En Italie, la psychose grandissante des habitants des Champs phlégréens : "Faudra-t-il s'échapper en cas d'éruption?"
La population qui habite sur les Champs phlégréens ne cache pas sa préoccupation quand il s'agit d'imaginer une évacuation rapide à cause d'une nouvelle éruption de ce "supervolcan" napolitain.

- Publié le 11-10-2023 à 15h05

"On ne sait pas ce qu'on doit faire en cas d'éruption, on ne sait pas si on doit s'échapper, quitter Pozzuoli ? Je ne sais pas, on est dans les mains de Dieu !" Après une vie entière passée près du port de Pozzuoli, c'est avec inquiétude que ce vieil homme regarde en direction du Mont Nouveau, le cratère sorti de terre après la dernière éruption qui remonte à 1538. La population qui habite sur les Champs phlégréens ne cache pas sa préoccupation quand il s'agit d'imaginer une évacuation rapide à cause d'une nouvelle éruption. "Moi je suis né ici à Pozzuoli, explique Gennaro. C'est la maison de mon grand-père et nous sommes habitués à sentir des petites secousses de tremblement de terre ; mais quand tu vois tes parents dormir dans leur voiture parce qu'ils ont peur, c'est difficile à accepter !" Il cherche une maison sur le littoral, hors de la zone rouge qui serait détruite en cas d'éruption. "Trois mille euros par mois, les propriétaires spéculent sur notre frayeur", ajoute-t-il agacé, en préparant un sac d'urgence avec quelques vêtements à emporter en cas d'alarme.
Un plan d'évacuation prêt dans trois mois
Depuis quelques semaines, la succession des secousses de fortes intensités fait craindre le pire à la population de Pozzuoli et de Bacoli, deux communes où vivent deux cent mille personnes. "C'est compréhensible qu'ils descendent en rue lors des secousses, car elles sont en superficie, explique le volcanologue Giuseppe Mastrolorenzo. Quand les secousses sont fortes et fréquentes, cette population se rend vraiment compte de ce que signifie vivre sur un volcan actif, ils prennent conscience des risques de séismes et d'éruptions ; le volcan des champs Phlégréens est considéré comme l'un des douze "super volcans" au monde, donc potentiellement très dangereux."
Le gouvernement italien a promis cinquante-deux millions d'euros pour financer la mise en place d'un plan d'évacuation endéans les trois mois ; une étude sur les risques sismiques des immeubles privés et publics dans les zones concernées. "C'est un bon résultat, affirme Gigi Manzoni, le bourgmestre de Pozzuoli. Mais ce n'est pas suffisant, nous devons affronter pas mal de problèmes surtout sur les voies de fuite en cas d'alarme." Le vrai casse-tête pour les autorités de cette région fortement peuplée est d'évacuer la zone rouge qui serait concernée par une éruption. "Dans toute la zone potentiellement concernée par une possible éruption vivent trois millions de personnes, explique Giuseppe Mastrolorenzo. Toute la zone urbaine et métropolitaine de Naples."
Le doute est permis
"Lors de la dernière secousse, mon immense télévision est tombée par terre", explique de son côté Francesco D'Angio, un habitant de Quarto, quartier situé au nord des Champs phlégréens. "J'ai décidé de déménager pour aller vivre dans un immeuble plus récent qui j'espère a été construit selon les normes antisismiques." Comme beaucoup de Napolitains, Francesco ne fait pas confiance à l'État. "En Italie, on attend toujours le drame avant d'agir, comment voulez-vous que ce plan d'évacuation permette de mettre en sécurité en quelques heures, trois millions de personnes avec les routes existantes ?"
La préoccupation des élus locaux est identique. "L'une des priorités absolues est la construction d'un tunnel qui relie le port de Pozzuoli à l'autoroute et une autre bretelle pour décongestionner la zone, admet le maire de Bacoli, Josi Gerardo della Ragione. Nous devons obtenir plus d'argent du gouvernement !" En attendant, sa commune a décidé d'investir cent mille euros pour la communication ; des messages qui arriveront sur les téléphones portables la population. "Un moyen de leur montrer notre soutien, pour conjurer la psychose grandissante", admet le jeune maire.