Chaque Gazaoui vit entouré par trente tonnes de décombres: "Les gens menaient une vie digne" avant la guerre
Le ramadan vient de débuter mais, malgré un long cessez-le-feu, l'atmosphère n'est pas à la fête.

- Publié le 19-02-2026 à 06h47

Où finit la dignité ? Dans la bande de Gaza ravagée par deux ans de guerre, la question continue de se poser dans chaque camp de déplacés, chaque abri de fortune, chaque immeuble éventré, que les intempéries hivernales inondent à répétition, accablant toujours plus les occupants. Walid l'assure : "Les gens menaient une vie digne" ici, avant qu'ils ne soient "dévastés et abîmés" par cette guerre. Aujourd'hui, "il n'y a pas d'argent" et "pas d'emploi", or le mois de ramadan, dont c'était la première journée ce mercredi, "demande d'avoir de l'argent", note ce résident de Gaza City interrogé par l'Associated Press, en particulier pour les repas de rupture du jeûne quotidien (iftar) où se rassemblent familles et amis.
Cette année encore, les tables, les décorations, les illuminations vont peiner à composer la traditionnelle atmosphère de fête liée à ces repas conviviaux. Qui plus est, dans un environnement ravagé où une grande partie des deux millions de Gazaouis dépend d'une aide humanitaire fonctionnant toujours au ralenti, et où la plupart des marchandises sont hors de prix. "La table de ramadan était autrefois garnie des plats les plus délicieux et réunissait tous nos proches. Aujourd'hui, j'ai à peine de quoi préparer un plat principal et un accompagnement. Tout est cher", explique Nivine à l'AFP, dans le vaste camp d'Al Mawasi, près de Khan Younis (sud).
Trêve et tirs
Seul horizon de consolation : ce troisième "mois sacré" depuis le début du conflit est aussi le premier pouvant "prétendre" à se dérouler entièrement sous un régime de cessez-le-feu. Alors qu'une trêve analogue l'an dernier n'avait offert deux semaines de répit, celle en cours vient d'entrer dans une seconde phase. Dédiée à la mise en place d'organes d'administration du territoire palestinien, cette étape constitue une première puis le début du conflit, malgré la poursuite de tirs et bombardements ponctuels de la part d'Israël, qui ont fait plus de six cents morts côté palestinien ces quatre derniers mois.
Depuis l'entrée en vigueur du cessez-le-feu le 10 octobre 2025, l'aide humanitaire pénètre dans la bande de Gaza, mais les autorisations manquent encore souvent pour qu'elle soit acheminée jusqu'à l'ensemble des bénéficiaires potentiels. C'est le cas également en matière d'abris provisoires, où vivent la grande majorité des deux millions de Gazaouis. Ainsi quelque 500 unités d'habitat temporaire ont déjà été installées, sur les 4 000 prêtes à être déployées. Une goutte d'eau dans l'océan des besoins dans la mesure où il faudrait entre 200 000 et 300 000 logements de ce type – une sorte de compromis entre l'abri d'urgence et la (re)construction durable – pour offrir aux Gazaouis des conditions de vie moins précaires.
Débris et munitions
"Nous comprenons les préoccupations sécuritaires des autorités israéliennes, mais cela ne devrait pas empêcher les organisations comme le Pnud, les autres agences de l'Onu et les ONG internationales d'obtenir l'accès nécessaire pour aider davantage de personnes", a souligné mardi le directeur général du Programme des Nations unies pour le développement (Pnud), Alexander De Croo, qui a plaidé pour davantage d'autorisations afin d'acheminer des équipements lourds, des matériaux et d'autres articles de soutien au secteur privé local. "J'ai été ministre de la Coopération au développement pendant six ans par le passé. Ce sont les pires conditions de vie que j'aie jamais vues", a poursuivi l'ex-Premier ministre belge devant la presse réunie au siège de l'Onu, à New York.
Environ nonante pour cent des Gazaouis vivent parmi des montagnes de décombres générés par la guerre, qu'il est nécessaire d'évacuer pour permettre une stabilisation durable de leur environnement. Sans compter que ces gravats constituent un danger à la fois sanitaire et sécuritaire permanent, entre autres dans la mesure où ils abritent parfois des munitions non explosées. D'après l'Onu, il y aurait 60 millions de tonnes de débris à déblayer, ce qui fait qu'un Gazaoui vit en moyenne entouré de 30 tonnes de ces débris d'immeubles ou d'infrastructures. Seul un demi-pourcent de cette masse aurait été évacué, ce qui signifie qu'au rythme actuel, il faudrait sept ans pour y parvenir…