Vive (ou vivent) les vacances !?!

Quelques jours avant les vacances, faisons le point sur certaines expressions bien estivales... Par exemple, l'Espagne revient curieusement souvent dans la langue usuelle. Une contribution de Jacques Mercier, qui profitera des premiers jours de vacances pour lire ses contes à des enfants.

Une contribution de Jacques Mercier

Avant de nous plonger dans un temps plus détendu, je l'espère, avec moins de préoccupations quotidiennes, cette dernière interrogation : Doit-on dire vive ou vivent les vacances ? A l'origine, il s'agit d'un subjonctif , on sous-entendait "Que vivent les vacances !". Il fallait donc accorder au pluriel. Aujourd'hui, "vive" est considéré comme une simple formule d'acclamation, d'encouragement. Et dans ce cas, cela devient invariable, qu'il s'agisse d'une chose ou d'une personne. "Vive les Belges !" est donc correct, ainsi que "Vive les vacances !"

Dans "Henri IV", Shakespeare écrit une bien jolie formule toujours d'actualité : "Si l'on passait l'année entière en vacances ; s'amuser serait aussi épuisant que travailler !" Profitons donc bien de cette époque bénie de pause, de rupture, de décontraction. Que le temps ralentisse un peu, puisque nous sommes surtout dépendants de la vitesse, de la performance dans la vie habituelle.

Quand on songe aux expressions de vacances, il est curieux (ou pas?) que l'Espagne revienne souvent dans la langue usuelle. Parce que nous avons été sous domination espagnole ? Peut-être ! Et c'est d'ailleurs ce qui nous a permis de devenir le "pays du chocolat" dès cette époque du 17e siècle. Si l'on rêve ses vacances avant de partir, si l'on imagine les lieux paradisiaques et ensoleillés où nous irons, alors on peut dire que nous "bâtissons des châteaux en Espagne" ! On utilise cette expression sous cette même forme depuis le... Moyen Âge ! En effet, on trouve la formule dans "Le Roman de la Rose", cette œuvre poétique de 22.000 vers, qu'on doit à Guillaume de Lorris et Jean de Meung entre 1230 et 1280 ! Fameuse durée de vie !

Si nous nous arrêtons sur une aire de repos de l'autoroute, si nous ne prenons pas une pension complète à l'hôtel, etc. ce sera alors comme "une auberge espagnole" ! C'est-à-dire un lieu où l'on ne trouve finalement que ce que l'on apporte, pour pique-niquer, pour grignoter. L'expression remonte au 19e siècle, une époque où justement les auberges espagnoles avaient très mauvaise réputation. C'est ce qu'on lisait dans les chroniques des voyageurs qui revenaient des pays du sud de l'Europe. Le conseil était donné aux lecteurs qui voulaient se lancer dans un tel voyage d'emporter avec eux leurs propres victuailles et leurs propres réserves de boisson pour ne pas être incommodés par les produits locaux !

Et cette fameuse "vache espagnole" qui parle si mal ? Elle vient de la mauvaise réputation de l'Espagne dans les siècles passés. C'était un empire colonial, envahissant, voire arrogant. On parlait de "payer à l'espagnole" lorsqu'on répondait par des coups à une demande de remboursement d'argent. On trouve le mot "espagnolade" pour désigner une vantardise. On disait enfin "Il est sorcier comme une vache espagnole" pour qualifier un bon à rien, un incompétent. L'expression s'est associée ensuite à la parole : "parler français comme une vache espagnole" c'est mal parler notre langue !

Vous partez peut-être "au diable vauvert" ? Soit très loin. Vauvert était le nom d'une abbaye de Chartreux située au sud de Paris, loin pour l'époque des chaises à porteurs !
Vous pourrez faire la "grasse matinée" ! Soit vous lever tard. C'est l'adjectif latin "crassus" qui a donné "grasse", épaisse. C'est un moment où nous restons dans le brouillard...
Vous ferez "ripaille" et "bonne chère" aussi ! Soit faire bombance. "Ripaille" était le nom d'un prieuré sur les rives du lac Léman, où le duc de Savoir venait faire la fête. Et "chère" vient de "cara", visage. A l'origine, c'était faire bon accueil à un invité, puis ce fut faire un bon repas...

Cela dit, un conseil de vacances : pas d'excès ! Pendant et après, car comme dit le Chat de Philippe Geluck : "Je dépense tellement d'argent pour raconter mes vacances à mes amis que ça me coûterait moins cher de leur payer le voyage" !!!

Jacques Mercier

A noter:
"Contes enchantés", Lecture des contes écrits par Jacques Mercier pour les enfants, des histoires d'animaux, d'un écureuil bleu... Soulignée par le groupe La Cetra, Philippe Malfeyt, Laura Pok et Michel Keustermans, leur chef. Marie de Roy chantera aussi des chansons d'enfance !

Dans la superbe bibliothèque Solvay, parc Léopold, 1040 Bruxelles. Vendredi 5 juillet à 18h, samedi 6 juillet à 16h et dimanche 7 juillet à 17h.
Réservation : http://www.lacetra.com ou 0497.791.722

D'autres lecteurs ont également lu

Les + consultés

Vous êtes hors-ligne
Connexion rétablie...