Le Premier ministre hongrois Orban va accueillir ses pairs européens, conforté par la victoire de son ami Donald Trump
Budapest accueille un sommet de la Communauté politique européenne ce jeudi. Les dirigeants des Vingt-sept resteront dans la capitale hongroise pour la réunion informelle du Conseil européen, vendredi. Les conséquences du retour de Donald Trump à la Maison-Blanche alimenteront les discussions.
- Publié le 07-11-2024 à 10h05
- Mis à jour le 07-11-2024 à 11h05

La victoire de Donald Trump a un goût d'autant plus amer pour la majorité des chefs d'États et de gouvernement européens qu'ils vont devoir la digérer à Budapest, devant le sourire satisfait du Premier ministre hongrois Viktor Orbán, son plus fidèle allié sur le continent. Pour le dirigeant magyar, cette victoire sur laquelle il avait tout misé est un peu la sienne et a un fort goût de revanche. Depuis Bichkek, la capitale du Kirghizistan, il a été parmi les premiers à féliciter Donald Trump mercredi matin, saluant "le plus grand come-back de l'histoire des États-Unis" et "une victoire dont le monde avait grandement besoin".
La capitale hongroise accueille ce jeudi "le plus grand événement diplomatique de l'histoire de la Hongrie". Plus de quarante délégations européennes sont attendues dans le stade Ferenc Puskás, du nom du légendaire footballeur du FC Barcelone, l'écrin du sport hongrois bâti par la volonté de Viktor Orbán. Le coup d'envoi sera donné jeudi avec la cinquième réunion de la Communauté politique européenne (CPE), un forum de rencontres informelles entre dirigeants de tous les pays d'Europe – sauf la Russie et la Biélorussie – lancé en 2022 à l'initiative d'Emmanuel Macron.
Orban veut mettre la question du soutien à l'Ukraine sur le tapis
Entre le président français et le Premier ministre hongrois, les relations sont notoirement bonnes, très axées sur l'intense coopération entre les deux pays en matière de développement de l'énergie nucléaire. À Paris, on redoute toutefois qu'une petite phrase de Viktor Orbán fasse capoter in extremis la venue du président ukrainien Volodymyr Zelensky, et donc le succès du sommet. Car outre les thématiques mises en avant – la migration et la sécurité économique -, c'est surtout du soutien européen à l'Ukraine, agressée par la Russie, dont il sera question lors des échanges.
Le Hongrois espère du prochain président Trump qu'il mette fin à la guerre en Ukraine par tous les moyens, y compris en cédant aux exigences du président russe Vladimir Poutine. "C'est un fardeau que l'Europe ne peut pas porter seule. Si les Américains passent en mode paix, alors nous devrons nous adapter aussi. Nous en parlerons à Budapest", prévenait-il deux jours avant le vote des États-Uniens. C'est donc pour un désengagement de l'Union européenne que va plaider le dirigeant hongrois lors des rencontres. La crainte est de le voir hacker l'évènement en ce sens.
Le tropisme oriental de la Hongrie
Viktor Orbán ne sera pas esseulé, mais entouré du président turc Erdogan, du Premier ministre slovaque Robert Fico ou encore des dirigeants des pays des Balkans, desquels il s'est beaucoup rapproché. Il a également invité le Premier ministre de la Géorgie, Irakli Kobakhidzé, dont le parti Rêve géorgien a remporté des élections législatives contestées par une quinzaine d'États de l'UE. Ces derniers redoutent que le petit pays du Caucase ne retombe pour de bon dans l'orbite de Moscou. Pas Viktor Orbán, qui s'est rendu à Tbilissi dès le lendemain du scrutin pour le légitimer. Le résultat des élections américaines est une bonne nouvelle pour M. Kobakhidzé également : "Je suis convaincu que le leadership du Président Trump favorisera la paix dans le monde et dans notre région", a-t-il réagi.
Nouvelle illustration de son tropisme oriental, le Premier ministre hongrois, qui revendique le droit de jouer sur tous les tableaux, était mardi et mercredi au Kirghizistan pour participer au Conseil des États turciques, dont la Hongrie est membre observateur. La semaine précédente, son ministre des Affaires étrangères, Péter Szijjártó, était lui accueilli en superstar à une conférence sur la sécurité eurasienne réunissant quarante-cinq pays, organisée à Minsk sous l'égide du dictateur Alexandre Loukachenko, et dont le logo – un Rubik Cube – ressemble étrangement à celui de la présidence hongroise de l'UE.
L'atmosphère lors du Conseil européen vendredi risque d'être plus fraîche pour Viktor Orbán. Depuis que le Premier ministre est passé sur le gril au Parlement européen, début octobre, il est plus remonté que jamais. Son gouvernement n'a eu de cesse de dénoncer dans les médias hongrois une tentative de déstabilisation de la part des institutions européennes. Il n'a de cesse d'affirmer que la présidente de la Commission Ursula von der Leyen et le président du Parti populaire européen, Manfred Weber, voudraient le faire tomber au profit d'un "gouvernement de marionnettes [qui] réponde "jawohl !" à chaque coup de fil de Bruxelles".