Les Gardiens de la Révolution iranienne, désormais une organisation terroriste pour l'Union européenne : "Une erreur monumentale" ?
Les Vingt-sept onnt décidé de sanctionner le bras armé du régime des mollahs, accusé de réprimer violemment les manifestations qui traversent l'Iran.
- Publié le 29-01-2026 à 18h18

Les ministres des Affaires étrangères des États membres de l'Union européenne ont décidé d'inscrire le corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI) sur la liste des organisations terroristes, tout en renforçant les sanctions à l'égard de ses membres.
Créé en 1979, le CGRI est le bras armé de la République islamique d'Iran, sous l'autorité directe du Guide suprême de la révolution, l'ayatollah Khameini.
Sur le même pied que Daech
"Les Gardiens de la révolution iranienne se retrouvent sur le même pied que Daech, Al Qaida et le Hamas. Si vous vous comportez comme des terroristes, alors vous devez aussi être considérés comme tels", a expliqué Kaja Kallas, Haute représentante de l'Union européenne pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, avant l'entame de la réunion.
L'idée n'est pas neuve. En 2023, le Parlement européen s'était exprimé dans ce sens, mais lesÉtats membres n'avaient pas réussi à se mettre d'accord pour avaliser la décision. Dans le contexte de la répression meurtrière des manifestations par le régime iranien - qui a provoqué des dizaines de milliers de décès - l'Italie est revenue à la charge il y a une semaine, proposant d'inscrire cette proposition à l'agenda européen. La position de l'Italie a amené la France à revoir la sienne et à se prononcer pour la mesure.
La Belgique y était déjà favorable. "Nous continuons à pouvoir plaider en ce sens aux côtés d'autres alliés européens, certainement à la lumière des atrocités, de répression qui ont été constatées ces dernières semaines", a précisé me ministre des Affaires étrangères Maxime Prévot (Les Engagés).
Quelles sanctions ?
Concrètement, plusieurs membres des Gardiens de la révolution iranienne seront interdits de territoire européen, et leurs actifs gelés. En parallèle, d'autres entités et individus iraniens accusés de fournir des drones et des missiles à la Russie pour sa guerre contre l'Ukraine seraient visés.
L'évocation de ces sanctions européennes à l'égard des Gardiens de la révolution irrite Elena Aoun (UCLouvain), spécialiste de la politique étrangère de l'Union européenne et du Moyen-Orient. "Il n'y a aucun fondement pour parler d'organisation terroriste. Pousser les Gardiens de la révolution dans leurs retranchements est contreproductif. C'est même une erreur monumentale, alors qu'ils montraient des signes d'ouverture. Le sang des victimes iraniennes est aussi la responsabilité des Européens et des Américains", analyse la chercheuse en relations internationales.
Elena Aoun ne nie pas le caractère répressif du régime iranien. "On peut sanctionner l'Iran au vu de la répression des manifestants, mais le faire en soulignant le caractère terroriste des Gardiens de la révolution sert à instrumentaliser la situation. L'Union européenne n'assume aucunement ses responsabilités antérieures".
Selon elle, il faut remonter à la sortie unilatérale des Etats-Unis des accords sur le nucléaire iranien, entérinée par Donald Trump en 2018. "L'Iran respectait jusque-là ses obligations internationales, mais le rétablissement des sanctions dans les années qui ont suivi a considérablement affecté l'économie du pays". Jusqu'à, suivant le raisonnement d'Elena Aoun, appauvrir des milliers d'Iraniens, n'ayant d'autre choix que de protester face à l'augmentation du coût de la vie.
Une stratégie "d'étranglement économique" de l'Iran assumée par Washington, comme en témoigne le récent discours du patron du Trésor américain Scott Bessent lors du Forum économique de Davos. D'après le professeur à la Columbia University Jeffrey Sachs, cela préfigure "une attaque imminente" des États-Unis en Iran.
