Emmanuel Macron choisit un fidèle pour occuper Matignon: "Si la France a déjà traversé de multiples crises, celle-ci est différente"
Renversé par l'Assemblée nationale, François Bayrou a démissionné de ses fonctions. Emmanuel Macron a, dans la foulée, choisi son septième Premier ministre : Sébastien Lecornu.

- Publié le 09-09-2025 à 22h06
- Mis à jour le 10-09-2025 à 13h29

Emmanuel Macron a nommé mardi soir Sébastien Lecornu, son homme de confiance venu de la droite, au poste à haut risque de Premier ministre. Le président de la République l'a "chargé de consulter les forces politiques représentées au Parlement en vue d'adopter un budget pour la Nation et de bâtir les accords indispensables aux décisions des prochains mois", a annoncé l'Élysée dans un communiqué.
Cette nomination intervient au lendemain de la chute de François Bayrou. Le Premier ministre sortant avait volontairement sollicité un vote de confiance sur l'état des finances publiques, un geste inédit sous la Ve République. Mais au lieu de conforter sa légitimité, il a précipité sa chute.
Le paradoxe est cruel : celui que l'on présentait volontiers comme un vieux sage habile, maître du compromis et de l'art de la négociation, est tombé faute d'avoir su ouvrir le dialogue.
En première ligne
Le Président et son nouveau Premier ministre se retrouvent exposés comme jamais. Ce mercredi 10 septembre, ils devront affronter le lancement du mouvement social "Bloquons tout" (lire en p. 2), prélude à la mobilisation syndicale prévue pour le 18. Et vendredi, l'agence Fitch rendra sa décision sur la notation de la dette française : un abaissement plomberait encore la crédibilité économique du pays.
Si cette fois, l'Élysée n'a pas traîné, la succession tourne à la répétition lassante : en huit ans, le chef de l'État a nommé son septième Premier ministre. Du jamais vu sous la Ve République (le général de Gaulle s'était contenté de trois têtes à Matignon en plus de dix ans).
"La marge de manœuvre d'Emmanuel Macron est faible", avertit Olivier Rouquan, enseignant-chercheur en sciences politiques et chercheur associé au Cersa (Centre d'études et de recherches de sciences administratives et politiques). "Il se trouve non plus face à des choix, mais face à des obligations. Il va essayer de terminer son mandat dans les moins mauvaises conditions possibles". Pour lui, "la chute de François Bayrou traduit un affaiblissement profond du pouvoir exécutif et une usure accélérée. Jacques Chirac a raté une dissolution et, huit ans plus tard, un référendum. Là, le Premier ministre est révoqué un an seulement après la dissolution ratée."
Car le problème dépasse les personnes. Il est structurel. Dans un hémicycle éclaté en trois blocs irréconciliables, aucun gouvernement n'est en mesure de tenir durablement. Quant à la dissolution de l'Assemblée nationale, elle aboutirait sans doute au même parlement ingouvernable. Enfin, la démission du Président, que certains responsables de tous bords appellent désormais ouvertement de leurs vœux, "ne réglerait rien, estime Olivier Costa. La campagne électorale serait bâclée – la Constitution fixe un délai de 20 à 35 jours avant l'expiration du mandat du président de la République en exercice, NdlR – et certainement violente ; le futur président serait élu par défaut et n'aurait certainement pas de majorité à l'Assemblée à l'issue des législatives qui suivraient la présidentielle. Donc retour à la case départ."
Aux yeux du politologue, "si la France a déjà traversé de multiples crises, celle-ci est différente, car il n'existe plus vraiment d'options pour en sortir. Aucun des moyens existants n'est convaincant. La seule solution que je vois, c'est que les responsables politiques acceptent de faire fonctionner les institutions comme un régime parlementaire. Cela implique que les chefs des différents partis s'assoient autour de la table pour discuter d'un programme de gouvernement sans penser aux prochaines élections, qu'Emmanuel Macron se mette en retrait de la vie politique intérieure et que le mode de scrutin soit changé pour la proportionnelle."
Même son de cloche du côté d'Olivier Rouquan : "Les institutions de la Ve République ne répondent plus à leur sens originel : assurer une autorité forte du pouvoir exécutif, pour avoir des politiques publiques efficaces et légitimes. Il faut évoluer vers un régime parlementaire et sortir du présidentialisme."
Le va-et-vient incessant à Matignon ne suscite plus l'amusement, mais l'agacement, voire une forme de désespoir. Il illustre le crépuscule d'un système. Chaque remaniement est perçu comme un replâtrage sans issue, un exercice d'illusionnisme institutionnel. Dans un pays où les réformes structurelles sont attendues avec urgence, ce bricolage permanent paralyse tout, investissements, embauches, croissance.
Le problème dépasseles personnes.Il est structurel. Dans un hémicycle éclaté en trois blocs irréconciliables, aucun gouvernement n'est en mesure de tenir durablement.