Nigel Farage assume son "désaccord" avec son ami Trump: "La manière dont il s'y prend est tout à fait inappropriée"
Pour le chef du parti populiste de droite radicale Reform UK, les États-Unis doivent "respecter les droits et les opinions des Groenlandais".

- Publié le 25-01-2026 à 09h58

"Je pense acceptable de dire que des amis peuvent être en désaccord." Depuis son irruption dans la politique britannique durant les années 2000 avec l'Ukip, le parti pour l'indépendance du Royaume-Uni, Nigel Farage maîtrise l'art de marcher sur un fil. L'appétit du président américain, Donald Trump, pour le Groenland a mis en avant les qualités d'équilibriste du dirigeant de Reform UK. Lors d'un entretien mercredi dans la maison américaine de Davos, peu après l'intervention de son "ami", dont il a rappelé être "un grand supporteur", il s'est dit "convaincu que le monde serait meilleur et plus sûr si les États-Unis étaient fortement implantés" au Groenland, voire si "les États-Unis possédaient" le territoire autonome relevant de la souveraineté du Danemark. Sa logique ? "La géopolitique du Grand Nord" et la nécessité de lutter contre "l'expansionnisme continu des brise-glace russes et des investissements chinois".
Le chantre du nationalisme et de la souveraineté britannique ne pouvait pourtant pas en rester là. "Cependant, si vous croyez au Brexit et si vous croyez à la célébration du 250e anniversaire des États-Unis, si vous croyez que les États nations ne sont pas des structures mondialistes, alors vous croyez en la souveraineté. Et si vous croyez en la souveraineté, vous croyez au principe de l'autodétermination nationale", a-t-il nuancé. Se tournant vers ses hôtes américains, il a assuré qu'il était de leur devoir de "respecter les droits et les opinions des Groenlandais, car c'est cela l'autodétermination nationale". Avant de leur rappeler : "C'est pour cela que vous vous êtes battus contre les Britanniques", lors de la guerre d'indépendance américaine (1775-1783).
Un ami électoralement embarrassant
Expérimenté, Nigel Farage sait bien que s'amarrer à Donald Trump pourrait endommager le succès de sa formation politique, actuellement en tête dans les sondages nationaux. Le résident de la Maison-Blanche demeure en effet impopulaire au Royaume-Uni, avec seulement 23 % d'opinions favorables, selon l'institut YouGov. D'ailleurs, il n'est pas impossible que la baisse de Reform UK dans les sondages d'opinion de 26 % à 24 % depuis début janvier soit en partie due aux interventions internationales des États-Unis, avec la capture du président vénézuélien Maduro et l'insistance à ce que le Groenland leur soit cédé.
Un signe que cette position est inconfortable pour Nigel Farage est que son point de vue est partagé par les autres élus et dirigeants de son parti. Son vice-président Richard Tice a ainsi loué "l'objectif de protéger le Groenland pour tous les alliés de l'Otan" mais estimé que "la manière dont [Trump] s'y prend est tout à fait inappropriée". Même chose pour Zia Yusuf, le responsable politique de Reform UK, qui s'est aligné sur la position de son chef de file.
Le traumatisme du canal de Suez
Lundi, dans le cadre de son émission télévisée sur la chaîne de droite GB News, Nigel Farage avait été encore plus virulent. Il avait qualifié la menace de Donald Trump d'imposer des droits de douane à huit pays européens, dont le Royaume-Uni, jusqu'à ce qu'il obtienne le Groenland d'"acte très hostile" qui marquait "la plus grande fracture dans nos relations depuis Suez en 1956. Si nous ne parvenons pas à surmonter cette crise, cela conduirait véritablement à une rupture".
Le parallèle n'est pas innocent. Suite aux remontrances officielles des États-Unis contre Paris, Londres et Tel-Aviv suite à leur invasion de l'Égypte après la nationalisation du canal de Suez par le président égyptien Gamal Abdel Nasser, la France s'écarta de son soi-disant allié. Le gouvernement français accéléra son programme de fabrication de l'arme nucléaire, en collaboration avec Israël, afin de ne plus avoir à reposer sur des États-Unis désormais considérés comme peu sûrs. Son premier essai concluant se déroula en 1960. La rupture fut consommée lorsque la France quitta en 1966 le commandement militaire intégré de l'Otan.
De leur côté, les Britanniques restèrent proches des États-Unis, vantant la "relation spéciale" entre Londres et Washington, même s'ils refusèrent les demandes américaines de participer à l'envoi de soldats au Vietnam et d'utiliser les bases britanniques lors de la guerre du Kippour en 1973. Reste à voir quelles conséquences le chamboulement trumpien aura sur les relations entre les États-Unis et les Britanniques.