Législatives en France : psychodrame à LFI après la "purge" des frondeurs, la gauche inquiète pour son Nouveau Front populaire
Coup de massue à gauche, à peine réunie sous la bannière du Nouveau Front populaire et à quelques heures d'une manifestation censée célébrer l'union contre le RN, la décision de LFI de ne pas réinvestir plusieurs figures opposées à Jean-Luc Mélenchon met le feu aux poudres.

- Publié le 15-06-2024 à 12h41

La patronne des Écologistes Marine Tondelier, "extrêmement choquée", dénonce "une purge" et réunit la direction de son parti EELV.
Le Premier secrétaire du PS, Olivier Faure, accuse La France insoumise de "salir" le Nouveau Front populaire par "des décisions irresponsables" et tente de "régler la scandaleuse éviction".
Les causes de la gronde sont doubles : un proche de Jean-Luc Mélenchon, Adrien Quatennens, député sortant du Nord, condamné en 2022 à quatre mois d'emprisonnement avec sursis pour violences conjugales, a été réinvesti vendredi soir par la formation de gauche radicale.
En revanche, Danielle Simonnet, élue à Paris, ainsi que Raquel Garrido et Alexis Corbière, députés de Seine-Saint-Denis, opposés à la ligne du tribun, ont été brutalement écartés et remplacés par d'autres candidats inconnus du grand public.
"Un parti politique émancipateur ça ne fonctionne pas comme une entreprise privée où le patron vous licencie car il ne peut plus vous encadrer", a tonné Alexis Corbière samedi sur franceinfo, accusant Jean-Luc Mélenchon de "régler ses comptes" avec ses anciens proches.
"On n'a pas décidé ça comme ça de manière autoritaire, on a eu des remontées de militants et nous avons maintenant des candidatures de figures qui incarnent le Front populaire", s'est défendu après de l'AFP un proche du fondateur de LFI.
Mais une question est dans tous les esprits : les divisions au sein de LFI ne risquent-elles pas d'affaiblir le Nouveau Front populaire, à deux semaines du premier tour ?
"Les + purgés + doivent être soutenus. Et l'accord doit tenir, le programme doit être défendu. La campagne doit être menée", a lancé sur X François Ruffin, autre frondeur.
Mais "il faut être dingue pour penser que de telles méthodes n'auront pas d'influence sur la mobilisation", a regretté Alexis Corbière.
Ligne unitaire
Raquel Garrido, Danielle Simonnet et Alexis Corbière ont expliqué qu'ils maintiendraient leur candidature aux législatives, même sans l'étiquette du Nouveau Front populaire.
Ce qui laisse mathématiquement présager d'une division des voix, même si leurs circonscriptions, plutôt populaires, semblent promises à la gauche, avec ou sans le logo de LFI.
"Ces gens-là prévoyaient de ne pas être dans notre groupe parlementaire après l'élection", accuse le proche de Jean-Luc Mélenchon. Leur éviction "ne va pas parasiter le lancement du Front populaire, on parle juste de personnes", assure cette même source.
Deux autres députés sortants, Hendrik Davi (Bouches-du-Rhône) et Frédéric Mathieu (Ille-et-Vilaine), ne sont pas non plus dans la liste des candidats de La France insoumise pour le scrutin des 30 juin et 7 juillet.
Aux yeux de la direction, ces cinq élus sont coupables d'avoir dénoncé le manque de démocratie au sein du mouvement et, selon M. Corbière, d'avoir "porté une ligne plus unitaire", alors que les divisions n'avaient de cesse de s'accentuer entre les différentes formations de gauche.
Leur éviction semble donc paradoxale alors que l'union vient de se faire avec la création du Nouveau Front populaire.
"Sans laisse ni muselière"
"L'extrême droite tape à la porte du pouvoir. Et que font-ils ? Ils divisent. Ils purgent des candidats sortants, sans autre motif qu'ils et elles ont une parole libre, sans laisse ni muselière", a également dénoncé François Ruffin samedi.
Plus discret médiatiquement que d'autres dans sa dénonciation de la machine insoumise, le député de la Somme a semblé acter dès vendredi soir sa rupture avec LFI.
Il a d'ailleurs été investi comme "porte-parole de Picardie Debout", son micro-parti, et rangé avec les candidats d'ouverture, comme Philippe Poutou.
Clémentine Autain, autre frondeuse en conflit avec la direction insoumise, a accusé cette dernière de "créer du dégoût de la politique".
A part les concernés, les élus insoumis ont peu réagi après l'annonce des investitures.
"J'ai honte. Honte qu'un pareil moment soit utilisé pour purger. Honteux et irresponsable", a simplement déclaré l'eurodéputée récemment réélue Leïla Chaibi, figure historique de La France insoumise et du Parti de gauche avant ça, et proche de François Ruffin.
