Kiev garde le cap: "Si l'Ukraine arrête de combattre, il n'y a plus d'Ukraine"
La chambre haute, en Russie, vote à son tour l'incorporation de quatre régions ukrainiennes. Une annexion illégale qui n'aura aucune conséquence sur la stratégie de Kiev. L'armée ukrainienne poursuit son avancée dans le nord-est et dans le sud.
- Publié le 04-10-2022 à 20h34
- Mis à jour le 04-10-2022 à 22h13

Des drapeaux ukrainiens en réponse à l'annexion russe. Volodymyr Zelensky l'avait promis dans une vidéo diffusée le 1er octobre : "Cette semaine, des drapeaux ukrainiens ont été levés dans le Donbass, et il y en aura d'autres la semaine prochaine." Le président célébrait la reprise par l'armée ukrainienne du village de Lyman, dans l'est du pays, 24 heures seulement après que son homologue russe eut, dans un discours furibond, annoncé l'annexion de près de 100 000 kilomètres carrés de territoire russe. Volodymyr Zelensky ne s'y était pas trompé : autant depuis le nord-est du pays que le sud, les images des drapeaux jaunes et bleus levés par des soldats ukrainiens sur les bâtiments administratifs de petites localités se sont ces derniers jours multipliées.
Le regard de la société ukrainienne n'est pas tourné vers Moscou, où le Conseil de la Fédération russe a ratifié, mardi, l'annexion de quatre régions du pays. L'encerclement des forces russes positionnées dans Lyman avait, la semaine précédente, retenu le souffle d'une Ukraine ayant gardé le souvenir traumatisant de la bataille d'Ilovaïsk d'août 2014. À l'époque, des forces régulières russes (dont Moscou niait alors la présence en Ukraine) avaient pris part à l'encerclement de près de 1 200 soldats ukrainiens dans une bourgade de l'est, les décimant lorsque ceux-ci avaient tenté de se replier.
Lyman est aussi devenue, le 1er octobre, la première localité reprise par l'armée ukrainienne après avoir été déclarée "terre russe" par Vladimir Poutine. "Les opérations militaires continuent là-bas, mais il n'y a plus trace du pseudo-référendum", s'est ainsi félicité le président ukrainien.
Aucune conséquence sur la stratégie ukrainienne
Le message est, à Kiev, clair et largement partagé : la déclaration d'annexion russe n'aura aucune conséquence sur la stratégie ukrainienne. "Bien sûr que ça ne change rien pour nous, nous sommes toujours en guerre, nous voulons toujours la même chose", explique ainsi le député ukrainien Iaroslav Yourchitchine, en reprenant une phrase devenue ces derniers mois en Ukraine un quasi-mantra : "Si la Russie arrête de combattre, il n'y a plus de guerre, mais si l'Ukraine arrête de combattre, il n'y a plus d'Ukraine."
Dans un décret laconique publié le 4 octobre, le Conseil de sécurité ukrainien a, lui, "constaté l'impossibilité de toute négociation avec le président de la Fédération de Russie Vladimir Poutine". Une absence de changement de stratégie évidente, alors que les forces ukrainiennes ont, ces derniers jours, multiplié les avancées.
Après leur victoire à Lyman, elles n'ont ainsi cessé de progresser sur la rive orientale de l'Oskil. L'armée russe avait tenté, sans succès, de transformer cette rivière en ligne défensive après qu'une fulgurante offensive ukrainienne eut permis à Kiev de reprendre, début septembre, la quasi-totalité de la région de Kharkiv.
Percées dans la région de Kherson
Dans le sud, le président ukrainien a aussi annoncé, le 3 octobre, la libération de deux villages dans une région de Kherson lourdement fortifiée par l'armée russe, et où les forces ukrainiennes peinaient depuis plusieurs semaines à avancer. Si l'état-major ukrainien reste particulièrement discret sur les opérations dans cette région, "des sources ukrainiennes et russes indiquent que les forces ukrainiennes ont réalisé des percées significatives dans la région de Kherson les 2 et 3 octobre", assure, dans son analyse quotidienne, l'Institut pour l'étude de la guerre. Le 4 octobre, des vidéos commençaient aussi à apparaître sur les réseaux sociaux montrant des soldats ukrainiens dans au moins quatre villages de la région de Kherson auparavant contrôlés par les forces russes.
De quoi susciter, à Kiev, l'espoir d'un nouvel effondrement de l'armée russe, mais aussi la crainte maintenant de plus en plus forte qu'un Vladimir Poutine acculé ne décide de faire usage d'une arme nucléaire tactique.
