Louvain-la-Neuve: Ce n'est pas une place, c'est une œuvre d'art
L'art est partout dans la cité universitaire. Il y a même une place, la place des Poètes, qui est en elle-même une création artistique.
- Publié le 03-08-2022 à 08h41
- Mis à jour le 03-08-2022 à 08h43

Si vous cherchez bien, vous constaterez qu'en définitive, nous sommes cernés par l'art à Louvain-la-Neuve, pour paraphraser le Premier ministre britannique dans Love Actually . Partout où le regard se pose ou presque, il y a une œuvre, de quoi offrir un moment de contemplation ou un temps de questionnement pour qui prend la peine de se laisser toucher par la création d'un artiste.
Il est par exemple une œuvre qu'on peut fouler du pied, place des Poètes, dans le quartier résidentiel des Bruyères. En fait, c'est la place entière qui est une création artistique. Elle est signée du sculpteur hennuyer Christian Claus, 75 ans. Si l'université et l'Inesu, son bras immobilier, sont les promoteurs de cette œuvre, la place est sous la responsabilité de la Ville.
L'œuvre s'appelle Labyrinthe et a été inaugurée en 2001. "J'avais été contacté par l'université pour faire cette place. Je pense que c'est Monsieur Léonard, qui était responsable des arts plastiques à la Communauté française, une personne extraordinaire qui défendait les artistes, qui a dû me recommander auprès de l'université , témoigne Christian Claus. J'ai visité l'endroit, j'ai monté un projet, réalisé une maquette et ça s'est fait. Quand on reçoit une telle proposition, on ne la refuse pas. On ouvre le champagne, même si je ne l'ai pas fait à l'époque (rires)."
"Quelque chose de récréatif"
Et de poursuivre: "C'est un lieu où je savais que les familles passeraient et donc des enfants aussi. D'où l'idée de réaliser quelque chose de récréatif. C'est comme ça que j'ai fait ce labyrinthe et que j'ai disséminé différents mots sur la place pour former une phrase."
L'artiste aurait souhaité que son labyrinthe présente des différences de niveau plus marquées. "Pour que ce soit plus attractif. Ce ne fut toutefois pas possible, faute de budget. Mais le plus important, c'est que cela plaise aux enfants."
Et quand nous lui apprenons qu'un toboggan en plastique, un goal et un panier de basket ont été installés sur la place, l'homme a pour commentaire: "Que les enfants soient heureux, c'est l'essentiel."
De son côté, l'urbaniste Michel le Paige, qui travaille pour l'UCLouvain et qui préside la commission des œuvres d'art de l'université, souligne qu'il a déjà interpellé la Ville au sujet de cette place des Poètes "qui se dégrade fortement. Des arbres sont morts, des riverains en ont aussi planté, mais pas toujours de manière harmonieuse. La place doit être réarrangée pour qu'elle reprenne forme".
Michel le Paige explique que pour le moment, la commission des œuvres d'art réagit surtout aux sollicitations des artistes, d'associations ou groupes d'étudiants qui souhaiteraient installer une œuvre dans l'espace public.
Il y a quelques années, elle a été interpellée par les parents de Nicolas Robin qui voulaient installer une œuvre dans le lac pour rendre hommage à leur fils, cet étudiant dont le corps sans vie avait été retrouvé dans le lac. La création, financée par la famille du défunt, a été inaugurée en 2015. La famille du Monceau est aussi venue avec le projet d'une sculpture de l'ancien bourgmestre de la Ville, Yves du Monceau, assis sur un banc, près du lac. Depuis juin 2020, les passants peuvent s'asseoir près de lui.
"Notre petit budget est surtout utilisé pour l'entretien des œuvres"
"Il est difficile pour nous de prendre des initiatives car notre petit budget annuel est surtout utilisé pour l'entretien des œuvres. Cela nous préoccupe d'ailleurs car cet entretien demande pas mal de fonds. On a refait il y a peu l'archet posé sur une pierre dans le parc de l'avenue du Jardin botanique, près de la Ferme du Biéreau. On a réinstallé sur les halles universitaires la main au diplôme qui avait fait l'objet d'une tentative de vol. Vu les travaux de rénovation des halles, on va devoir faire des retouches à la grande fresque de Roger Somville. On va lancer un marché spécifique pour ce faire."
Le président de la commission rappelle que la majeure partie du financement des œuvres vient des sociétés qui s'installent dans le parc scientifique. "Elles doivent consacrer 2% de leur budget de construction à l'installation d'une œuvre sur le site où elle s'implante et qui soit visible depuis l'espace public. Quand le bâtiment est très onéreux, on peut accepter de diminuer ce pourcentage mais on essaie aussi que la somme profite à l'art urbain en ville. J'ai aussi soumis l'idée à l'administratrice générale de l'UCLouvain de réclamer ces 2% de budget aux entreprises qui construisent des extensions. Et vu qu'il y a déjà une œuvre sur l'emplacement où elles se trouvent, on consacrerait la somme à l'art dans la ville ou à sa rénovation."
Si la commission a vivoté, elle reprend du poil de la bête avec Michel le Paige. Celui-ci aimerait relancer divers projets. "Il y a une œuvre (NDLR: d'Émile Desmedt) qui attend depuis plus de 10 ans pour le rond-point entre le boulevard du Sud, la rue de Rodeuhaie et le boulevard Baudouin Ier. Il y a aussi ces carreaux de faïence de Benoît Van Innis, sur un projet de Marthe Wéry, qui traînent dans le parking de la Grande Aula. Ils doivent être installés à l'arrière du cinéma. C'est un projet que j'aimerais bien débloquer."
Encourager les particuliers à mettre une œuvre devant chez eux?
Et si l'art urbain est déjà bien présent dans la cité universitaire et que la collection continue de s'agrandir, notamment via les fresques de Fresh Paint, Michel le Paige glisse une idée pour étoffer encore davantage l'art dans Louvain-la-Neuve: "Ce qu'on n'a pas assez fait, c'est encourager les particuliers à réaliser quelque chose devant leur maison. La commission peut être là pour les accompagner…"