son poste de premier échevin hutois.
Chez Ecolo enfin, effondré au dernier scrutin (de 25,7 à 11,4 %), c'est bien Jean-Michel Javaux qui a tiré toujours les ficelles, fort d'une popularité maintenue après la fin de sa coprésidence des verts en 2012. Lors de la composition des listes électorales, il a prouvé qu'il avait toujours le bras long, notamment en envoyant dans le coin le député sortant Christian Noiret. Mais quand on veut rester à la manœuvre, on porte aussi le poids de la responsabilité. Le recul vert et le long examen de conscience qui a suivi ne devraient pas être, à l'avenir, très favorables au chef historique. Celui-ci, du reste, s'est mis à investir un autre champ. Propulsé en 2013 à la tête de la société d'investissement public Meusinvest, le bourgmestre d'Amay, qui est aussi administrateur du fournisseur d'électricité verte Lampiris, est devenu en septembre dernier administrateur et membre du comité exécutif de Liège Airport Business Park, la filiale immobilière de l'aéroport. Le Javaux nouveau étend donc son emprise sur l'économie liégeoise. On n'ira quand même pas jusqu'à le comparer à André Cools…