Comment couper les vivres au mélanome malin

- Publié le 20-06-2018 à 19h00
- Mis à jour le 20-06-2018 à 19h02

Des chercheurs liégeois ont décrypté le mécanisme qui permet aux cellules cancéreuses de résister à une thérapie ciblée.
Sur le plan purement statistique, le mélanome malin n'est sans doute pas la forme de cancer qui retient le plus l'attention. Mais si la maladie reste rare – environ 3000 cas par an –, elle n'en suscite pas moins une inquiétude croissante au sein de la communauté scientifique. D'une part, parce qu'elle est en progression constante. D'autre part, parce que le pronostic reste toujours, dans la majorité des cas, très sombre. Ces tumeurs malignes, liées à une surexposition aux rayons du soleil, sont en effet la forme la plus mortelle du cancer de la peau. Publiés ce mercredi dans la revue Nature, les résultats des travaux réalisés par le Dr Pierre Close et son équipe (chercheur FNRS et WELBIO en cancérologie expérimentale au GIGA de l'Uliège) laissent entrevoir des perspectives encourageantes pour l'avenir.
A l'heure actuelle, deux types de traitements sont principalement utilisés pour lutter contre cette maladie. Dans la moitié des cas, les oncologues font en effet appel à l'immunothérapie, qui consiste à stimuler le système immunitaire du patient afin qu'il identifie et annihile les cellules indésirables. Dans l'autre moitié, c'est une "thérapie ciblée" qui intervient. "Il s'agit d'une avancée majeure dans le traitement du mélanome qui est apparue en 2011, explique le Dr Close. On cible la mutation génétique qui est à l'origine des cellules cancéreuses avec une chimiothérapie spécifique. Seules ces cellules-là seront touchées par le traitement et pas celles qui sont saines."
L'espoir apporté par cette nouvelle forme de soins fut malheureusement rapidement terni par la capacité d'adaptation de ces tumeurs cutanées. "On a constaté que la thérapie ciblée fonctionnait très bien dans un premier temps, mais qu'au bout d'un an à un an et demi, selon les personnes, la tumeur réapparaît. En fait, la cellule cancéreuse parvient à contourner le traitement en mutant", poursuit notre interlocuteur.
Casser les résistances
Face à ce nouvel obstacle, le Dr Close et sont équipe se sont attachés à comprendre comment fonctionne ce mécanisme de résistance. Ils ont ainsi mis en évidence le rôle majeur que joue une famille d'enzymes spécifiques dans ce processus. "Pour pouvoir survivre, la cellule cancéreuse a besoin de synthétiser des protéines en permanence, décrit Pierre Close. Au cours de nos recherches, nous avons remarqué que grâce à ces enzymes, cette synthèse protéique se fait de façon beaucoup plus optimale. La cellule cancéreuse assimile mieux le glucose qui lui sert en quelque sorte de carburant. Et ce phénomène lui permet d'augmenter sa résistance au stress induit par la thérapie ciblée."
Les chercheurs liégeois n'en sont encore qu'au début de leur chemin, mais cette découverte ouvre la porte à la mise au point d'une nouvelle molécule qui pourrait bloquer ce mécanisme d'adaptation de la tumeur. En inhibant les enzymes en question, ils limiteraient l'accès des cellules tumorales au glucose qui favorise leur développement. "Ce traitement pourrait être combiné avec une thérapie ciblée. L'enjeu est de trouver la bonne combinaison pour que l'un et l'autre fonctionnent en synergie et se renforcent de manière à éradiquer la tumeur ou à la maintenir en sommeil le plus longtemps possible", explique le scientifique, qui estime que cinq à sept ans seront nécessaires pour aboutir.
L'intérêt de ces recherches (qui bénéficient du soutien de la Fondation contre le cancer et du Télévie) dépasse par ailleurs le seul cas du mélanome malin, puisque le problème de cette résistance aux thérapies ciblées se pose également pour d'autres formes de cancers comme celui du sein ou du poumon, ajoute le Dr Close. Le même mécanisme pourrait être en cause, même si cela doit encore être testé. Si elle voit le jour, la même forme de réponse thérapeutique pourrait donc lui être opposée.