Ce que les universités flamandes mettent en place pour lutter contre les violences sexuelles
Le nouveau point de contact sera intégré à l'Institut flamand des Droits de l'Homme, l'ex-Unia.

- Publié le 09-02-2022 à 18h59
- Mis à jour le 10-02-2022 à 07h35

Il s'agit d'un avant-projet de décret qui avait été approuvé en décembre dernier. La Flandre a l'intention de se doter de son propre institut des droits de l'homme en remplacement d'Unia. La Flandre souhaite y héberger plusieurs de ses services, notamment le commissariat aux droits de l'enfant, le service de médiation, la commission en charge de la supervision des données personnelles et le Vlaams Vredesinstituut. Et aussi, un point de contact, indépendant, chargé de traiter spécifiquement les plaintes liées au harcèlement sexuel. Mais voilà, dès son annonce, le projet de création de ce Vlaamse Mensenrechteninstituut a été critiqué. Soucieux de couler son futur décret dans du béton, Bart Somers (Open VLD), le ministre flamand en charge de l'Égalité des chances, a alors consulté plusieurs organisations représentatives de la société civile. Or, ces mêmes instances craignent que l'initiative du ministre ne complexifie davantage les choses. Quid des litiges ? Le futur institut flamand pourra-t-il le cas échéant entamer des poursuites en justice comme le fait Unia ? Ce n'est qu'une question parmi d'autres. Le ministre Somers n'a pourtant pas l'intention de changer son fusil d'épaule.
Un seul point central
Concernant les violences sexuelles, le psychiatre Peter Adriaenssens avait déjà plaidé en faveur d'une hotline indépendante, seul organisme selon lui capable de traiter efficacement et rapidement les affaires liées au harcèlement sexuel dans la sphère académique. "Cet organisme sera compétent pour toutes les formes de discrimination. Il s'agit d'une amélioration puisqu'à l'heure actuelle, les violences sexistes ne sont pas de la compétence d'Unia" , souligne le ministre libéral qui insiste également sur la politique de prévention d'une part et sur la possibilité de poursuite en justice qui ne va pas de soi aux dires de certains.
L'effet domino
Une vague de comportements transgressifs à connotation sexuelle déferle sur la Flandre depuis un certain temps. En 2021, l'homme de télévision Bart De Pauw et l'artiste Jan Fabre en ont fait les frais. Les médias du nord du pays ont évoqué en long et en large ces deux affaires retentissantes qui ont tenu en haleine une bonne partie de la Flandre.
Ces derniers jours, des affaires similaires de harcèlement sexuel ont été signalées cette fois dans la sphère académique flamande. Des comportements abusifs et des actes d'intimidation envers des étudiantes ont été évoqués au sein de trois universités (VUB, UGent et KU Leuven) et l'école supérieure Luca School of Arts Brussels. Ces affaires ont terni le blason des établissements en question. À la VUB, un professeur a été limogé. À l'UGent, le recteur a publiquement présenté ses excuses à une plaignante qui, un an et demi après les faits, était toujours en attente d'une décision de la part du service de médiation.
Lundi, un professeur de la KU Leuven a également été incriminé pour comportement transgressif envers de jeunes femmes.
Corporatisme
En Flandre, dans certains cas, un salarié peut être congédié après avoir envoyé un SMS au contenu explicitement transgressif. Depuis plusieurs années, des services de médiation existent en Flandre dans des entreprises et y font du bon travail. Des sanctions disciplinaires sont prises dans des universités mais cela ne suffit pas. Dans la sphère académique, la dénonciation des nombreux cas de comportement indésirable et d'abus de pouvoir se heurte au système bureaucratique jugé trop lent et peu efficace. Dans les faits, on se limite souvent au prononcé d'une mesure disciplinaire pour comportement transgressif.
C'est le cas aussi dans le monde des médias et du sport. "Les cas de comportements transgressifs à connotation sexuelle y sont monnaie courante", précise le sociologue du travail de la VUB Christophe Vanroelen. "Dans la sphère académique, un professeur ou un assistant se trouvent en position de force face à des étudiants qui, dans la plupart des cas, dépendent du bon vouloir du corps enseignant. Franchir la ligne rouge est dès lors assez simple vu le rapport hiérarchique. Des réflexes corporatistes sont souvent à craindre face à des sanctions susceptibles de mettre en cause le corps professoral."