Coronavirus: la situation en Italie change-t-elle la donne pour la Belgique?
Pour Maggie De Block, la Belgique est en tout cas prête à affronter une situation comme en Italie : la possibilité que cela puisse arriver a été prévue, dit-elle.

- Publié le 24-02-2020 à 21h12
- Mis à jour le 26-02-2020 à 08h25

Pour Maggie De Block, la Belgique est en tout cas prête à affronter une situation comme en Italie : la possibilité que cela puisse arriver a été prévue, dit-elle.
La situation en Italie - qui a connu une multiplication des contaminations au coronavirus en 72 heures - change-t-elle la donne pour la Belgique ? Absolument pas, nous répond en substance la ministre de la Santé Maggie De Block (Open VLD). " On est prêts pour tout, mais pour le moment il n'y a rien qui se passe dans notre pays. Il n'y a pas de cas de coronavirus dans notre pays ", résume la ministre. En revanche, les mesures "drastiques" prises par l'Italie sont adéquates vu l'explosion de cas.
L'élément qui inquiète l'OMS - à savoir la présence de cas de contamination en Europe (notamment) que l'on ne peut pas relier directement et clairement à un voyage en Chine ou à une personne ayant voyagé en Chine - ne pousse pas non plus la ministre à modifier les mesures prises actuellement en Belgique. "Ce sont en fait des gens qui ne savent pas avec qui ils ont été en contact et qui a pu avoir transmis la maladie. On sait aussi qu'il y a des gens qui ne sont pas malades qui sont porteurs des virus. Cela ne veut pas dire qu'on doit prendre d'autres mesures que celles que l'on a prises."
Seconde vague
Ce genre de contaminations entre personnes qui n'ont pas eu de contact avec la Chine ou des personnes originaires de Chine, c'est "la seconde vague", poursuit-elle. "On sait qu'un virus ne respecte pas les frontières, qu'il traverse tout. Non, on ne va pas changer les mesures actuelles en Belgique car nous avons pris assez de précautions." "On est aussi en contact depuis des semaines avec l'OMS, l'Europe…, reprend-elle. Il faut rester calme et alerte. Notre groupe de gestion de risque peut se réunir à chaque heure, si nécessaire…"
La situation est évaluée en continu et, chaque jour, un "risk management group" s'informe et fait des recommandations, précise-t-elle. Un comité scientifique, composé d'infectiologues, d'épidémiologistes et de virologues, la conseille et l'avertit aussi, entre autres, des nouvelles connaissances sur le virus.

Actuellement, en termes de gestion de l'épidémie du coronavirus, la Belgique se trouve en phase 1, où l'objectif est de "maintenir le virus hors du pays le plus longtemps possible grâce à une surveillance adéquate du territoire", selon le cabinet de la ministre. Tous les médecins et hôpitaux du pays disposent de procédures pour détecter et traiter un patient potentiellement infecté.
Deux hôpitaux de référence sont prêts et un laboratoire de référence peut rapidement tester si une personne est positive. Plus de 150 cas suspects ont déjà été testés. Ils étaient tous négatifs sauf un, une personne rapatriée de Wuhan, placée en quarantaine et qui n'a jamais déclaré les symptômes. "Nous sommes très stricts et testons dès la moindre suspicion", indique le cabinet.
Dans une potentielle phase 2, c'est-à-dire si des contaminations par le virus se produisent, le but est d'arrêter la propagation "dès que possible afin que le moins de personnes possible soient infectées". Les patients infectés sont isolés dans un service spécialisé et soignés en toute sécurité. Toutes les personnes avec lesquelles ils ont eu des contacts étroits sont répertoriées, contactées et également placées sous surveillance.
La Belgique est prête, selon la ministre
Pour Maggie De Block, la Belgique est en tout cas prête à affronter une situation comme en Italie : la possibilité que cela puisse arriver a été prévue, dit-elle. En effet, en phase 3, c'est-à-dire si de nombreuses infections se déclarent dans le pays, "les priorités sont d'accueillir, de traiter et de soigner les patients de la meilleure façon possible en les emmenant à l'hôpital ou en les soignant à domicile". "Si une capacité supplémentaire est nécessaire, des lits peuvent être libérés", par exemple en reportant les interventions et les admissions non urgentes. En outre, les hôpitaux ont des plans d'urgence avec des scénarios pour accueillir un nombre croissant de patients. Selon la ministre, le pays ne manquera pas de places, vu que la Belgique a davantage d'hôpitaux que les pays voisins.
En cas de "propagation importante" d'un virus, le gouvernement peut prendre des mesures telles qu'en Italie actuellement : annulation des grandes réunions, fermeture de cinémas, écoles, etc., ou interdiction temporaire de certains déplacements. En termes de voyage, la ministre voit actuellement "beaucoup de mesures de panique", évoquant par exemple l'arrêt des trains entre l'Autriche et l'Italie dimanche. De manière générale, "il faut prendre des mesures mais tenir compte de la proportionnalité". Il ne lui semble pas nécessaire, par exemple, que, comme certains experts le suggèrent, tout le personnel médical porte des masques "anti-coronavirus" : "d'autres mesures hygiéniques sont prises" dans les hôpitaux. Aux particuliers, elle conseille d'être "pragmatiques et attentifs" et de suivre les recommandations : se laver les mains, contacter le médecin si on semble malade… Les masques chirurgicaux en papier ne sont pas utiles pour se protéger du coronavirus, rappelle la ministre.
De manière générale, elle estime que le risque est que les masques donnent un faux sentiment de sécurité. Pour elle, il faut surtout se concentrer sur des précautions d'hygiène simples et connues: se laver les mains, rester à la maison quand on est malade,... Les masques sont réservés à un usage professionnel dans les établissements de soin et il faut utiliser nos équipements de protection de manière ciblée. Cela dit, elle reconnaît que changer ou augmenter la production est un travail de longue haleine et l'Europe y travaille (elle dispose également des budgets nécessaires).
À noter que, selon un coup de sonde de l'association pharmaceutique belge, ils semblent - tout comme les plus "professionnels" - en rupture de stock en pharmacie.