En Ukraine, on pense que "Donald Trump est un fou"
Dans le sud de l'Ukraine, les habitants de Kherson sont consternés par les récentes déclarations du Président américain.
- Publié le 20-02-2025 à 19h19

À Kherson, au sud de l'Ukraine, la neige recouvre les trottoirs d'un fin manteau blanc, ce jeudi après-midi. Quelques habitants déambulent dans les rues, affrontant le froid sous l'écho des bombardements qui résonnent à quelques kilomètres du centre-ville. La nuit dernière, une frappe russe effectuée à l'aide d'une bombe aérienne guidée KAB a touché un immeuble résidentiel de quinze étages, blessant six personnes dont un enfant de 14 ans.
Après avoir subi neuf mois d'occupation russe, Kherson fait face à des bombardements incessants. La population, qui a également enduré les inondations de juin 2023 causées par la destruction du barrage de Kakhovka, est également confrontée depuis peu à un véritable "safari humain". Positionnées à 5 km de la ville, le long de la rive gauche du fleuve Dniepr, les troupes de Moscou lancent des attaques contre ses habitants.

Dans un tel contexte, les déclarations du président américain Donald Trump et de son administration sidèrent la population. "Je perçois tous ses mots – ceux de Trump – comme une trahison envers nous, Ukrainiens, mais aussi envers la démocratie dans son ensemble", confie Svetlana, 51 ans, journaliste à Kherson. "Trump relaie la propagande russe. Il sait parfaitement pourquoi le mandat présidentiel de Zelensky a été prolongé. Je ne suis pas une de ses électrices, mais j'ai du respect pour lui en tant que chef d'État démocratiquement élu. Je respecte la Constitution, qui indique clairement les motifs pouvant justifier le report des élections", affirme-t-elle, faisant référence au président américain, qui a qualifié son homologue ukrainien de "dictateur".
Trump utilise régulièrement cet argument électoral, directement issu de la propagande de Moscou. Le mandat de Volodymyr Zelensky est effectivement arrivé à son terme en mai 2014. Mais, le pays étant sous le régime de la loi martiale, il ne peut légalement organiser d'élections avant la levée de celle-ci. "J'ai été profondément choquée d'entendre le représentant américain affirmer que l'Ukraine aurait déclenché la guerre. J'ai vu de mes propres yeux ceux qui l'ont commencée. J'ai survécu à l'occupation de la région de Kherson, j'ai été témoin de crimes de guerre et je vois chaque jour comment la Fédération de Russie prétend "instaurer la paix". Nous sommes habitués au cynisme et à la déformation des informations en provenance de Russie, mais les déclarations cyniques de ceux qui nous soutiennent depuis 2014 sont les plus douloureuses", déplore Svetlana.
Choquée et effrayée
Dans le quartier de Korabel, Genadi, 59 ans, et sa voisine Irina, 57 ans, tentent de se réchauffer comme ils le peuvent. Les températures avoisinent les -5 degrés, et cela fait plus de deux semaines que ces deux voisins sont privés d'électricité. "Comment ce connard de Trump peut-il penser que nous avons commencé la guerre ? ! Nous sommes bombardés tous les jours par les Russes, et à cause d'eux, nous n'avons plus d'électricité !" S'exclame cet ancien pêcheur.

Dans son petit appartement, sa voisine Irina lui rend visite, ainsi qu'à sa mère handicapée, qui vit sous le même toit. Cette entrepreneuse a perdu son magasin de cosmétiques dans un bombardement russe et survit tant bien que mal. "J'ai toujours apprécié l'aide américaine, que ce soit sur le plan humanitaire ou politique. Nous leur étions très reconnaissants. Mais aujourd'hui, je suis choquée et effrayée par ce qui pourrait advenir de notre pays. Je n'ai que des injures qui me viennent à l'esprit quand je pense à Trump", confie-t-elle. Genadi, l'écoutant attentivement, ajoute : "Peut-être que Poutine lui verse de l'argent ou lui promet des ressources comme du pétrole ? Un contrat caché… Nous nous retrouvons dans un scénario similaire à celui du pacte germano-soviétique de 1939", réfléchit-il à voix haute.
Nous continuerons à nous battre
Du côté militaire, les déclarations de Washington sont perçues comme une plaisanterie. "Que dire ? !" rigole Dallas, 37 ans, commandant d'une unité d'artillerie opérant dans la région. "Trump est un fou. Lui et son administration ne sont pas des amis de l'Ukraine. Tout ce qu'il dit ne nous effraie pas avec ses soi-disant négociations avec Poutine. Tout ce que nous ferons, c'est continuer à nous battre quoi qu'il arrive", affirme Dallas avec assurance, alors qu'il fait réparer son véhicule dans le centre-ville de Kherson. Ce dernier ne souhaite rien ajouter de plus, si ce n'est proférer quelques insultes à l'égard du président américain tout en discutant avec ses camarades qui l'accompagnent. "Trump et Musk, dolboëb (enfoirés) !" crient-ils en riant.
