Patrice Gilsoul élimine les sangliers qui s'aventurent à Seraing: "On nous traite d'assassins, mais la sécurité passe avant tout le reste"
À Seraing, la multiplication des sangliers met les nerfs des habitants à rude épreuve. Depuis une quinzaine d'années, la ville fait appel à un chasseur bénévole, Patrice Gilsoul, pour éliminer ces nouveaux venus qui transforment les pelouses en champ de bataille et peuvent représenter une menace pour la sécurité.
- Publié le 27-02-2024 à 07h47
- Mis à jour le 20-03-2024 à 12h25

"La commune de Seraing m'a contacté pour gérer des petits problèmes de sangliers à gauche à droite. Ça a commencé en 2010 et il y en a encore !, explique le sexagénaire. On ne chassait plus dans les bois de Seraing alors les sangliers se sont multipliés. Et comme le but des sangliers, c'est de manger, manger et encore manger, ils se sentent super bien aux abords de la ville parce qu'ils trouvent des composts au fond des jardins, des sacs avec des ordures et des gens qui les nourrissent. Le problème, c'est qu'ils vont dans les pelouses, retournent les pots de fleurs et dévastent tout sur leur passage. Ils n'ont peur de rien et on en trouve parfois carrément en plein centre", poursuit le chasseur bénévole.
Pour les habitants de la petite ville, la situation est devenu intenable. "Je n'ai pas de problème à ce que les sangliers aillent dans les campagnes, mais pas dans les propriétés privées ! J'ai un jour trouvé une femelle de nonante kilos dans mon jardin. Elle était avec ses petits. Une autre fois, on a manqué, avec mon épouse, d'être chargés par un couple avec des jeunes. Depuis des années, on demande régulièrement à ce que des gens viennent nous aider", dénonce un habitant qui a souhaité garder l'anonymat.
Dans une cour d'école
En quatorze ans, Patrice Gilsoul et son équipe composée de trois autres chasseurs ont "détruit" 2 700 individus. "Le plus gros sanglier que j'ai abattu pesait 180 kilos. J'en ai encore abattu un il y a deux jours mais il était plus petit. Sinon, on m'a déjà appelé pour un rassemblement de quinze sangliers sur une même pelouse."
Le chasseur se souvient d'une intervention particulièrement délicate menée dans une école. "J'ai un jour été appelé par l'école des Bouleaux. Un sanglier de cent kilos avait bousculé une vieille dame et surpris un homme qui s'est mis à crier. Son cri a effrayé le sanglier qui a traversé la cour de récréation pour trouver refuge dans un rosier. On n'osait pas lâcher les petits dans la cour tant que le sanglier était là. Ils sont tous restés en classe le temps de l'intervention."
Des interventions délicates
Pour les chasseurs, les interventions en milieu urbain sont particulièrement périlleuses. "On n'y arrive pas toujours. On tire avec des armes puissantes, il faut du sang froid. Quand c'est dangereux, j'y vais toujours moi-même. Je me souviens d'une intervention pour un sanglier qui s'était réfugié dans une maison. Pour pouvoir l'abattre, j'ai dû faire en sorte qu'il me charge pour le faire sortir de la maison et pouvoir l'atteindre sans risquer de faire de dégâts."
Ces opérations souvent impressionnantes ne font d'ailleurs pas l'unanimité auprès des habitants de la petite ville. "Des gens nous traitent d'assassins. Mais dans 80 % des cas, on est plutôt bien reçus. On n'est pas des cow-boys. On est discrets et il y a des règles à respecter. La sécurité passe avant tout le reste. On a de temps en temps des ratés, mais il n'y a jamais eu aucun blessé humain."
En quinze ans, l'action du chasseur, couplée à d'autres moyens a permis de réduire drastiquement les dégâts causés par les sangliers dans la ville, mais la vigilance reste de mise. "Si les visites de sangliers deviennent récurrentes, il faut agir. C'est la seule solution pour que ça ne devienne pas ingérable !"
