L'aveu d'adultère du ministre italien de la Culture en direct à la télévision embarrasse Giorgia Meloni
Gennaro Sangiuliano a reconnu, pendant quinze minutes d'interview au JT de la télévision publique, avoir entretenu une relation conjugale avec une femme dont il a voulu faire sa conseillère personnelle.

- Publié le 05-09-2024 à 14h18
- Mis à jour le 05-09-2024 à 16h02

"Je demande pardon à ma femme, et je demande pardon à (la présidente du Conseil des ministres, NdlR) Giorgia Meloni…" En prononçant ces mots, le ministre de la Culture, Gennaro Sangiuliano éclate en sanglots en direct à la télévision publique. Mercredi soir, le ministre, qui a reconnu avoir une relation extraconjugale avec celle qu'il a tenté de nommer comme conseillère personnelle, s'était invité dans le salon des Italiens pour faire son mea culpa. Quinze minutes d'interview, au journal télévisé de 20 heures, avec l'espoir d'écrire le dernier mot de ce feuilleton d'été brûlant qui tient en haleine l'Italie depuis quelques jours.
Une affaire d'État
Le scandale éclate le 26 aout dernier, lorsqu'une certaine Maria Rosaria Boccia publie sur son profil Instagram une photo d'elle, tout sourire aux côtés du ministre Sangiuliano et une phrase : "Merci au ministre de la Culture pour ma nomination comme conseillère personnelle, pour l'organisation des grands évènements !" Soumis aux questions des journalistes, le service de presse du ministre napolitain nie toute nomination, ajoutant qu'il n'existait aucun lien entre lui et cette femme. Maria Rosaria Boccia va alors publier sur ses réseaux sociaux des photos, des écrits et des vidéos tournés avec des lunettes intelligentes, de quoi prouver qu'elle suit le ministre pas à pas dans tous ses déplacements, de Rome à Pompéi, en passant par Taormina, en Sicile, et Polignano a mare, dans les Pouilles, pour un été tous frais payés.
Protocole de sécurité, utilisation de l'argent public, en quelques jours l'affaire prend de l'ampleur obligeant Giorgia Meloni à intervenir. "Le ministre Sangiuliano m'a juré que pas un euro du budget du ministère n'a été utilisé pour cette femme", déclare la présidente du Conseil sur les antennes de Rete 4, la télévision de la famille Berlusconi, ajoutant que la "fausse conseillère" ne possède aucun document confidentiel sur l'organisation du G7 culture prévu fin septembre à Pompei. Pour ces raisons, elle aurait donc refusé la démission du ministre. Dans les minutes qui suivent, Maria Rosaria Boccia répond sur Instagram en publiant deux documents du G7 faisant ainsi comprendre que Giorgia Meloni a menti.
Pour éviter que la présidente du Conseil ne soit éclaboussée par le scandale, Genny-la-gaffe comme l'ont surnommé les journalistes italiens, organise la tenue d'une longue interview dans le journal de 20 heures de la RAI. "Nous avions une relation sentimentale", admet le ministre en pleurnichant dans le style de la commedia dell'arte napolitaine, "mais j'ai tout payé entièrement de ma poche". Les partis d'opposition entrent dans la danse et exigent la démission du ministre. Une plainte a été déposée pour usage impropre de biens publics par un député. "Dans quel pays civilisé, un ministre utilise la télévision publique pour se justifier et ne vient pas devant le Parlement", s'insurge l'ancien Premier ministre Matteo Renzi.
Genny-la-gaffe
Le ministre Sangiuliano est connu pour être l'un des plus grands gaffeurs du gouvernement, mais cette fois le doute sur le choix des dirigeants de son ministère, loin de toute méritocratie vantée par le gouvernement, est permis. "Nous ne pouvons pas nous permettre ce genre de scandale" a déclaré Giorgia Meloni face aux élus de son parti post-fasciste, Fratelli d'Italie, réunis pour la rentrée parlementaire lundi à Rome. "Dois-je vous rappeler que nous sommes en train d'écrire l'histoire ? !", a grondé la cheffe du gouvernement.
L'embarras de Giorgia Meloni est palpable. La présidente du Conseil redoute que le ministre ne puisse maintenant faire l'objet de chantage de la part de cette femme qui posséderait des enregistrements audio et vidéo compromettants. Choisi par ses soins en octobre 2022, Gennaro Sangiuliano, devait être "le bras culturel" de l'extrême droite. C'est à lui que revenait la tâche de lutter contre "l'hégémonie culturelle de la gauche", souvent dénoncée par Giorgia Meloni, et de réécrire le récit culturel et historique de l'Italie. Protagoniste de ce soap opera digne d'un roman-photo, le ministre qui affirmait il y a quelques mois avec aplomb que "Dante (auteur de la Divine Comédie, au XIVe siècle, NdlR) était le fondateur de la pensée de la droite italienne", a un peu perdu de sa superbe.