Permettre aux familles modestes d'acquérir un logement à Bruxelles? Mission accomplie pour le Community Land Trust
Cinquante ménages bruxellois habitent dans un logement du Community Land Trust. Ils sont devenus propriétaires à un prix en correspondance avec leurs revenus. Une réponse efficace et durable à la crise du logement dans les grandes villes.

- Publié le 20-10-2020 à 11h56
- Mis à jour le 20-10-2020 à 13h37

Devenir propriétaire à Bruxelles ? Beaucoup doivent faire une croix sur leurs rêves. Les prix de l'immobilier se sont envolés dans la capitale de l'Europe ; les salaires sont restés loin derrière. Ce qui reste une gageure pour les ménages qui gagnent correctement leur vie est quasi impossible pour les familles plus modestes. Et carrément inimaginable pour les plus précaires.
Comment permettre aux personnes à risque de pauvreté d'accéder à un appartement ou à une maison qui leur appartient ? C'est le défi relevé par le Community Land Trust, un mouvement citoyen qui permet aux ménages qui ont du mal à boucler les fins de mois de devenir propriétaires d'un logement de qualité à un prix abordable.
Il y a un mois, le CLT Bruxelles inaugurait son premier projet pilote à Anderlecht, à proximité de la gare de l'Ouest, dans un quartier résidentiel disposant de toutes les facilités.
Des appartements, un espace commun, un jardin…
"Le Nid" propose sept appartements avec caves individuelles, (dont un pour personne à mobilité réduite), des espaces communs (un local détente, une buanderie, un local poubelles), un jardin semi public en intérieur d'îlot et un espace ouvert aux initiatives locales. "Là, je me sens enfin chez moi. J'ai mon cocon. C'est un peu notre nid ici. On s'entend très bien avec toutes les familles. Les enfants jouent ensemble, c'est très chouette", se réjouit Mounia, habitante-propriétaire du Nid. "Le CLT nous donne une des clefs de notre avenir", commente Tsévi, un de ses voisins. "Devenir propriétaire nous offre la possibilité de thésauriser pour nos enfants. Le modèle participatif fait de nous de vrais acteurs du projet et permet une intégration au quartier."
Le Nid n'est pas tombé du ciel. Il s'est construit brindille après brindille : cela a pris sept ans. Début février 2013, le CLT de Bruxelles achetait l'immeuble, un centre paroissial désaffecté, grâce à un subside du gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale.
Le CLT et les ménages acquéreurs ont formé la société Le Nid pour désigner un bureau d'architecture, obtenir le permis d'urbanisme et des primes à la rénovation, organiser la vente des lots et assurer le suivi du chantier. Des réunions de préparation et des ateliers ont été organisés dès le début. Les travaux eux-mêmes ont commencé fin 2016 et le projet s'est achevé en septembre 2020, quand les habitants ont emménagé "chez eux".
Accompagnement à chaque étape
Les sept ménages, qui ont bénéficié de prêts hypothécaires accordés par le Fonds du logement, ont été accompagnés, individuellement et collectivement, à toutes les étapes. Ils ont conçu le projet, défini les espaces partagés et se sont formés à la gestion de la copropriété.
Pour Thibault Leroy, coordinateur du CTLB, ce modèle est une réponse efficace et durable à la crise du logement dans les grandes villes. "Il repose sur un accès facilité et pérenne à la propriété pour les familles à revenus modestes et une participation active des habitants dans la gestion et l'insertion dans le tissu local."
Beaucoup de familles avec enfants
Les familles nombreuses composent une grande partie du public cible du CLT : elles galèrent pour trouver chaussure à leur pied sur le marché locatif privé, où l'offre est clairement insuffisante, et finissent entassées dans des habitats souvent insalubres. En abordant l'accès à un logement social de qualité par le prisme de la propriété, le CLTB lutte contre les conditions indignes qui sont encore le quotidien de trop de familles bruxelloises fragilisées.
Cette approche novatrice permet aussi de lutter concrètement contre la pauvreté : les propriétaires connaissent un risque de déprivation moindre que les locataires.
Et si le propriétaire décide de quitter Le Nid ? La formule de revente fixe un prix plafonné pour garantir que les logements restent destinés à leur public cible, gage de durabilité du projet : les appartements restent abordables pour d'autres Bruxellois à revenus limités.
Rompre la spirale de la pauvreté
Quelques jours après Le Nid, un autre projet du CLTB était inauguré, à Molenbeek, à la rue des Étangs noirs : 32 ménages sont devenus propriétaires d'un appartement du projet "Arc-en-ciel".
Une cinquantaine de ménages (soit au total 177 personnes) à bas revenus habitent aujourd'hui dans un logement CLT à Bruxelles. Ils sont devenus propriétaires à un prix en correspondance avec leurs revenus, ce qui leur permet de constituer progressivement un patrimoine et de rompre la spirale de la pauvreté.
L'innovation apportée par ce modèle a valu au CLTB d'être nominé pour le Prix fédéral de lutte contre la pauvreté 2020.
"Le CLT fait partie du panel de réponses que le gouvernement entend mettre en place pour répondre aux défis de la crise du logement", commentait la secrétaire d'État bruxelloise au logement, Nawal Ben Hamou, le jour de l'inauguration du Nid.
Elle prépare une législation pour offrir un cadre durable au CLT à Bruxelles.