Climat : pourquoi la Wallonie est seule face à ses propres choix

- Publié le 10-02-2019 à 13h05
- Mis à jour le 12-02-2019 à 09h53

Le comité d'experts chargé d'évaluer les budgets carbone envisagés pour la période 2023-2030 en Wallonie estime que ceux-ci ne répondent pas aux ambitions affichées.
Alors que les débats parlementaires sur l'opportunité de définir une loi spéciale sur le climat au niveau fédéral débutent la semaine prochaine, les partis francophones – qui s'y sont tous déclarés favorables – doivent faire face à leurs propres responsabilités.
Depuis 2014 en effet, la Région wallonne dispose d'un décret climat dont les mécanismes ressemblent peu ou prou à ceux envisagés par les juristes qui ont élaboré la proposition de loi fédérale. Un décret dans lequel la Wallonie se donne officiellement pour objectif de réduire ses émissions globales de gaz à effet de serre de 80 à 95 % d'ici à 2050. Une ambition qui devrait logiquement encore être revue à la hausse si les responsables politiques wallons confirment leur volonté de s'aligner sur les dernières recommandations du Giec pour avoir une chance de limiter la hausse de la température moyenne mondiale à 1,5°C.
S'inspirant du modèle britannique, la législation wallonne prévoit qu'un budget global d'émissions soit défini pour des périodes de cinq ans. Une "enveloppe d'émissions CO2" appelée à se réduire progressivement donc, et qui se décline par secteur (industrie, transport, bâtiment, agriculture, déchets...). Pour s'assurer de la cohérence de ce budget carbone quinquennal avec les objectifs affichés, un comité composé de sept experts indépendants a également été désigné. Et c'est ici que les choses se compliquent…
Des budgets carbone hors trajectoire
En février 2018, ce comité s'est en effet vu soumettre la proposition de budget global d'émissions établie par l'administration wallonne de l'air et du climat (l'Awac) pour les périodes 2023-2027 et 2028-2030. Dans leur avis, rendu peu avant le début de l'été dernier, les experts relèvent en substance que si les plafonds fixés pour ces deux périodes permettront à la Wallonie de respecter ses obligations dans le cadre des objectifs européens 2030 (qui induisent une réduction des émissions de CO2 de -35 %, hors industrie lourde), ils ne la placent par contre absolument pas sur une trajectoire lui permettant d'atteindre la cible qu'elle s'est elle-même fixée à l'horizon 2050. A fortiori si celle-ci, comme le gouvernement wallon l'a laissé entendre, décide de tendre vers la neutralité carbone.
Or, en reportant ces efforts "qui nécessitent la mise en oeuvre de politiques fortes et de changements profonds qui auront des répercussions dans tous les domaines de la société", on met en péril la réalisation de l'objectif à long terme, avertissent-ils.
En outre, le risque est de voir la Région faire des choix durablement pénalisants. Construire une nouvelle habitation qui a une durée de vie de plusieurs dizaines d'années, par exemple, devrait absolument se faire dans les standards passifs ou très basse énergie, car on ne va pas à nouveau obliger le propriétaire à rénover celle-ci dans quinze ans. De même, si l'on envisage de remplacer en partie le chauffage au fioul par du gaz, rien ne sert d'investir des sommes considérables pour déployer des réseaux de distribution qui mettront plusieurs dizaines d'années avant d'être amortis alors que l'on sait que l'utilisation de cette énergie fossile ne pourra être que transitoire. Le risque est réel de s'enfermer sur une voie sans issue.
Il reste de la marge dans l'habitat et le transport
Pour ce comité d'experts, il reste de la marge, en particulier dans le domaine de l'habitat et du transport. Celui-ci appelle également l'exécutif wallon à soutenir un relèvement des ambitions européennes pour 2030 et 2050.
Si le décret prévoit de tenir compte de la faisabilité technico-économique des réductions envisagées, il précise aussi que les décisions doivent être prises à l'aune de l'évolution des connaissances scientifiques sur le climat. Or, on le sait, celles-ci ne pointent guère dans une direction rassurante.
Et il reste peu de temps au Gouvernement pour mettre à jour les budgets d'émissions. Du côté du cabinet du ministre wallon de l'Energie et du Climat, Jean-Luc Crucke (MR), on se veut néanmoins rassurant. Le travail d'identification de nouvelles mesures afin d'être capable de rehausser encore l'ambition est actuellement en cours au niveau de l'AWAC, nous explique-t-on, et le gouvernement attend ces propositions pour entériner ces nouveaux objectifs avant la fin de la législature.
Ces budgets carbone devraient, au minimum, permettre à la Wallonie d'atteindre une réduction de 40 % de ses émissions en 2030 par rapport à 1990. Un des éléments majeurs empêchant une plus grande réduction des émissions est la sortie en 2025 du nucléaire, car les nouvelles centrales aux gaz vont de facto augmenter les émissions de la Wallonie, souligne encore le cabinet Crucke. Restera ensuite à traduire tous ces chiffres en mesures politiques opérationnelles.