"La Maison-Blanche m'avait indiqué que Donald Trump aimait la pizza, les burgers et les ribs. Ça a fait tilt dans mon esprit"
Chef des cuisines de l'Elysée pendant vingt-sept ans, il a été nommé Ambassadeur de la gastronomie française en 2021, un poste créé spécialement pour lui par le Président. Rencontre.

- Publié le 23-07-2025 à 06h44
- Mis à jour le 24-07-2025 à 16h09

Il virevolte dans la grande salle de Ferrandi Paris, où se déroule le challenge culinaire du Président de la République. Guillaume Gomez salue tout le monde et refuse de se placer au centre de la photo de groupe, amusé. Ce jeudi 23 juin, à Paris, l'ancien chef des cuisines de l'Élysée a encore l'œil pétillant du cuisinier passionné, même si le costume cravate a remplacé la veste immaculée.
Guillaume Gomez a servi quatre présidents, de Jacques Chirac à Emmanuel Macron. Vingt-sept ans à la tête des fourneaux de l'Élysée, 92 000 repas servis chaque année. "Nous, les chefs, sommes les vitrines de nos territoires, de nos artisans, éleveurs, pêcheurs, fromagers, arboriculteurs, auprès du président et de ses invités", lance celui qui fut le plus jeune Meilleur Ouvrier de France, à 25 ans. Il raconte comment il composait plusieurs menus pour les repas officiels, "et le président décidait. Tout comme il avait le dernier mot sur le plan de table, car rien n'est anodin."
Et pas question de gaver Jacques Chirac de tête de veau, au motif qu'il a confié un jour à un journaliste apprécier ce plat, "on ne lui en a servi que deux fois en douze ans" s'amuse Guillaume Gomez.
Le téléphone bleu, ou la diplomatie des fourneaux
Guillaume Gomez, qui a fondé en 2011 l'Association des cuisiniers de la République française, aime raconter les coulisses de la diplomatie culinaire. "Tout comme il existe un téléphone rouge entre les chefs d'État du monde entier, les chefs des cuisines des hauts dirigeants ont mis en place un téléphone bleu", explique-t-il.

Lorsqu'un chef d'État est reçu par un autre, les cuisiniers s'échangent les habitudes culinaires et les goûts de leurs "patrons" respectifs, en plus de la liste des interdits alimentaires – allergènes, contraintes religieuses- fournie par les services du protocole. "Cela permet de mettre plus de fluide dans les relations diplomatiques", insiste-t-il.
Avant d'accueillir Donald Trump à l'Élysée par exemple, il avait appelé la cheffe de la Maison-Blanche. "Elle m'a envoyé la longue liste de ses interdits alimentaires, m'a dit qu'il aimait la pizza, les burgers, les ribs. Le travers de porc, ça a fait tilt dans mon esprit, j'ai pensé porc noir de Bigorre, un produit qui en plus vient des Pyrénées chères au cœur du président français. J'en ai parlé à Emmanuel Macron, il m'a fait confiance. Je l'ai servi accompagné de frites faites à partir de pommes de terre fournies par une association du 93". À la sortie du déjeuner, sur le perron de l'Élysée, devant les micros tendus, Trump a dit "the lunch was amazing". "Je me suis dit qu'on avait fait notre travail !" sourit Guillaume Gomez.
Ambassadeur de la Gastronomie
En 2021, il a été nommé ambassadeur de la Gastronomie, de l'alimentation et des arts culinaires, une fonction inédite sous la Ve République. Depuis février, il est consultant, mais continue de porter haut les couleurs de la gastronomie française. "À mes yeux, la diplomatie culinaire consiste à faire connaître la culture de son territoire à travers un moment de gourmandise. Cela sert, comme tous les outils diplomatiques, à créer du lien, engager la conversation, convaincre. Passer à table, c'est déjà accepter la rencontre. Il n'y a pas un moment de paix dans le monde qui ne se fera sans un bon repas partagé."
Le soir, au cocktail donné au ministère des Affaires étrangères pour la remise des prix, il monte sur l'estrade pour improviser un discours, à la demande des chefs. Il a de la faconde, de l'humour, de l'endurance, lui qui a couru dix-sept marathons malgré son gabarit de rugbyman. Engagé dans la Réserve citoyenne de la Gendarmerie Nationale, il a aussi la sagesse de ne pas révéler de secrets d'État, même culinaires. "À l'Élysée comme au Quai d'Orsay, nous confie-t-il, il y a des équipes qui œuvrent collectivement au service d'une nation et d'un chef d'État. Défendre la gastronomie française, c'est aussi pour moi une manière de porter les valeurs liberté, égalité, fraternité."