Les mesures vertes de la PAC en voie de détricotage par la Wallonie ?
Suite aux manifestations agricoles du printemps 2024, l'Europe avait annoncé une série de mesures censées alléger la charge administrative des agriculteurs dans le cadre de la PAC (Politique agricole commune). Mais selon Natagora, les amendements envisagés par le gouvernement wallon sont en train de réduire considérablement l'ambition environnementale du Plan stratégique PAC.
- Publié le 17-10-2024 à 16h01

En mai dernier, l'Union européenne revoyait sa Politique agricole commune, suite aux manifestations des agriculteurs en Belgique et dans d'autres pays d'Europe. La Commission européenne, qui pilote la révision, a rappelé à de nombreuses reprises que cette simplification administrative ne devait pas se faire aux dépens de la nature et de l'environnement. Pour la Commission, la révision devait en effet "maintenir le niveau élevé d'ambition environnementale et climatique de la PAC actuelle".
Suite à cette décision, la Wallonie a été invitée à adapter son Plan stratégique PAC et à soumettre sa proposition à la Commission européenne. Selon l'association environnementale Natagora, les négociations sont actuellement en cours mais contrairement à ce qui était attendu, la révision de la PAC wallonne est loin de se traduire par un renfort des mesures volontaires en faveur de l'environnement et ferait même tout le contraire.
Budget pour l'agriculture biologique amputé
"Le budget total des mesures en faveur de l'environnement et de l'agriculture biologique est amputé, les cibles de certaines mesures environnementales sont revues à la baisse et leurs cahiers des charges sont amoindris. Certaines primes aux agriculteurs sont même significativement réduites, avec le risque évident de perdre l'adhésion des agriculteurs qui appliquent ce type de mesures", dénonce l'organisation.
Selon Natagora, le gouvernement propose par ailleurs de soutenir le secteur de l'élevage via une augmentation de la prime de "soutien couplé" aux vaches allaitantes. L'organisation estime pourtant que des mesures de soutien aux éleveurs plus efficientes tant pour les agriculteurs que pour l'environnement auraient pu être envisagées.
Simulacre de concertation
Lors du processus d'élaboration des amendements PAC, la Région wallonne est tenue d'associer la société civile. C'est le Comité de suivi de la PAC qui est censé remplir cette fonction de concertation avec les différentes parties prenantes, qui incluent les représentants du secteur agricole et du secteur environnemental. Mais Natagora estime que la concertation avec les parties prenantes n'est pas équilibrée. "D'une part, il y a les organisations agricoles, largement associées aux travaux préparatoires et, d'autre part, le secteur environnemental dont la participation se limite à une réunion du Comité de suivi. Comité qui, a été consulté pour la forme en fin de parcours et en est réduit à une simple chambre d'entérinement de décisions qui ont en réalité déjà été actées", dénonce l'organisation.
"Force est de constater que nous sommes tenus à l'écart et que nos avis ne sont pas pris en compte. Pourtant, la grande majorité des amendements discutés visent l'architecture verte de la PAC. Elle correspond au besoin légitime de s'assurer que l'exploitation agricole ne nuise pas au bien commun. Nous avons déjà interpellé la ministre de l'Agriculture et de la Nature sur ce dysfonctionnement. Il est grand temps que cela change et que l'environnement et la santé aient véritablement droit au chapitre", déplore Gaëtan Seny, responsable de plaidoyer agriculture chez Natagora.
